Une préparation sous le soleil
Marco Odermatt crève un pneu en Andalousie et vexe sa petite amie

Loin des pistes enneigées, Marco Odermatt et ses coéquipiers s’entraînent en Andalousie, où ils ont parcouru 530 kilomètres à vélo, défiant chaleur et pannes mécaniques. Blick vous propose un voyage dans les coulisses de cette préparation.
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Le préparateur physique Alejo Hervas et le physiothérapeute Iker Cuco Pena ont invité les géantistes suisses à un camp d'entraînement dans le sud de l'Espagne.
Photo: Sven Thomann
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Marcel W. Perren et Sven Thomann

Une grande partie des 905 habitants du pittoresque village côtier d’El Palmar de Vejer ne connaissent ni Lucas Pinheiro Braathen, ni Franjo von Allmen, ni Lara Gut-Behrami, ni Mikaela Shiffrin, ni Marco Odermatt. En Espagne, la Coupe du monde de ski alpin n’est tout simplement pas diffusée à la télévision. Pourtant, à moins de 300 mètres de la plage, dans un bungalow discret, vit un homme qui a largement contribué aux immenses succès de l’équipe de Swiss-Ski: l’Andalou Alejo Hervas.

Ancien participant à des courses FIS dans sa jeunesse, l'Espagnol s’est ensuite lancé dans la préparation athlétique. En Suisse, il a notamment contribué à faire de Lara Gut-Behrami une athlète de classe mondiale. Depuis l’été 2024, le technicien de 49 ans dirige le groupe de géant composé de Marco Odermatt, du vice-champion du monde Thomas Tumler, de Gino Caviezel, de Justin Murisier et du vainqueur du classement général de la Coupe d’Europe Lenz Hächler.

Marco Odermatt impressionnant aussi à vélo

Comme l’année précédente, Alejo Hervas a convié son groupe en Andalousie pour un stage axé sur l’endurance. Afin de laisser suffisamment de place aux athlètes dans sa petite maison d’été au faux air de chalet en bois, le coach dort dans un bus Volkswagen avec le physiothérapeute Iker Cucò Peña et le cuisinier Jose Santiago. Réveil fixé à 6h45.

Après un échauffement sur la plage, les spécialistes du géant se préparent dans le jardin avant une grosse sortie à vélo entre El Palmar et Jerez, haut lieu du sport automobile.

Avant le départ, Justin Murisier, DJ amateur à ses heures perdues, chauffe le groupe en diffusant Fear of the Dark d’Iron Maiden avant les quelque 145 kilomètres au programme. «Ça va être une journée difficile, mais heureusement nous avons un docteur avec nous capable de nous sauver dans toutes les situations», lance le Valaisan, en référence complice à Marco Odermatt, récemment nommé docteur honoris causa par l’École polytechnique fédérale de Lausanne.

Malgré cette distinction académique, le Nidwaldien n’a rien perdu de son goût de l’effort. Sur la route entre El Palmar et Jerez, il assume un énorme travail en tête de peloton. «Toute l’équipe a franchi un cap par rapport à l’an dernier, mais Marco reste clairement notre locomotive. Ce qu’il réalise est impressionnant», s’enthousiasme Alejo Hervas.

Thomas Tumler souffre dans les montées

Même après 80 kilomètres, Marco Odermatt semble encore frais. La traversée de l’arrière-pays andalou, que certains pourraient considérer comme un supplice, lui plaît visiblement. «Bien sûr, il existe des sports avec davantage d’action. Mais je ne vois pas ce genre de sortie comme une punition. J’adore découvrir des endroits inconnus de cette manière. Et même si le soleil tape ici, les températures restent très agréables.»

Le thermomètre approche des 25 degrés. Des conditions idéales aussi pour Gino Caviezel, qui retrouve progressivement toutes ses sensations un an et demi après son terrible crash en super-G à Bormio, lors duquel son genou droit avait été gravement touché. «Mon genou n’est pas encore à 100%, je ne peux toujours pas courir. Mais à vélo, ça fonctionne étonnamment bien. Je tiens le rythme sans réaction négative.»

Le Zougois Lenz Hächler, assuré d’une place fixe en Coupe du monde grâce à son succès au classement général de la Coupe d’Europe, affiche lui aussi une excellente forme physique. Sur cette «Swiss-Ski Vuelta», il relaie autant que Marco Odermatt en tête du groupe.

