Une «hydre sans hiérarchie»
Spectaculaire coup porté au coeur de la DZ Mafia en France

Une opération inédite contre la DZ Mafia à Marseille a mobilisé 900 gendarmes cette semaine. Bilan: 26 mises en examen, 15 détentions provisoires et un avocat écroué pour corruption.
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L'opération contre la DZ Mafia s'est soldée par 26 mises en examen dont 15 parmi elles ont été placées en détention provisoire (image d'illustration).
Photo: AFP
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AFP Agence France-Presse

Les autorités ont frappé fort contre la DZ Mafia lors d'une opération inédite qui s'est soldée par 26 mises en examen dont deux rappeurs et un avocat même si «ce n'est pas la fin» de ce groupe criminel puissant dans le sud. Les caïds ont accumulé des sommes énormes.

Ce coup de filet, mené par quelque 900 gendarmes, est l'issue d'une vaste enquête, ouverte début 2024. Elle est destinée à attaquer «le coeur» de la DZ Mafia qui est tout sauf «une construction policière ou journalistique» et qui outre le trafic de drogue dispose désormais d'une «branche armée capable de projeter des équipes commando en différents points du territoire pour défendre les intérêts de l'organisation», a expliqué le procureur de Marseille, Nicolas Bessone lors d'un point presse.

Sur une quarantaine de personnes interpellées dans six départements en début de semaine, 26 ont finalement été mises en cause et 15 placées en détention provisoire. Dans le total figurent 9 femmes témoignant d'une «véritable féminisation du narcobanditisme» et 20 sont originaires de la région marseillaise.

Une hydre

Cinq personnes, parmi lesquelles les trois chefs présumés du clan Amine O., Gabriel O. et Mahdi Z., étaient déjà détenues dont quatre le sont dans les prisons de haute sécurité. Avec loi sur le narcotrafic, ces dirigeants présumés sont poursuivis par la nouvelle qualification de «participation à une organisation criminelle».

Pour le colonel Olivier Leblanc, commandant de la Section de recherches de Marseille, «c'est un coup supplémentaire» mais «il serait bien présomptueux de dire que c'est la fin» de ce groupe qui fonctionne telle une hydre sans hiérarchie claire mais avec des personnes qui s'agrègent en prison et à l'extérieur.

L'opération d'envergure a permis de mettre au jour plusieurs phénomènes qui se dessinaient au cours des enquêtes: la capacité du groupe criminel à pouvoir corrompre, disposant d'une surface financière exceptionnelle puis sa diversification dans ses activités telles que l'extorsion de commerces ou de rappeurs «sous couvert de labels de production musicale».

Fait rare, un avocat lyonnais a été écroué à l'isolement, selon des sources proches de l'enquête et pénitentiaire. Il est soupçonné d'avoir été corrompu, permettant à un des chefs présumés de la DZ Mafia de communiquer avec l'extérieur depuis une des prisons de haute sécurité voulues par le gouvernement pour entraver les narcotrafiquants qui pilotaient leurs activités alors qu'ils sont détenus.

300'000 euros de bénéfice par mois

«Des proches d'un cadre dirigeant de la DZ détenaient depuis plusieurs mois une ligne frauduleusement enregistrée comme étant celle d'un avocat», selon le procureur. Ce détenu, incarcéré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la prison de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) et de Condé-sur-Sarthe (Orne) a pu aussi délivrer des instruction via des courriers de son avocat soumis au secret professionnel ou via son ordinateur.

Contacté, son conseil n'a pas voulu réagir. Le bâtonnier du Barreau de Lyon, Hubert Mortemard de Boisse, a lui annoncé avoir saisi le Conseil de l'ordre «pour qu'il prononce l'interdiction d'exercice de ce confrère» qui a franchi «des lignes rouges» appelant auprès de l'AFP à ne «pas faire d'amalgame» avec l'ensemble des avocats.

Deux rappeurs sont également mis en cause: Dika mis en examen et placé sous contrôle judiciaire et KITKVT, lui placé en détention provisoire. Issu de la place marseillaise, Dika apparaît dans les années 2010 et compte quelques millions de vues sur YouTube. Il a signé des featuring notamment avec Naps ou Alonzo.

La DZ Mafia, nom qui fait référence à l'Algérie, est un groupe criminel qui domine actuellement le marché de la drogue à Marseille et s'étend le long du Rhône et ailleurs en France. Ce nom a émergé lors du bain de sang à Marseille en 2023 lié notamment à la guerre l'opposant au clan Yoda qu'il a supplanté. Aujourd'hui, la région marseillaise connaît un calme rarement éprouvé en raison du monopole opéré par la DZ Mafia.

Cette opération a aussi permis des saisies de 4 millions, 12 biens immobiliers et des objets de luxe. Et il a été établi par les enquêteurs que chaque cadre dirigeant accumulait «un bénéfice net estimé à 300'000 euros par mois»: «des sommes considérables qui ne sont pas flambées mais totalement réinvesties ou blanchies», expliquant ainsi «la pérennité et l'expansion de cette organisation», selon Nicolas Bessone.

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