Le commentaire de Myret Zaki
Face à l’humiliation de Trump, le silence suspect de l’UDC

Oubliée, la hallebarde brandie face à l'UE: face à Trump, la droite conservatrice pardonne les offenses et rentre ses griffes. Reste que le Républicain, un temps adulé par les souverainistes, n'est plus que toléré sur fond d'un silence parlant, estime notre journaliste.
Face à Donald Trump, la droite conservatrice pardonne les offenses et range ses griffes, estime notre journaliste.
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Myret ZakiJournaliste Blick

Depuis quelques années, les souverainistes et la droite conservatrice suisse, dont beaucoup s'identifient à l’Union démocratique du centre (UDC), étaient en joie: de l'autre côté de l'Atlantique, Donald Trump venait incarner tout ce qu’ils aimaient. Ce garçon avait tout pour lui: Il défendait les intérêts de son pays, s'attaquait sans peur ni regret à l’immigration de masse aux Etats-Unis, épinglait le wokisme et le gauchisme devenus selon eux la plaie européenne du siècle. Dans une sortie peu habituelle pour un conseiller fédéral, l'UDC Albert Rösti avait même avoué, fin 2024, sa préférence pour le candidat Trump face à Harris, juste avant l'élection américaine, tout comme le président de l'UDC Marcel Dettling.

Premier coup, le conflit douanier

«Il nous faudrait le même en Suisse!», aimaient répéter nos conservateurs sur les fils de commentaires en ligne. Lorsqu'on s'avisait de critiquer leur idole, les adeptes de Trump nous tombaient dessus à bras raccourcis, rappelant tout de suite que l'ennemi et repoussoir ultime n'était certainement pas l'Amérique de Trump, mais l'Union européenne (UE). Leur adhésion était forte, mais peu surprenante, et l'influence des idées de Trump filtrait dans certaines positions de l’UDC, comme l'idée de se retirer d’accords internationaux. 

Mais voilà. Les choses ont commencé à se compliquer, quand le président américain s'est mis à menacer les intérêts de la Suisse très directement, lui infligeant l’épisode douloureux des droits de douane cet été.

Là, les contradictions ont commencé à se révéler au grand jour. Car même face à une menace aussi directe, on entendait encore des Helvètes souverainistes défendre Trump bec et ongles. Après tout, il ne faisait que défendre son pays, argumentaient-ils. Qui peut l'en blâmer? N'est-ce pas ce qu’on attend d’un bon souverainiste?

Quel souverainisme suisse défend les intérêts américains?

Déjà à ce moment-là, on pouvait s’interroger sur cette version très curieuse du patriotisme helvétique, qui consiste à excuser si complaisamment la défense agressive des intérêts américains aux dépens des intérêts suisses. La position devenait difficilement tenable, pour l’UDC et les trumpistes de tous bords. 

Aujourd’hui, la tension est encore montée de plusieurs crans. La position des souverainistes et conservateurs, au patriotisme à géométrie variable, devient plus difficile à justifier depuis ce mercredi 21 janvier. A Davos, devant un parterre d’élus fédéraux venus l’écouter, dont le président de la Confédération Guy Parmelin (UDC), Donald Trump n’a pas hésité à médire longuement sur la Suisse. 

Sur le sol de ce pays hôte qui l’accueillait avec tous les honneurs, il a poussé l'outrage jusqu'à déballer longuement comment, en imposant les droits de douane, il a réalisé que la Suisse vivait aux crochets du marché américain, et dépendait de ce dernier pour sa prospérité, qui doit tout à l'Amérique. «They're only good because of us», a-t-il cru bon de dire à propos de la Suisse lors de son allocution à Davos. 

Mépris affiché sur sol helvétique

Et, se moquant pour la énième fois de Karin Keller-Sutter (la «dame» dont il avait à nouveau oublié le nom et la fonction), il a évoqué avec dédain son côté «répétitif» et son «agressivité». Puis, avec une jouissance cruelle, il s’est longuement amusé de la «folle panique» affichée par les officiels et entreprises helvétiques qui se sont bousculés au téléphone et à son bureau pour négocier les droits de douane. On croyait voir un chat s’amuser à torturer sa souris. 

Suite à cela, qu’a fait UDC? Silence. Le président de la Confédération, l'UDC Guy Parmelin, assumant sa non réaction, n’a pas souhaité commenter les remarques méprisantes de Donald Trump. Une diplomatie qui peut, à la limite, se comprendre à l'échelon d'un conseiller fédéral. 

Mais le silence est plus net dans l’attitude de Céline Amaudruz (UDC/GE). Interrogée sur les ondes de la RTS le même soir «jusqu’où doit-on plier face à Donald Trump», la conseillère nationale ne veut pas commenter et souligne que «c’est même une force, aujourd’hui, de ne pas commenter». Elle salue le «bon sens de Guy Parmelin» et prône de garder la tête froide, sans critiquer à aucun moment Donald Trump et en prenant des pincettes maximales. 

La hallebarde n'est réservée qu'à l'UE

Oubliées la hallebarde, la résistance de Winkelried et de Guillaume Tell, la combativité que la Suisse affiche face à l'UE, dont elle dépend pourtant autant si ce n'est plus; on ne trouvera rien de ces postures face aux Etats-Unis de Trump: là, on rentre les griffes et on sort les génuflexions. 

En réalité, cela fait un moment que l’UDC se retrouve régulièrement en position de grand écart intenable sur différents sujets. 

Sur l’Europe, déjà, lorsque d’un côté elle mène une campagne pugnace contre les accords bilatéraux, et que de l’autre elle reste muette sur ce sujet parce qu’elle pactise au niveau cantonal avec le PLR et le Centre au sein d’alliances des droites élargies. 

Sur la neutralité, ensuite, lorsque d’un côté elle lance une initiative pour la préserver, mais que de l’autre elle défend l’idée de vendre du matériel de guerre à l’Ukraine, parce qu’elle pactise avec le lobby des armes. 

Un indicateur: le vide sur les fils de commentaires

A présent, la voilà testée par Donald Trump, qui met à l’épreuve le souverainisme suisse lorsqu’il se retrouve en conflit direct avec les politiques du souverainiste en chef américain. 

Reste que ce silence parle fort. Les défenseurs de Trump se font plus rares sur Facebook ou LinkedIn, lorsqu’on critique sa politique économique, vantée comme un «miracle» alors qu’elle est décevante pour la grande majorité des Américains. Ou encore, lorsqu’on critique son discours humiliant à Davos. Alors qu'aux Etats-Unis, la popularité du Républicain a chuté à 40%, ici aussi, ses adeptes ne viennent plus à sa rescousse. Invisibles, ils le sont quand les contradictions sont devenues trop visibles. 

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