Marc Rochat prépare la suite
«Je veux apprendre à mon fils qu'il a le droit d'exprimer ses émotions»

Surprise, Marc Rochat a pris sa retraite, sans avertir personne! Un nouveau chapitre s'ouvre pour le slalomeur lausannois, au cours duquel il souhaite transmettre à son fils quelque chose qu'il a lui-même appris bien trop tard. Rencontre avec un homme apaisé.
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Marc Rochat et Caroline ont tous deux des origines italiennes – et parlent italien avec le petit Lupo.
YARA VETTIGER
Schweizer Illustrierte

«Come fa il lupo?» – Comment fait le loup? Marc Rochat s’accroupit dans son salon à Pully et regarde son fils. Le petit Lupo, âgé d’un an, avance les lèvres et lui répond par un petit hurlement. Ses parents éclatent de rire. En italien, Lupo signifie «loup».

Marc Rochat soulève son fils et le serre contre lui. Ce sont désormais des scènes comme celle-ci qui rythment le quotidien de l’ancien skieur. Il y a encore quelques mois, sa vie était tout autre: stages d’entraînement, tests de matériel, courses de Coupe du monde. Puis est arrivé ce jour d’avril. Lors des Championnats de Suisse à Saint-Moritz, le spécialiste du slalom a annoncé sa retraite, à 33 ans.

La nouvelle a pris beaucoup de monde de court. Même Swiss-Ski n’était pas au courant. Seule son épouse Caroline savait qu’il envisageait cette possibilité. «Je lui ai dit que je prendrais peut-être ma retraite, mais que ce ne serait peut-être pas le cas.» La décision n’a été prise que peu avant l’annonce officielle. «Je me fie toujours à mon intuition. Et à ce moment-là, mon intuition m’a dit que c’était le bon moment.»

Une longue histoire de souffrance

Pourtant, il lui restait encore un grand objectif : les Championnats du monde de 2027 à Crans-Montana. Crans-Montana, justement. L’endroit où, à l’âge de deux ans, il avait effectué ses premiers virages dans la neige. «L’énergie que j’aurais dû consacrer à une saison supplémentaire était tout simplement trop importante.»

La décision n’a pas été facile à prendre. «Ça m’a fait mal. Pendant longtemps, j’ai pensé que prendre ma retraite, c’était abandonner. Puis, à un moment donné, j’ai réalisé que je n’avais plus rien à prouver à personne. Pas même à moi-même.»

Son corps a également joué un rôle central dans cette décision. Dès l’adolescence, Marc Rochat a été confronté à de graves problèmes aux genoux. Il a subi six opérations au total. Médecins et proches lui ont souvent conseillé de renoncer à ses ambitions sportives. Il a persévéré.

«Je voulais simplement suivre ma voie», dit-il. «Aujourd’hui, j’en suis particulièrement fier. Beaucoup auraient arrêté. Pas moi. Et j’ai eu une merveilleuse carrière.»

Les blessures l’ont accompagné jusqu’au bout. «Depuis huit ans, je n’ai pas passé une seule journée, sur les skis ou en dehors, sans douleur. Parfois, je ne pouvais même pas enfiler mes chaussettes le matin. Deux heures plus tard, je devais chausser mes skis.» Pourquoi avoir continué malgré tout? «Parce que c’était un privilège. Tant que tu peux skier, tu dois essayer. Peu de gens ont la chance de vivre une telle expérience.»

La médaille de bronze aux Mondiaux, un moment fort

Sa ténacité a été récompensée en février 2025. Aux Championnats du monde de Saalbach, Marc Rochat a décroché la médaille de bronze avec Stefan Rogentin dans l’épreuve de combiné par équipes. Ce résultat s’inscrit au coeur d'un triplé historique réalisé par la Suisse. Aujourd’hui encore, son visage s’illumine lorsqu’il évoque ce souvenir.

«C’était la cerise sur le gâteau! Avant les Championnats du monde, j’avais connu une saison difficile. Et puis, en équipe, nous avons vécu un moment exceptionnel. Cette semaine a donné tout son sens à ma carrière.»

En revanche, le fait de n’avoir jamais décroché de podium individuel en Coupe du monde ne lui laisse que peu de regrets.

Onze classements dans le top 10, deux quatrièmes places, mais jamais cette grande médaille individuelle. «Bien sûr, on en veut toujours plus. Mais je ne changerais rien. Les blessures, les défaites… c’est de là que j’ai le plus appris.»

Le sport de haut niveau ne l’a toutefois pas seulement forgé physiquement. Lorsqu’on participe à des courses pendant des années, on apprend très tôt à ne rien laisser paraître. «En ski, on apprend à garder ses émotions pour soi», explique-t-il en s’enfonçant dans son siège. «On apprend à ne pas pleurer. À ne pas dire qu’on a peur.»

Personne ne veut montrer ses faiblesses. Personne ne veut donner le moindre avantage à l’adversaire. «C’est comme un sac à dos qu’on porte en permanence.» Si ce sac à dos est aujourd’hui plus léger, c’est en grande partie grâce à sa femme.

Un père présent

Caroline et Marc sont en couple depuis huit ans. Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire d’amis communs. À l’époque, elle savait que son compagnon était skieur professionnel, mais elle ignorait encore ce que signifiait réellement partager la vie d’un sportif de haut niveau. «Heureusement», lance Marc Rochat en riant. «Je ne voulais pas épouser une groupie!»

Pendant que lui parcourt le monde, elle mène sa propre carrière. Aujourd’hui, elle travaille dans le marketing et occupe un poste de responsable juridique dans une entreprise technologique. «Tu es souvent seul», dit-elle. «Il faut apprendre à s’y habituer.»

Avant la naissance de Lupo, c’était plus facile. Elle appréciait d’autant plus les moments où son mari était à la maison. «Même entre deux courses, alors qu’il aurait eu besoin de repos, il se levait la nuit pour s’occuper de Lupo. Il ne s’est jamais plaint.»

Le père de famille écoute et sourit. Ce qu’il souhaite transmettre à son fils? «Qu’il puisse être libre sur le plan émotionnel.» La réponse fuse. «Je veux qu’il puisse dire quand il est triste. Qu’il n’ait pas à tout garder pour lui.» Lui-même l’a appris tardivement. «C’est ma femme qui m’a appris ça.» Il sourit. Caroline aussi.

Pour l’instant, Marc Rochat n’est pas contraint de reprendre immédiatement le travail. Il a le luxe de pouvoir prendre son temps et de réfléchir à la suite. «Quand on a été sportif de haut niveau, on ne peut pas simplement reprendre une vie professionnelle normale. Je veux trouver une nouvelle passion. C’est ce que je cherche en ce moment.»

En parallèle, il rédige son mémoire de licence en économie et gestion, qu’il souhaite désormais terminer. Mais une idée commence déjà à prendre forme : début juin, il s’est rendu en Mongolie. Avec un ami, il souhaite y créer une marque de bottes d’hiver. Un premier projet en dehors du monde du ski, encore en suspens, encore en gestation.

C’est peut-être justement cela, l’essentiel. Pour la première fois depuis de nombreuses années, Marc Rochat ne sait pas exactement où son chemin le mènera. Et c’est précisément ce qui lui plaît.

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