Ce lundi 12 janvier, la Délégation des commissions de surveillance du Grand Conseil (DELSURV) a rendu public un rapport qui met sérieusement en difficulté la conseillère d’Etat Valérie Dittli. Dans l'après-midi, la ministre incriminée et le Conseil d’Etat vaudois ont chacun pris la parole. Deux communications distinctes, mais une même prudence calculée, alors que le débat politique s’annonce électrique au Grand Conseil vaudois.
Dans une communication personnelle, la cheffe du Département de l’agriculture, de la durabilité et du climat, et du numérique (DADN) prend acte du rapport parlementaire et en reconnaît la portée. Elle parle sans détour de «tensions, erreurs et dysfonctionnements» au sein de son ancien département (qui comprenait les finances) et affirme «assumer sa part de responsabilité» en tant que cheffe de département.
Valérie Dittli veut continuer
Un aveu rare dans un exercice de communication politique, tempéré toutefois par le rappel d’un contexte qu’elle juge «complexe et particulièrement exigeant», notamment pour une élue de milice. Valérie Dittli insiste sur le fait que les problèmes mis en lumière concernent avant tout les relations avec la Direction générale de la fiscalité et des questions de gouvernance liées au bouclier fiscal. Elle souligne surtout que le rapport ne relève pas de dysfonctionnements comparables dans les autres services rattachés à son département, passés ou actuels.
L’élue du Centre met également en avant les mesures déjà prises: la réorganisation gouvernementale décidée en 2025, la création du nouveau DADN, ainsi que le renouvellement en profondeur du Secrétariat général. Elle promet encore d’analyser l’ensemble des recommandations de la DELSURV et d’annoncer, dans les mois à venir, des mesures complémentaires pour renforcer la gouvernance et la protection du personnel.
Sur le plan politique, le message est clair: pas question de démissionner. Valérie Dittli se dit «pleinement prête à poursuivre son engagement au service du canton de Vaud», concluant par une formule presque introspective: «La conseillère d’Etat d’aujourd’hui aurait beaucoup de choses à transmettre à la conseillère d’Etat d’hier.»
Annonces ciblées du reste du gouvernement
De son côté, le Conseil d’Etat adopte une posture beaucoup plus institutionnelle. Dans une série de communications successives, l’exécutif cantonal rappelle d’abord qu’il ne commentera pas, à ce stade, le rapport du bureau du Grand Conseil relatif à la motion demandant une commission d’enquête parlementaire (CEP) sur les dysfonctionnements liés au bouclier fiscal. Le Gouvernement renvoie explicitement le débat à l’arène parlementaire.
Concernant le rapport de la DELSURV, le Conseil d’Etat souligne la «qualité du travail effectué» et rappelle que ses conclusions confirment les faits ayant déjà conduit, en mars 2025, à des mesures importantes. C’est à cette époque que l’exécutif avait confié un mandat d’analyse à Jean Studer, lequel avait débouché sur une réorganisation de départements et sur un accompagnement spécifique des collaboratrices et collaborateurs concernés.
Une nouveauté toutefois: le Conseil d’Etat annonce l’ouverture d’une enquête sur les conditions d’octroi de deux mandats à l’ancien président de la Commission foncière rurale 1 (CFR1), conformément à l'une des recommandations de la DELSURV. Pour le reste, l’Exécutif se donne du temps et promet une prise de position «complète et détaillée» lors du débat parlementaire prévu mardi prochain.
Dernier acte au Parlement vaudois
Entre une conseillère d’Etat qui assume, tout en revendiquant sa légitimité à continuer, et un Conseil d’Etat qui temporise en se retranchant derrière le calendrier parlementaire, la balle est désormais clairement dans le camp du Grand Conseil. C'est sous la coupole vaudoise que se jouera la suite du dossier Dittli.