C’est la plus grande surprise de la saison actuelle de géant. Elle porte un nom: Luca Aerni. Le 13 décembre à Val-d’Isère, le skieur suisse a décroché la deuxième place avec le dossard 22. «C’était encore plus émotionnel pour moi que le titre mondial en combiné remporté à domicile en 2017 à Saint-Moritz», confie-t-il. L’explication est simple. Lors de sa médaille d’or, il y a bientôt neuf ans en Engadine, le skieur alors âgé de 24 ans, formé à Grosshöchstetten, était un compétiteur insouciant et physiquement irréprochable. Le podium conquis sur la sélective Face de Bellevarde, en revanche, le Bernois a dû l’arracher de haute lutte.
Après son sacre mondial, Luca Aerni a été freiné par des problèmes de matériel et de sérieux soucis de dos. Plusieurs experts l’avaient même déjà rayé de la liste des prétendants au plus haut niveau. Le premier tournant s’est pourtant dessiné il y a un an, déjà à Val-d’Isère, lorsqu’il avait pris la quatrième place avec le dossard 62. À l’époque, certains sceptiques avaient toutefois relativisé sa performance, estimant qu’Aerni avait bénéficié d’une piste nettement meilleure, puisqu’il avait ouvert le second tracé après une 30e place lors de la première manche.
Aerni contredit ses détracteurs
Douze mois plus tard, le skieur de bientôt 33 ans a apporté une réponse claire. Cette fois, sans avantage de piste, il a démontré qu’il pouvait rivaliser avec les meilleurs. «Pendant la cérémonie de remise des prix, j’ai repensé aux périodes où rien ne fonctionnait. Et aussi aux jours où je n’avais aucune envie d’aller à l’entraînement physique, mais où je me suis quand même accroché, en me disant que ça finirait par payer.»
Ces dernières semaines, de nombreux athlètes ont critiqué la nouvelle tendance de la FIS consistant à préparer les pistes avec moins d’eau. Aerni ne partage pas cet avis. «Je me sens très à l’aise sur une neige agressive. Mon ski Fischer fonctionne particulièrement bien dans ces conditions.» Il ne serait toutefois pas opposé à ce que la piste d’Adelboden soit bien plus arrosée que celle de Val-d’Isère. «Je suis favorable à des conditions variées en Coupe du monde. À la fin de l’hiver, c’est le skieur le plus complet qui doit remporter le globe de cristal.»
Bientôt plus Romand que Bernois
Luca Aerni se réjouit énormément de l’étape à domicile dans l’Oberland bernois, même s’il n’est plus vraiment perçu comme un pur Bernois. Depuis plusieurs années, il vit avec sa compagne en Bas-Valais. «Le français est désormais un peu plus proche de moi que l’allemand», explique Aerni, qui a grandi dans un environnement bilingue, avec un père originaire de Suisse romande et une mère alémanique. «Avec ma compagne, qui a grandi en Romandie, je parle exclusivement français. C’est aussi le cas avec mes coéquipiers et les entraîneurs du groupe slalom.»
Les fans alémaniques ne soutiendront pas moins Aerni à Adelboden pour autant. Et «Mr. Bilingue», comme il est surnommé, se sent à l’aise sur le Chuenisbärgli. Il l’a prouvé l’an dernier, en prenant la septième place avec le dossard 26. Cette fois, avec un numéro de départ plus favorable, Luca Aerni apparaît comme un outsider très sérieux pour le podium.