Budget 2027
Lecornu en quête d'un chemin dans les ronces de la présidentielle

A huit mois d'une présidentielle sous tension, Sébastien Lecornu prépare le budget 2027. Acculé, le Premier ministre français tente un grand écart entre concessions aux socialistes et œillades discrètes au Rassemblement national afin d'éviter la censure.
A huit mois d'une présidentielle qui échauffe déjà tous les esprits, Sébastien Lecornu cherche la voie de passage du budget pour 2027, le plus à risque pour lui depuis son arrivée à Matignon il y a un an.
Photo: IMAGO/KCS Presse

En bref

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  • Sébastien Lecornu, Premier ministre français, prépare un budget 2027 délicat à huit mois de la présidentielle. Sans majorité parlementaire, il fait face à des divisions politiques et à la menace d'une motion de censure.
  • Le gouvernement a utilisé l'article 49.3 pour adopter tous les budgets depuis 2022, exposant à des risques politiques. Lecornu mise sur des compromis avec les socialistes, mais les divergences restent fortes.
  • Le budget prévoit un déficit cible de 5% du PIB, impacté par les guerres et la dette croissante. Des mesures controversées, comme la désindexation partielle des retraites, suscitent des tensions parmi ses soutiens politiques.
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AFP Agence France-Presse

A huit mois d'une présidentielle qui échauffe déjà tous les esprits, Sébastien Lecornu cherche la voie de passage du budget pour 2027, le plus à risque pour lui depuis son arrivée à Matignon il y a un an. Sur quelles forces peut compter le Premier ministre pour faire passer les budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale?

Il ne dispose toujours pas de majorité, la France n'a plus de croissance et le coût de sa dette s'envole. Ses opposants brandissent déjà la menace d'une censure, pendant que ses soutiens à droite et au centre se divisent. Depuis le passage en majorité relative en 2022, tous les budgets de l'Etat sont passés par l'article 49.3 de la Constitution, qui permet une adoption sans vote, mais expose le gouvernement à une motion de censure.

Interlocuteurs

L'an dernier, Sébastien Lecornu y avait échappé en concédant moult mesures aux socialistes grâce à sa relation nouée avec leur chef Olivier Faure, en contrepartie de leur mansuétude. Et il avait réussi à décrocher le vote du budget de la Sécurité sociale au prix d'une suspension de la réforme des retraites.

Les socialistes, sans lesquels une censure ne peut être votée, devraient rester ses interlocuteurs privilégiés. «Il n'a pas tellement le choix», estime le politologue Bruno Cautrès, car négocier avec le Rassemblement national «serait un gros cadeau fait à la gauche pour la présidentielle».

Le chef du gouvernement assure en direction des socialistes et des Verts qu'il préservera l'éducation et l'écologie, dans un budget «réversible» par le prochain président. Il esquisse même la possibilité d'un peu de mou budgétaire en laissant entendre que l'objectif d'un déficit à 5% du Produit intérieur brut (PIB) ne pourra pas être atteint en raison des guerres.

Reste à savoir si cela suffira à convaincre le chef de file des députés PS, Boris Vallaud, qui prévient que «ce n'est pas bien parti» pour un compromis.

RN épargné

Sébastien Lecornu écarte en tout cas la possibilité de discuter avec la France insoumise, à qui il entend réserver ses flèches, accusant la formation de Jean-Luc Mélenchon de «mensonges». En revanche, il semble ménager le parti d'extrême droite Rassemblement national, dont la candidate Marine Le Pen est en tête des intentions de vote, alors que le gouvernement «fera la chasse aux abstentions comme jamais», relève la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina.

Le député RN Jean-Philippe Tanguy, un proche de Marine Le Pen, dit avoir été reçu dans l'été par le ministre de l'Economie Roland Lescure, mais pas par David Amiel (Budget) qui «ne voulait pas travailler avec le RN».

«Libre»

Pour la droite et le centre, le locataire de Matignon promet de ne pas augmenter les impôts. Il veut aussi freiner les dépenses sociales, avec «une vraie réforme» des arrêts maladie, le déremboursement de certains médicaments et surtout une «désindexation» des retraites en dessous de l'inflation, à l'exception des petites pensions, un mesure qui divise son socle.

«Le compromis sera difficile», admet le président LR du Sénat Gérard Larcher, qui se dit prêt à des ordonnances pour faire passer le budget, une procédure jamais utilisée qui permettrait d'avoir un texte mais exposerait le Premier ministre à une censure quasi certaine.

Le rapporteur LR du budget à l'Assemblée nationale, Philippe Juvin, a appelé ce dernier à se sentir «libre» d'aller loin dans la réduction du déficit, estimant qu'une éventuelle censure serait «politique» et pas sur le fond du texte.

Coût

Mais le chef du gouvernement tient à rester à son poste, où Emmanuel Macron l'a chargé d'assurer la «stabilité», tout en préservant son image pour l'après. «Sébastien Lecornu veut léguer l'image de quelqu'un de bonne volonté qui aura fait de son mieux malgré la dissolution» et «garder le peu de confiance qu'il a dans l'opinion car il a sans doute des ambitions pour l'avenir», décrypte Bruno Cautrès.

«Tout va dépendre de comment il deale avec les uns et les autres», au risque d'un budget incohérent, et côté partis, «la grande question sera de savoir si c'est plus coûteux de soutenir le gouvernement que de le faire tomber», complète Anne-Charlène Bezzina. Avant de consulter les formations politiques, le Premier ministre va négocier un plan de relance avec les agriculteurs victimes de la sécheresse, qui figurera dans le budget 2027. Une manière aussi d'amener les parlementaires à valider le texte.

Sébastien Lecornu met également dans la balance l'éventualité d'une crise de la dette, en prévenant: «le petit jeu politique s'arrête là où commence le risque financier».

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