La famille va s'agrandir
Loïc Meillard se prépare au plus bel été de sa vie

Le slalomeur de 29 ans, riche de ses trois médailles olympiques, s’apprête à devenir papa pour la première fois. Nous l'avons rencontré à Hérémence, au terme d’un hiver riche en émotions... avant un été qui le sera tout autant!
Loïc Meillard et Zoe Chastan attendent leur premier enfant.
Photo: Sven Thomann
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Tim Guillemin
L'Illustré

Loïc Meillard nouds reçoit à Hérémence, tout près du départ des pistes de ski, paré de ses trois médailles remportées aux Jeux olympiques quelques semaines plus tôt. Celle en bronze du géant, l’argentée du combiné par équipes et la plus belle, bien sûr, l’or du slalom. Le Valaisan d’origine neuchâteloise le sait, il a fait crier de joie beaucoup de monde dans les bureaux en Suisse ce lundi 16 février, en plein après-midi. Pendant deux minutes, les travailleuses et travailleurs de ce pays ont fait semblant de s’intéresser à leurs tableaux Excel, mais avaient surtout la course olympique sous les yeux, et tant pis pour la productivité des entreprises, qui s’en remettront. Loïc Meillard sourit en repensant à ce jour doré. «Regarder les JO à la télévision, ça marque tout le monde, j’en suis bien conscient. Enfant, c’était un rêve pour moi.»

Ses modèles s’appelaient Didier Cuche, Didier Défago et Carlo Janka côté suisse, Ted Ligety et Bode Miller pour les Américains. «Je n’ai jamais eu qu’un seul skieur que j’admirais. J’appréciais chacun d’eux pour ses qualités différentes.» Et aujourd’hui, c’est lui qui se retrouve de l’autre côté de l’écran, à faire vibrer petits et grands grâce à ses exploits. Car si monter un jour sur un podium olympique représente un fantasme pour l’immense majorité des skieurs, Loïc Meillard en a, lui, fait une réalité.

«Une émotion que tu ne trouves nulle part ailleurs»

«C’est vrai que ce rêve a évolué au fil du temps. Il n’y a pas eu un déclic précis, c’est plutôt un processus qui s’est construit avec les années. Quand tu skies, gamin, que tu intègres tes premières équipes, ça paraît encore très loin. Puis, quand tu participes aux courses FIS, tu deviens conscient que ça se rapproche un petit peu», explique-t-il, en détaillant tout ce parcours qui l’a amené à lever les bras dans le nord de l’Italie et à prendre le chemin du retour avec trois médailles dans les bagages.

«Quand ton nom s’affiche en vert, c’est une émotion que tu ne retrouves nulle part ailleurs. C’est d’ailleurs un peu étrange, parce que dans quelques heures, ma sœur Mélanie et moi allons être honorés par la commune d’Hérémence. Il y aura du monde, nos amis, nos familles, mais le plaisir que je vais prendre, il sera en voyant les yeux émerveillés des enfants. Parce que, en ce qui concerne les émotions pures, rien ne surpasse le moment où tu comprends que tu as la médaille d’or.» Le travail réalisé, les sacrifices opérés: tout se bouscule dans cet instant précis.

Photo: keystone-sda.ch

«J’étais un adolescent comme les autres au printemps et en été. Mais c’est sûr qu’en hiver mon rythme était un peu différent de celui des copains. Je me donnais les chances d’arriver à ce que je voulais. Je n’ai pas le sentiment d’avoir manqué quelque chose, bien au contraire», assure-t-il aujourd’hui, conscient de vivre des émotions qui ne s’achètent pas et qui valent bien quelques sorties manquées le vendredi ou le samedi soir, parce qu’il fallait être en forme le matin suivant dans le portillon de départ.

Désormais âgé de 29 ans, le spécialiste de technique, volontiers décrit comme étant l’un des skieurs les plus élégants du circuit, s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de sa vie, puisque sa fiancée («Bientôt ma femme!»), Zoé Chastan, et lui vont accueillir leur premier enfant au cœur de l’été. Un timing parfait, dans le creux de sa saison sportive, et surtout un événement dont toute la famille se réjouit énormément, sa sœur Mélanie tout particulièrement. «J’adore les enfants, j’ai déjà dit à Loïc que je me tenais à disposition si Zoé et lui avaient besoin de quoi que ce soit. Voir son grand frère devenir papa, c’est un sentiment super, je suis tellement contente pour lui», s’exclame la skieuse, qui a elle aussi réussi de très bons Jeux olympiques cet hiver.

