«Buy the rumor, sell the fact»
Que valent vraiment les maximes boursières les plus populaires?

«Tel janvier, telle l’année» est un exemple des nombreuses maximes qui circulent à Wall Street. Mais que valent réellement ces formules censées prédire l’évolution des marchés? Analyse en cinq points.
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Wall Street, aux États-Unis, est le berceau de nombreuses maximes boursières.
Photo: imago/UPI Photo
Olivia Ruffiner

L'agriculture et la bourse ne partagent que peu de points communs. Mais en voici certainement un: dans les deux cas, on retrouve des principes directeurs qui visent à généraliser des situations complexes. Les dictons paysans et les maximes boursières se recoupent même dans certains cas.

Alors que le paysan dit: «Si janvier précède février, l'année sera comme elle l'a toujours été», l'investisseur estime que «tel janvier, telle année». Ou encore: «Ce que le paysan ne connaît pas, il ne le mange pas». Warren Buffett le formule ainsi: «N'investissez pas dans une affaire que vous ne connaissez pas.» Et parfois, paysan et investisseur tous les deux raison.

Comment naissent les maximes boursières?

Les maximes boursières sont des expressions qui se veulent comme des règles empiriques et qui se sont développées au fil de l'histoire, à partir des observations faites par les acteurs du marché durant plusieurs décennies, voire plusieurs siècles. Il est difficile de dire quelle maxime boursière est la plus ancienne, certaines remontant à la fin du 17e siècle. C'est le cas par exemple du précepte: «Sell in May and go away», selon laquelle les investisseurs qui vendent en mai et rachètent entre septembre et octobre obtiendront, à long terme, des rendements supérieurs à ceux qui conservent leurs actions durant l'été.

Les maximes boursières sont le fruit d'un mélange entre expériences, analyses des marchés financiers et observations empiriques. Des légendes de l'investissement comme Warren Buffet, Martin Zweig et André Kostolany ont eux-mêmes ont partagé certaines de ces règles dans leurs livres ou lors d'interviews. Ce faisant, ils ont condensé des phénomènes complexes en formules faciles à retenir, qui sont devenues de véritables clés de la sagesse boursière.

En 2024, la fortune de Warren Buffett était estimée à environ 147 milliards de dollars.
Photo: keystone-sda.ch

Quel est le lien entre les maximes boursière et la psychologie comportementale?

On peut globalement diviser les maximes boursières en deux catégories: celles axées sur la psychologie et le comportement, et celles liées au facteur temps. Dans la première catégorie, on retrouve par exemple la célèbre maxime de Martin Zweig: «La tendance est votre amie.» Comprenez plutôt: il est plus facile de suivre une tendance existante que d’en découvrir une nouvelle.

Ce précepte a été parfaitement appliqué lors de la première vague d'intelligence artificielle. Certaines personnes, conscientes de la nécessité de disposer de puces plus performantes sur le marché, ont investi dans le groupe technologique Nvidia, qui était alors le seul à en fabriquer. C'est ainsi qu'en janvier 2026, Nvidia a détrôné le constructeur de voitures électriques Tesla en devenant l'entreprise la plus valorisée au monde.

Nvidia a fait une entrée fracassante sur le marché boursier.
Photo: AFP

Mais attention: les investisseurs peuvent aussi essuyer des pertes en suivant ce principe. Cela a notamment été le cas en 2000 et 2001, lorsque la bulle Internet a éclaté. Le légendaire analyste boursier Irving Kahn avait ainsi coutume de dire : «Acheter bas et vendre haut est impossible si l'on suit le mouvement général.»

Pourquoi le timing est-il un sujet si populaire en matière de stratégie boursière?

La deuxième grande catégorie est celle des maximes boursières liées au temps: «Achetez quand les canons grondent, vendez quand les violons sonnent», disait le banquier Carl Mayer von Rothschild. Il n’est pas surprenant que de nombreux préceptes boursiers portent sur la notion de moment opportun, car acheter et vendre au bon moment est déterminant pour réaliser des bénéfices.

Avec sa règle, Von Rothschild décrit l'investissement à contre-courant: en période de crise, les cours chutent car de nombreuses personnes vendent dans la panique, tandis qu'en période calme, les investisseurs achètent. De leur côté, les investisseurs à contre-courant tentent de réaliser du profit en adoptant le comportement inverse.

