Le rabatteur présumé d'Epstein
La piste d'un problème cardiaque évoquée après la mort de Daniel Siad

Daniel Siad, ex-recruteur de mannequins lié à Jeffrey Epstein, est décédé à 69 ans à Colombes. L’autopsie n’a révélé aucune violence récente, mais un infarctus ancien a été détecté. Des analyses complémentaires sont en cours.
Daniel Siad, ex-recruteur de mannequins lié à Jeffrey Epstein, est décédé à 69 ans à Colombes.

En bref

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  • Daniel Siad, accusé d'avoir recruté des femmes pour Jeffrey Epstein, est mort lundi à Colombes. L'autopsie n'a révélé aucune trace de violence récente ni cause immédiate de décès, mais a identifié un état de santé altéré et un infarctus ancien.
  • L'enquête sur ses activités reste ouverte, malgré l'extinction de l'action publique liée à sa mort. Les enquêteurs analysent les «Epstein Files», avec 24 femmes identifiées comme potentielles victimes, dont 16 déjà auditionnées.
  • Daniel Siad faisait face à des plaintes pour viols, notamment déposées en février 2026. Des avocats dénoncent son absence d'interrogatoire par les autorités françaises malgré des preuves mentionnées dès 2019 et des signalements répétitifs.
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AFP Agence France-Presse

L'autopsie de Daniel Siad, rabatteur présumé de femmes pour le pédocriminel Jeffrey Epstein, n'a pas révélé de «traces de violences récentes pouvant être en lien avec le décès», selon le parquet de Nanterre. L'examen médico-légal pratiqué jeudi sur le corps de Siad, retrouvé mort à 69 ans lundi soir chez lui à Colombes (Hauts-de-Seine), «n'a pas mis en évidence de cause immédiate du décès à ce stade», a-t-il précisé vendredi dans un communiqué.

En revanche, il a permis de constater «un état de santé altéré, ainsi que des traces d'un infarctus ancien pouvant exposer à un risque de mort subite». Des analyses complémentaires, notamment toxicologiques et sur les tissus prélevés, ont été requises, dans le cadre de l'enquête en recherche des causes de la mort confiée à la Sûreté territoriale des Hauts-de-Seine, a précisé le parquet.

«J'attends, ainsi que ses proches, les résultats définitifs des examens médicaux. Cette enquête est essentielle pour découvrir la vérité», a réagi auprès de l'AFP Me Menya Arab-Tigrine, qui était l'avocate de Siad. Visé par plusieurs plaintes, notamment pour viol, le recruteur de mannequins, qui se présentait comme «né Français et citoyen suédois», faisait l'objet d'une enquête à Paris. Il contestait les accusations et avait affirmé vouloir être entendu par les enquêteurs pour livrer sa version des faits.

«Jamais interrogé»

Si sa mort a entraîné l'extinction de l'action publique le concernant, «l'enquête cadre ouverte le 18 février 2026» et «confiée à l'Office central pour la répression de la traite des êtres humains se poursuit afin d'identifier l'ensemble des personnes susceptibles d'être mises en cause», a précisé mercredi soir, dans un communiqué, la procureure de Paris Laure Beccuau. La première plainte visant Siad avait été déposée le 10 février, à Paris, par une ex-mannequin suédoise, Ebba P. Karlsson. La quinquagénaire ignorait son identité avant de le reconnaître dans les archives déclassifiées liées à Epstein.

Elle l'accuse de l'avoir violée quand elle avait 20 ans puis de l'avoir exploitée sexuellement en la présentant à Gérald Marie, ex-directeur de la prestigieuse agence de mannequins Elite, à qui elle reproche un autre viol. Ce dernier conteste toutes les accusations le visant. Dans un communiqué, des avocats de femmes se disant victimes de viols et d'agressions sexuelles commis par Daniel Siad et Gérald Marie, ont déploré que Siad n'ait «jamais été interrogé par la police ou la justice française».

Affirmer, comme l'a fait Laure Beccuau, «que les investigations n'auraient 'pas apporté d'éléments' suffisants pour justifier une interpellation relève d'une interprétation pour le moins étonnante des faits», ont dénoncé Mes William Bourdon, Colomba Grossi et Mathias Darmon, citant «plusieurs signalements circonstanciés dès 2019, une plainte pour viol déposée en février 2026, une audition par les enquêteurs en mars 2026 et un nom cité 2.000 fois dans des pièces judiciaires majeures».

«Silence»

Ils déplorent «le silence opposé pendant des mois à des avocats cherchant à établir un contact avec le parquet», précisant avoir «adressé plus d'une dizaine de courriels» depuis avril et s'être «régulièrement présentés au tribunal» pour être mis en relation avec l'un des magistrats instructeurs. Pour les victimes, dont Ebba P. Karlsson, «cette situation constitue de nouvelles violences: celle de ne jamais voir la personne qui les a exploitées et agressées répondre de ses actes, et celle d'avoir été laissées sans nouvelles, pendant des mois, par une institution qui se présentait pourtant publiquement comme mobilisée pour les entendre», ont fustigé les avocats.

Ils demandent donc que «la lumière soit faite sur les raisons» pour lesquelles le parquet n'a pas entendu Siad, que «Gérald Marie soit entendu par les services enquêteurs dans les meilleurs délais», comme toute personne susceptible d'avoir été complice de ses agissements et de ceux de Siad, et que leurs «clientes soient auditionnées le plus rapidement possible». Mercredi, Laure Beccuau avait évoqué l'exploitation des «Epstein Files» qui «mobilise une dizaine d'enquêteurs». A la faveur de ce travail et d'un appel à victimes, «24 femmes se sont manifestées ou ont été identifiées», dont «16 ont été entendues par les enquêteurs», les huit autres devant l'être prochainement, avait-elle indiqué, précisant que Siad faisait de son côté «l'objet de techniques spéciales d'enquêtes et notamment d'écoutes téléphoniques».


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