La colère n'est pas calmée
Des agriculteurs passeront la nuit devant l'Assemblée nationale

Des agriculteurs passeront la nuit devant l’Assemblée nationale à Paris pour maintenir la pression sur le gouvernement. Malgré une loi d’urgence annoncée, la colère reste vive contre le traité UE-Mercosur.
Matelas et duvets ont fait leur apparition devant l'Assemblée nationale.
Photo: Getty Images
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AFP Agence France-Presse

Des agriculteurs passeront la nuit mardi devant l'Assemblée nationale à Paris, pour exprimer la «révolte» d'une profession mobilisée à travers la France depuis début décembre, notamment contre la signature du traité UE-Mercosur, et malgré l'annonce d'une «loi d'urgence agricole» annoncée par le Premier ministre pour calmer leur colère.

Cette nouvelle action, entamée mardi à l'aube avec l'arrivée de tracteurs au coeur de la capitale, est menée par le premier syndicat agricole, la FNSEA et son allié des Jeunes Agriculteurs. Elle suit de quelques jours à peine les actions coup de poing d'autres syndicats, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, eux aussi entrés dans Paris.

«On a décidé, après consultation des délégations, de rester ici pour la nuit», a déclaré Damien Greffin, l'un des vice-présidents de la FNSEA, afin de «mener un dernier combat». Plus tôt dans la journée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a pourtant annoncé «une loi d'urgence agricole» portant sur «plusieurs priorités: eau, prédation, moyens de production». En promettant que le texte sera «examiné par le Parlement avant l'été».

«Remonter au créneau»

Des annonces dans un premier temps en partie saluées par Damien Greffin, avant que beaucoup, parmi la base des délégations agricoles, n'expriment leur volonté de rester pour poursuivre les négociations et maintenir le rapport de force. Devant ses troupes, le vice-président de la FNSEA a affirmé mardi soir vouloir «remonter au créneau» sur le «sujet de trésorerie, actuellement en discussion».

«On est au bout du bout, ça fait trois ans qu'on ne dégage pas de revenu sur nos exploitations. Les politiques sont incapables de nous donner un cap», a déclaré devant l'Assemblée Guillaume Moret, 56 ans, responsable FNSEA en Ile-de-France (la région de la capitale). Ravivée par la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose bovine dans le Sud-Ouest, la contestation est nourrie par la signature imminente de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et plus largement par un ras-le-bol général d'une profession confrontée directement aux aléas climatiques et économiques.

Pour ses détracteurs, le traité commercial avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay va bousculer l'agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l'UE, faute de contrôles suffisants. Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande. La ratification du traité UE-Mercosur dépend encore d'un vote qui s'annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d'agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.

Lecornu promet «un cap clair»

Mardi, Sébastien Lecornu a également affirmé qu'un «cap clair» sur la politique de l'eau serait par ailleurs «fixé d'ici le salon» de l'Agriculture qui se tiendra du 21 février au 1er mars, et demandé, avant la présentation du projet de loi, un «moratoire sur toutes les décisions relatives» à cette question de l'eau et la suspension des «textes fixant les volumes d'eau prélevables (...) jusqu'à septembre».

Le chef du gouvernement a enfin évoqué des réunions pour étudier «les possibilités de dérogation» à la directive européenne sur les nitrates, qui encadre notamment les épandages d'engrais par les agriculteurs. Cela s'ajoute à un paquet de «300 millions d'euros» annoncé vendredi et qui contient des mesures prévues à la fois dans le budget, et donc soumises au vote des parlementaires, et d'autres déjà égrainées ces dernières semaines par le gouvernement pour répondre à la crise agricole.

Duvets et matelas devant l'Assemblée

Les annonces de mardi répondent quasiment point par point à des demandes de la FNSEA et des JA, alliance qui domine le syndicalisme agricole et dont les sections locales du grand bassin parisien – qui va jusqu'au Pas-de-Calais – ont lancé leurs tracteurs sur Paris. Entrés à l'aube dans Paris, les tracteurs ont descendu les Champs-Elysées avant de s'établir devant l'Assemblée nationale, avec duvets et matelas.

Mardi, plus de 350 tracteurs selon les autorités, 500 selon les manifestants, ont stationné aux abords de l'Assemblée nationale, et les agriculteurs présents ont aussi déversé plusieurs tonnes de pommes de terre sur le pont de la Concorde: cadeau aux Parisiens. A quelques jours de la signature de l'accord UE-Mercosur, les agriculteurs ont aussi multiplié leurs opérations ailleurs en France. Au total, le ministère de l'Intérieur a recensé mardi 37 actions dans 25 départements avec 1'300 personnes et 650 engins.

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