Les Bourses mondiales voient rouge vendredi, pénalisées par un regain d'inquiétudes sur des valorisations du secteur de l'intelligence artificielle, le marché craignant de faire face à une bulle financière.
En Europe, la Bourse de Paris cédait 0,61% vers 08H25 GMT, Londres 0,62%, Francfort 0,94% et Milan 0,82%. En Asie, la Bourse de Tokyo a reculé de 2,40%, Séoul de 3,79%, Taipei de 3% et Sydney 1,5%, pendant que Hong Kong lâchait 2,38% dans les derniers échanges. Aux Etats-Unis, jeudi, l'indice boursier technologique Nasdaq a bondi de 2% à l'ouverture pour finalement terminer la journée en nette baisse de 2,15%. L'indice élargi S&P 500 a quant à lui perdu 1,55%.
Chute du bitcoin
L'indice boursier international MSCI World, qui regroupe plus de 1.600 entreprises cotées dans une vingtaine de pays développés, se dirige vers sa pire semaine depuis début avril, lorsque l'entrée en vigueur des droits de douane imposés par le président Donald Trump avaient secoué les marchés.
Le bitcoin, la plus capitalisée des cryptomonnaies, évoluait aussi à son plus bas depuis avril, à 84'488 dollars, en baisse de 3,12% vers 07H20 GMT. «Jeudi, nous étions tranquillement assis à regarder Nvidia sauver le marché après l'annonce d'une nouvelle série de résultats impressionnants quant tout à coup les choses ont dérapé», commente Ipek Ozkardeskaya, analyste de Swissquote Bank.
Nvidia termine en baisse
Nvidia a d'abord bondi de 5% à l'ouverture du marché américain après avoir publié des résultats spectaculaires, pour finalement terminer en baisse de 3,15%. Ce retournement brutal, malgré des résultats exceptionnels, est lié à deux sources d'inquiétude structurelles mises en avant par des analystes et relayées sur les marchés, résume l'analyste.
«Des analystes ont relevé que Nvidia accumule beaucoup trop de puces en stock», explique Ipek Ozkardeskaya, le marché craignant que cela entraîne des dépréciations dans les comptes de résultats du groupe. «Dans le même temps, il a été signalé que Nvidia a encaissé d'importantes avances de clients et les a reconnues en revenus trop rapidement, avant la livraison des puces, une pratique qui peut embellir les résultats à court terme mais qui pourrait laisser un trou si les commandes futures ralentissent», détaille encore l'analyste. Or, ces signaux font douter les investisseurs de la durabilité du boom du secteur de l'IA, ce qui alimente les craintes sur les niveaux de valorisation.
Le marché du crédit surveillé
«Le stress est monté d'un cran supplémentaire avec l'apparition d'un signal que personne n'avait vraiment anticipé: la nervosité s'est déplacée du marché actions vers le marché du crédit» les investisseurs cherchant à se protéger «contre un potentiel dégonflement de la bulle technologique», explique John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank.
Tous les regards se sont ainsi tournés vers «les CDS, ou +credit default swaps+, qui sont des instruments financiers que les investisseurs achètent pour se couvrir contre le risque de défaut d'une entreprise ou d'un État. Plus le risque perçu de défaut est élevé, plus la demande des investisseurs augmente, et plus le prix grimpe. Or hier (jeudi, ndlr), Oracle a vu ses CDS à 5 ans atteindre leur plus haut niveau en trois ans», explique Ipek Ozkardeskaya. «L'opinion du marché devient de plus en plus polarisée entre ceux qui crient à la bulle et ceux qui sont prêts à continuer de courir. Cette dynamique conduira à une volatilité accrue et à de grands mouvements», estime Ipek Ozkardeskaya.
Les valeurs technologiques reculent
En Asie comme en Europe, le secteur technologique est en repli vendredi. A Tokyo, le géant des investissements technologiques SoftBank Group a dévissé de 10,9%, et le fabricant de puces-mémoires Kioxia a sombré brièvement de plus de 17% avant de terminer en fort repli de 11,51%, tandis qu'à Séoul SK Hynix a chuté de 8,1% et Samsung Electronics de 6,3%.
En Europe, vers 08H30 GMT dans le secteur des semi-conducteurs, ASML a lâchait 4,33% et BE Semiconductors 4,46% à Amsterdam. Infineon reculait de 3,69% à Francfort. Les titres du secteur énergétique souffraient également, Schneider Electric cédait 1,99% à Paris et Siemens Energy 7,23% à Francfort.