Gérant du Valorum à Lausanne
«L'or est un baromètre de nervosité économique, politique et même sociétal»

Alors que les cours atteignent des sommets, des détenteurs d’or cherchent à vendre. Juan Caïdo, gérant de Valorum, à Lausanne, détaille le processus d’expertise pour les bijoux, pièces ou lingots. L’analyse avec un spectromètre de masse réserve son lot de surprises.
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Chez Valorum, à Lausanne, Juan Caïdo, 47 ans, expertise les bijoux qui vont être mis en gage ou vendus.
Photo: François Wavre | Lundi13
Olaya Gonzalez
Olaya Gonzalez
L'Illustré

L’adresse a beau la situer dans la rue de Bourg, la plus chic de Lausanne, c’est à l’étage inférieur d’une galerie que l’on découvre la devanture volontairement discrète, presque modeste, de Valorum. Fondée en 2014 par Juan Caïdo, un passionné qui se montre volontiers bavard, mais également empathique et très à l’écoute de ses clients, cette enseigne propose divers services.

«Nous réalisons des expertises avec deux aspects, l’authentification et l’estimation d’objets dits de valeur, notamment des montres, des bijoux, des monnaies, des lingots et des accessoires de mode de luxe. Nous achetons et faisons aussi du prêt sur gage.»

Des besoins de liquidités

Des personnes ayant besoin de liquidités rapidement, pour payer une facture de dentiste, s’offrir un voyage, créer leur entreprise ou la sauver de la faillite, peuvent apporter un objet de valeur dont elles sont propriétaires et le mettre en gage pour obtenir entre 30 et 80% de sa valeur (pas son prix d’achat mais son prix de vente sur le marché de la seconde main) en cash.

Ensuite, elles remboursent leur dette et les intérêts et récupèrent l’objet. «Nous achetons également de l’or, sous forme de lingots, de pièces de monnaie ou de bijoux, ainsi que de l’argenterie; nous faisons donc du commerce d’occasion.»

Juan Caïdo, le cours de l’or a augmenté régulièrement depuis vingt ans, mais cette hausse s’est accélérée depuis 2024...
La guerre en Ukraine, le conflit israélo-palestinien, l’instabilité politique, l’incertitude économique ont joué un rôle important. Ensuite il y a eu le Congo, les affrontements entre la Thaïlande et le Cambodge. A chaque nouvelle crise, dans les vingt-quatre heures, on observe que le cours de l’or bouge. Il y a aussi eu le phénomène des banques centrales qui ont exprimé leur souhait de se renforcer en or, qui ont parlé de ce métal comme de la mesure de protection ultime en cas de big bang économique. Ce métal précieux est un baromètre de nervosité à la fois économique et politique, et maintenant je dirais même sociétal.

Lorsqu’on a des pièces ou des bijoux en or chez soi, peut-on se fier aux poinçons?
C’est compliqué parce que chaque pays a ses propres poinçons, donc suivant où un bijou a été acheté, il peut être différent. De plus, certains n’en portent pas. Normalement, un «750» ou un «18K» indiquent de l’or 18 carats, mais il peut aussi y avoir de petites divergences entre ce qui est gravé et la véritable teneur en métal noble. Sans oublier qu’il y a aussi des arnaques.

Par exemple?
J’ai, à plusieurs reprises, dû détromper des personnes victimes de ce qu’on appelle «l’arnaque à la bague». Cela se déroule toujours de la même façon. Quelqu’un fait semblant de trouver une bague par terre juste devant vous et vous propose de vous la céder pour une somme assez modique par rapport à sa valeur puisqu’elle serait, d’après le double poinçon «18K» et «750», en or de très bonne qualité. Vous pensez faire une bonne affaire... et vous vous retrouvez avec un bijou en laiton.

Photo: François Wavre | Lundi13

Comment les professionnels testent-ils traditionnellement l’or?
On frotte le bijou ou la pièce sur une pierre de touche, assez fortement pour laisser une marque. Si c’est du plaqué, on le voit tout de suite. Si ce n’est pas le cas, on dépose une goutte de l’acide correspondant au carat supposé (chaque flacon porte une étiquette différente, 9K, 14K, 18K ou 21,6K). Si, avec un acide pour tester le 18K, la marque dorée reste, c’est que c’est bon; si elle s’efface, ce n’est pas du 18K. Mais attention, des personnes malintentionnées peuvent tricher, par exemple en frottant moins fort que nécessaire, de façon à ce que la marque s’efface bien que ce soit réellement du 18K. Ou en modifiant les étiquettes des flacons pour tester un bijou 18K avec un acide 21,6K. La marque s’effacera alors...

Chez Valorum, vous utilisez une autre méthode.
En effet, nous disposons d’un spectromètre de masse, qui analyse précisément la composition de l’objet placé à l’intérieur. Pour un lingot, par exemple, il indiquera «Au», le symbole chimique de l’or, et «99,99%». Pour une bague 18 carats, on aura le pourcentage d’or (75%) et celui des autres composants de l’alliage, argent, cuivre, etc. Parfois, il détecte aussi beaucoup de cadmium, considéré comme cancérogène (ndlr: en Suisse, une norme limite sa concentration à 0,01% dans les bijoux).

«
Un client est venu avec un morceau de lingot d’or; il avait été scié en quatre
»

Avez-vous pu déjouer des escroqueries grâce à la précision de votre spectromètre?
Oui, notamment des arnaques au triple plaquage. Un bijou plaqué est en métal avec une très fine couche d’or qui part si on le frotte sur une pierre de touche. Mais des petits malins ont eu l’idée de réaliser plusieurs bains d’or successifs, augmentant l’épaisseur de la couche, afin de faire croire que le bracelet ou la bague sont en or. Heureusement, le spectromètre ne s’y trompe pas. Le pourcentage affiché est anormal.

Que demandez-vous habituellement à vos clients?
Une pièce d’identité en cours de validité est indispensable. Pour certains objets, je demande leur provenance, leur histoire, éventuellement une facture d’achat. Si les gens s’en offusquent, cela me fait tiquer. Ils pourraient avoir été volés.

Payez-vous au comptant?
Nous proposons les deux options. Avant le covid, 80% des transactions se faisaient cash; aujourd’hui, c’est l’inverse, dans 80% des cas, les clients préfèrent un virement bancaire.

Avez-vous déjà eu affaire à des clients aux demandes surprenantes ou qui vous ont apporté des choses très particulières?
Un bijoutier est venu me voir avec le sac de son aspirateur, car il pensait qu’il devait contenir des résidus d’or. Nous avons réussi à en extraire pour 1000 francs d’or. Un client est arrivé avec un morceau de lingot; il avait été scié en quatre, sans doute pour une question d’héritage. Dommage, car, en le découpant, il y a certainement eu une perte du métal précieux. Et il ne faut pas oublier les dents en or, très en vogue au début du XXe siècle. Lorsque les dentistes arrachent des dents recouvertes d’un alliage de ce métal, ils demandent aux patients s’ils veulent les garder. Mais souvent, on est plutôt dégoûté devant cet amas sanguinolent, on ne réalise pas sa valeur et on dit non. Les dentistes s’en frottent les mains.

Un article de «L'illustré» n°3

Cet article a été publié initialement dans le n°03 de «L'illustré», paru en kiosque le 15 janvier 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°03 de «L'illustré», paru en kiosque le 15 janvier 2026.

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