A la surprise générale, le grand coup de théâtre attendu sur les marchés boursiers n’a pas eu lundi. Les négociations à Islamabad entre les Etats-Unis et l’Iran venaient pourtant d'échouer, le président américain Donald Trump annonçant dans la foulée un blocage complet du très stratégique détroit d’Ormuz.
Le calme affiché par les marchés fait même froncer les sourcils des experts: «La réaction d’hier sur les marchés financiers était étonnante», observe auprès de Blick Matthias Geissbühler, chef des placements chez Raiffeisen.
La semaine précédente, les marchés avaient nettement progressé après l’annonce du cessez-le-feu et dans l’attente de négociations constructives. «On aurait donc pu s’attendre à une correction plus marquée après ce résultat négatif», explique Matthias Geissbühler. D’autant que les prix du pétrole ont fortement augmenté lundi, repassant temporairement au-dessus des 100 dollars le baril.
Le risque d'une nouvelle escalade
L’explication de Matthias Geissbühler: «Les acteurs du marché semblent parier sur un accord entre l’Iran et les Etats-Unis dans les prochains jours.» Une analyse partagée par la Banque cantonale de Lucerne: selon son point de mardi, il est positif que les belligérants restent, en principe, ouverts au dialogue.
Mais les analystes bancaires recommandent actuellement une stratégie défensive. Matthias Geissbühler appelle lui aussi à la prudence pour la suite. «Le risque d’une nouvelle escalade reste élevé et pourrait entraîner des corrections significatives sur les marchés boursiers.» Autrement dit: un choc boursier majeur pourrait encore survenir si le conflit devait s’enliser.
La normalisation pourrait prendre des mois
Sur le plan économique, les dégâts sont déjà bien réels. Et ils se feront sentir même en cas de solution rapide au conflit et de réouverture de détroit d’Ormuz. Depuis le début de la guerre, les prix du pétrole – et donc du gaz, de l’essence, du diesel et du kérosène – ont fortement grimpé.
Même si une accalmie survient, il faudra des semaines, voire des mois, pour revenir à la normale, estime Matthias Geissbühler: «D’une part, les chaînes d’approvisionnement sont perturbées et, d’autre part, une partie des infrastructures énergétiques du Moyen-Orient a été endommagée.» Les prix devraient donc rester élevés durablement.
Cela se traduira par une nouvelle poussée de l’inflation dans les mois à venir, ainsi que par des taux d’intérêt durablement élevés sur les marchés des capitaux. La Banque cantonale de Lucerne a déjà relevé sa prévision d’inflation annuelle à 0,8%. Une inflation plus forte et des taux élevés pèsent sur l’économie mondiale, avec des effets négatifs attendus sur les marchés boursiers.
Un climat misérable aux Etats-Unis
«L’impact de la guerre en Iran se lit aussi dans la confiance des consommateurs», souligne Matthias Geissbühler, en s’appuyant sur des indicateurs récents. Aux Etats-Unis, l’indice de sentiment des consommateurs de l’Université du Michigan est tombé à son plus bas niveau depuis le début des relevés, il y a 74 ans. En Suisse aussi, l’indice publié par le Secrétariat d'Etat à l'économie (Seco) a nettement reculé en mars.
A la Bourse suisse, l’optimisme reste toutefois de mise mardi. L’indice phare SMI progressait de 0,7% à la mi-journée.