Une autre maxime bien connue est celle de l'auteur Michael Maiello : «Buy the rumor, sell the fact» (achetez la rumeur, vendez le fait). D’après lui, les rumeurs font grimper le cours de l’action, tandis qu'une fois l’information officiellement annoncée, le cours ne bouge plus de manière importante. Cependant, cette stratégie ne fonctionne que si la rumeur est fondée et qu’elle contient de bonnes nouvelles pour l’entreprise concernée – par exemple, une offre de rachat généreuse.

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Les maximes boursière sont-elles prouvées empiriquement?

Plusieurs adages boursiers ont fait l'objet d'études approfondies, avec des résultats parfois décevants. La règle de janvier («tel janvier, telle année»), évoquée précédemment, en est un exemple frappant. Si elle a pu se vérifier certaines années, elle semble globalement relever du hasard.

Il en va autrement de la règle: «Vendez en mai, mais pensez à revenir en septembre .» Ce phénomène a été démontré en 2002 par les économistes Ben Jacobsen et Sven Bouman dans une étude. Leurs recherches ont prouvé que les investisseurs qui vendent leurs placements fin avril et réinvestissent début octobre obtiennent effectivement des rendements à long terme supérieurs à ceux qui achètent et conservent leurs titres pendant l'été.

Plusieurs théories ont été avancées pour expliquer ce phénomène, notamment la durée des vacances d'été. Celui-ci n'a toutefois pas encore été totalement compris. De plus, les investisseurs ne peuvent tirer profit de cette stratégie qu'en l'appliquant avec discipline sur le long terme. A plus court terme, elle ne génère pas de hausse de la performance. Au contraire, la multiplication des transactions tend plutôt à la faire baisser.

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Peut-on se fier aux maximes boursières?

L'observation des données sur plusieurs années le montre: les marchés financiers suivent parfois des schémas correspondant aux maximes. Certains d'entre elles, comme «Sell in May», peuvent être prouvées statistiquement. Dans des environnements de marché stables et comparables, l'expérience acquise en bourse peut donc fournir des indications précieuses. Cependant, elle fonctionne moins comme un véritable outil de prévision que comme une méthode approximative.

Et comme le montre la règle de janvier, les maximes boursières ne sont pas toujours fiables. En effet, celles-ci sont faussées dès lors que les conditions générales changent. Et pour cause. Les maximes boursières ignorent des facteurs d'influence centraux comme l'inflation, le niveau des taux d'intérêt ou la volatilité du marché. Durant les phases de forte inflation, par exemple, les marchés sont très volatiles, rendant les modèles historiques caduques.

Conclusion

Les maximes boursières sont somme toute des règles très simplifiées. Elles sont aussi vieilles que la bourse elle-même. Elles condensent des observations complexes du marché en formules accrocheuses, mais occultent les facteurs déterminants du marché.

Leur pertinence est d'autant plus questionnable qu'elles ne tiennent pas compte de l'investisseur lui-même. En effet, les principes fondamentaux de la finance boursière ne prennent pas en considération l'horizon de placement, la tolérance au risque et la situation financière des investisseurs.

Ceux qui comprennent la sagesse boursière pour ce qu'elle est – des données empiriques condensées et des signaux d'alerte psychologiques – peuvent l'évaluer de manière critique. L'art de manier ces règles consiste à ne pas les suivre comme un mode d'emploi, mais plutôt à s'en servir comme des pistes de réflexion pour élaborer sa propre stratégie.

Ceci ne constitue pas une recommandation d'investissement.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les opinions et analyses présentées reposent sur une recherche approfondie, mais ne sauraient remplacer une analyse personnalisée et la consultation de professionnels. L’évolution des marchés boursiers dépend de nombreux facteurs et est imprévisible. Investir dans des actions, des cryptomonnaies et d’autres produits financiers comporte des risques, y compris la perte potentielle du capital investi.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil en investissement. Les opinions et analyses présentées reposent sur une recherche approfondie, mais ne sauraient remplacer une analyse personnalisée et la consultation de professionnels. L’évolution des marchés boursiers dépend de nombreux facteurs et est imprévisible. Investir dans des actions, des cryptomonnaies et d’autres produits financiers comporte des risques, y compris la perte potentielle du capital investi.

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