Mégafeu en France
Accalmie en Gironde mais 2500 personnes évacuées dans le Var

Après avoir détruit 42'000 hectares en Gironde, le mégafeu est contenu, permettant à 198'000 évacués de rentrer chez eux. Pendant ce temps, dans le Var, un incendie ravage déjà 1000 hectares et force l'évacuation de 2500 habitants.
Le mégafeu en Gironde est contenu, le Var s'embrase.
Photo: IMAGO/ABACAPRESS
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AFP Agence France-Presse

Après neuf jours de lutte acharnée et 42'000 hectares partis en fumée, l'amélioration se confirme vendredi en Gironde où le mégafeu est contenu. A 700 km de là, la situation est plus difficile dans le Var où l'incendie du Gros Bessillon a repris de l'ampleur, avec 2500 personnes évacuées et 1000 hectares parcourus.

A Bordeaux, autorités et pompiers ont bon espoir, grâce notamment à une météo favorable, d'une maîtrise prochaine du feu sans pouvoir en fixer la date pour l'heure et ce sont au total 198'000 personnes, sur les 220'000 évacuées après le début de l'incendie le 22 juillet, qui ont pu rentrer chez elles ou sont sur le point de le faire, soit 90%.

Du même coup, le centre d'accueil qui les accueillait va refermer ses portes dans la soirée au parc des expositions de Bordeaux. Quatre communes restent cependant vidées de leurs habitants, à savoir Saumos, d'où est parti ce mégafeu, Le Temple, Le Porge, commune la plus meurtrie par les flammes, et Lège-Cap-Ferret. «La crise n'est pas finie, le feu n'est pas fixé mais on progresse. On sort la tête hors de l'eau», a salué la préfète de la Gironde, Sophie Brocas, lors d'un point-presse en fin de journée.

Mistral violent dans le Var

A l'inverse, l'heure est à l'inquiétude dans le sud-est de la France, où la plupart des départements sont repassés en vigilance canicule orange ces derniers jours avec une forte hausse des températures. Le feu dans le massif du Gros Bessillon (Var), pourtant fixé il y a trois jours après avoir ravagé 4500 hectares, est reparti vendredi et a pris «de l'ampleur», a annoncé le préfet.

En six heures, les flammes, qui ont redémarré vers 13h30, ont parcouru 1000 hectares. «Il y a eu un phénomène de rafales de mistral avec des vents orageux qui ont attisé les braises encore incandescentes», a expliqué à la presse Simon Babre. Environ 2500 habitants ont été évacués, notamment à Correns et Montfort-sur-Argens. D'épaisses fumées grises, voilant le ciel bleu, sont visibles, a constaté une équipe AFP.

Outre 500 pompiers mobilisés sur le terrain, d'importants moyens aériens sont déployés (six hélicoptères bombardier d'eau, six Canadair et deux Dash) mais à 17h00, en moins de trois heures, le feu avait déjà parcouru 600 hectares, a indiqué à l'AFP le lieutenant Franck Graciano, porte-parole des sapeurs-pompiers du Var. En Gironde, deux zones sont encore particulièrement contrôlées, à savoir le long du littoral sur la commune du Porge et au sud de Lacanau.

«Nous avons 240 km de lisières à traiter. C'est la raison pour laquelle nous sommes très prudents sur le fait de passer le feu 'fixé'. Chaque heure qui passe nous en rapproche. J'insiste que lorsque nous passerons le feu fixé, ça ne veut pas dire qu'il est éteint, ça veut dire qu'il ne progressera plus», a souligné Marc Vermeulen, patron du Sdis 33. Bonne nouvelle pour le trafic SNCF, interrompu le 26 juillet au sud de Bordeaux. Il pourra reprendre samedi.

«Réparer les héros»

Au total, 3300 pompiers de toute la France, dont 267 ont été blessés à ce jour, 1500 militaires, 1250 policiers et gendarmes, forestiers, agriculteurs et une cohorte de bénévoles ont conjugué leurs efforts, épaulés par 24 moyens aériens dont sept fournis par l'Union européenne.

Et, sur le terrain, toujours la même solidarité... A Saint-Jean d'Illac, des habitants se sont rassemblés vendredi en bord de route pour applaudir et remercier en criant pompiers et tracteurs agricoles passant sur la route. Gyrophare et klaxons des pompiers en retour, dans une ambiance très émouvante, a constaté l'AFP.

A Lège-Cap-Ferret, une équipe de kinés, qui a investi le dojo adossé au gymnase où viennent se reposer les pompiers, s'affaire bénévolement pour retaper les corps endoloris. «J'essaie de réparer les vivants, au mieux (...) Les pompiers, ce sont des héros», témoigne auprès de l'AFP Louise Henrard, kiné de 37 ans.

Côté vie économique, un quart des 82'000 salariés concernés par les évacuations ont pu reprendre le travail dès jeudi, selon Bercy. Les autorités dénombrent toujours 240 habitations détruites, un bilan à «consolider lors des prochaines visites de reconnaissance» des zones sinistrées par ce feu, le plus dévastateur depuis 1949.

«Hantise»

Si aucune perte humaine n'est à déplorer, les sauveteurs ont la «hantise» de trouver des animaux morts, qu'il s'agisse des animaux de compagnie (chats, chiens...) que leurs propriétaires n'ont pu emporter avec eux dans l'évacuation d'urgence mais aussi, bien sûr, de la faune sauvage. «On sait déjà que c'est par millions que les animaux ont été affectés», a souligné sur RMC Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux.

Les forêts s'enflamment d'autant plus facilement que la végétation et les sols sont très secs depuis des mois, une sécheresse accentuée par le changement climatique et les récentes canicules exceptionnelles. Dans le sud-est, si le feu a repris dans le Var, à l'inverse, en Haute-Corse, après 18 jours de mobilisation, la situation est maîtrisée dans la vallée touristique de la Restonica, où plus de 1000 hectares ont été dévastés.

Sur la France entière, 308 interpellations ont été réalisées dans des enquêtes sur des départs de feux dont «deux tiers» sont susceptibles d'être volontaires et elles se sont traduites par 33 détentions, a indiqué Laurent Nuñez. Toutefois, les plus gros incendies de la saison sont d'origine accidentelle, selon les premiers éléments d'enquête.

En Gironde, sur le terrain comme dans les casernes, la journée s'est ouverte vendredi avec une minute de recueillement en hommage aux deux pompiers morts à Mérignac sur un virulent feu de forêt survenu la veille du départ du mégafeu.

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