Adapter le planning

La famille Meillard va donc s’agrandir et le slalomeur sait qu’il pourra compter sur tout le monde dans cette nouvelle étape de sa vie. «Pour mes parents, ce sera le premier petit-enfant, donc ce sera un changement majeur. Ils sont très souvent là et ils ont du plaisir à nous suivre sur les courses.» Il se pourrait donc bien que les grands-parents aient à s’occuper du berceau à Schladming ou à Garmisch-Partenkirchen. «On verra. Ce qui est sûr, c’est qu’on se réjouit de profiter de ces moments-là et de partager ces émotions en famille.»

Si les courses de Coupe du monde ont lieu d’octobre à mars, et que Loïc Meillard pourra donc passer du temps avec son nouveau-né dès les premiers jours, il ne faut pas croire que la vie d’un skieur d’élite s’arrête complètement en été. L’équipe de Suisse part régulièrement en camp d’entraînement sous d’autres latitudes et il faudra donc adapter un peu le planning. «Il faudra peut-être que je sois un peu flexible, mais je ne me fais aucun souci, je vais trouver les solutions pour pouvoir m’entraîner à 100% et arriver en forme en début de saison», assure-t-il.

Photo: keystone-sda.ch

Sa carrière entre en effet vraisemblablement dans ses meilleures années, lui qui arrive à maturité et a encore beaucoup de victoires à aller chercher et de podiums sur lesquels monter. Ses trois médailles olympiques l’ont déjà fait entrer dans une autre dimension, celle des grands champions, mais il ne veut plus être résumé au «spécialiste des courses d’un jour», lui qui compte également cinq médailles aux Championnats du monde, mais aucun globe de cristal, cette récompense réservée aux athlètes les plus réguliers de la saison.

«Je suis assez tranquille par rapport à cette question. Si vous me dites maintenant que je finis ma carrière sans avoir gagné aucun globe, je me porterai très bien. Je suis déjà très heureux de ce que j’ai accompli et je ne suis pas tendu par rapport à ça. Par contre, gagner un globe, ou plusieurs, reste un objectif sportif. C’est pour cela que je m’entraîne, cela me motive.»

Quand l’entraînement devient difficile, que les jambes brûlent, que les conditions météo ne sont pas optimales, mais qu’il faut y aller quand même, la quête d’un trophée permet de surmonter les épreuves. «Gagner un globe, c’est être le meilleur skieur sur six mois. Cela veut dire que tu es monté sur des podiums toute la saison. Donc pour gagner un globe, je dois y aller pas après pas, être performant à chaque course. Et à la fin, ils viendront.»

Ce relativisme, presque ce relâchement, pourrait encore être accentué par l’arrivée de son futur enfant. Ce phénomène, partagé par de nombreux sportifs d’élite, le Valaisan le conçoit déjà parfaitement, alors même que le nouveau-né n’est pas encore là.

Devenir papa, un petit truc en plus

«Je suis convaincu que devenir père permet de relativiser par rapport à une déception sportive, confirme-t-il. Ça ne met pas de pression en plus, au contraire. Peut-être même que ça en enlève, parce qu’on se rend compte qu’il y a autre chose dans la vie. Je le sais déjà en fin de compte, et c’est peut-être aussi ma force ces dernières années. Je sais qu’il y a de très belles choses à côté du ski. Je suis amplement heureux d’avoir la chance de bien le faire et de rester en bonne santé, c’est le plus important. Et devenir papa amènera peut-être encore un petit truc en plus... un certain détachement par rapport au sport.» Un recul qui ne signifiera pas une baisse de motivation, bien au contraire.

Photo: Sven Thomann

Si 2026 a été une année olympique très riche pour lui, se projette-t-il déjà vers les JO de 2030 dans les Alpes françaises? Le petit aura 4 ans et sera en âge d’encourager son papa, ce qui pourrait être une force supplémentaire pour les derniers Jeux de l’athlète, qui sera alors âgé de 33 ans. «Sincèrement, c’est très loin. Il peut se passer tellement de choses d’ici là. Et en même temps, je comprends votre question, parce que ça arrive très vite. Mais avant cela, il y aura les Mondiaux de Crans-Montana en février prochain.

Je n’y pense pas forcément maintenant, mais ce sera un des grands objectifs de ma saison. Mais aujourd’hui, le focus, il est sur l’été. Ensuite, sur la première course de la saison à Sölden. Et ensuite, ce sera course après course.» Ainsi est Loïc Meillard, dans la vie comme sur les pistes de slalom: la prochaine porte est toujours la plus importante. Et à la fin, souvent, il y a une récompense. Ou trois, de chaque métal précieux.

Un article de «L'illustré» n°17

Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°17 de «L'illustré», paru en kiosque le 23 avril 2026.

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