Thomas Tumler, lui, pèse une dizaine de kilos de plus que l’an dernier. «Dans les montées, ces kilos supplémentaires ne m’aident clairement pas», plaisante le skieur de Samnaun, désormais à 88 kilos et frustré d’avoir échoué à 28 centièmes du bronze olympique en géant avec sa quatrième place.

GPS capricieux et pneu crevé

Mais après la montée la plus raide en direction de Jerez, Thomas Tumler retrouve le sourire. «Je me sens très bien et je sais que ce poids supplémentaire m’aidera en hiver sur les skis. Surtout sur une piste comme celle des Mondiaux de Crans-Montana, qui comporte plusieurs sections plates, un peu comme à Bormio.»

Puis soudain, tout le groupe s’arrête net: le tracé préparé par le coach les a menés dans une impasse. «Alejo est un entraîneur fantastique, mais avec un GPS, ça n’a jamais été ça», glisse Justin Murisier en souriant.

Heureusement plus à l’aise avec la navigation que son entraîneur, Lenz Hächler remet rapidement tout le monde sur la bonne route. Quelques kilomètres plus loin, c’est Marco Odermatt qui rencontre un problème mécanique: son pneu arrière rend l’âme.

Comment le vainqueur de 54 courses de Coupe du monde, réputé avoir «deux mains gauches» selon son père Walti, gère-t-il la situation? En réalité, c’est le physiothérapeute et mécanicien amateur Iker qui règle rapidement le problème. Après près de cinq heures d’effort, Justin Murisier, Gino Caviezel, Marco Odermatt, Lenz Hächler et Thomas Tumler rallient ensemble leur destination.

«Stella n’a pas tellement aimé ma nomination de docteur»

De retour dans le jardin d’Alejo Hervas, les cinq skieurs plongent immédiatement dans la piscine. Puis le cuisinier Juan leur sert une paella visiblement exceptionnelle.

À table, la discussion dérive sur le prix des billets pour les prochains Mondiaux de ski à Crans-Montana, en février 2027. Ces dernières semaines, plusieurs critiques ont émergé concernant le tarif des places en tribune. Marco Odermatt défend pourtant cette politique.

«Si le ski veut rivaliser avec des sports comme le tennis, le MotoGP ou la Formule 1, on ne peut pas vendre une place en tribune pour une descente des Mondiaux à 50 francs. Pour assister à un simple troisième tour à Wimbledon, les prix montent rapidement à quatre chiffres. Alors oui, je trouve légitime qu’une place en tribune pour la descente des Mondiaux à Crans-Montana coûte 170 francs.»

Porté par la perspective de ces Mondiaux à domicile, le groupe enchaîne encore avec une solide séance de musculation en fin de journée.

Avant de soulever les poids, Marco Odermatt revient sur son doctorat honorifique. «C’est évidemment une magnifique distinction, un immense honneur. Mais ce n’est pas comme si cela changeait vraiment ma vie quotidienne», explique le skieur de 28 ans.

Puis il sourit en évoquant sa compagne Stella, étudiante en médecine: «Elle n’a pas tellement apprécié que je sois nommé docteur. Et je comprends très bien tous ceux qui travaillent dur pendant des années pour obtenir ce titre et qui trouvent étrange que je reçoive le mien comme un cadeau. Mais je peux rassurer tout le monde: je ne vais pas trop en abuser.»

Thomas Tumler jusqu’aux JO 2030?

Au terme de cette journée, la séance de force confirme que Thomas Tumler, bientôt 37 ans, tient encore largement la comparaison avec ses jeunes coéquipiers.

De quoi repousser l’idée d’une retraite prochaine. «Je suis en bonne santé, motivé et j’ai énormément de plaisir à faire du sport. Je ne vois donc aucune raison d’arrêter après l’hiver prochain. Peut-être que je continuerai même jusqu’aux Jeux olympiques de 2030.»

Ce stage espagnol a en tout cas permis au groupe de géant de poser des bases solides pour la saison à venir: en cinq jours, l’équipe a parcouru 530 kilomètres à une moyenne impressionnante de 32 km/h. Marco Odermatt et ses coéquipiers retrouveront les skis dès la première semaine d’août à Zermatt.

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