Derrière les grandes victoires, les globes de cristal et les médailles se cachent d'innombrables histoires qui ont marqué la carrière de Lara Gut-Behrami. Les personnes qui l'ont accompagnée au fil des années, qui se sont entraînées, ont travaillé, ri ou même se sont disputées avec elle, se souviennent de moments très personnels. Blick présente les souvenirs les plus marquants de ses proches.
«Lara voulait me dissuader de prendre ma retraite»
Dominique Gisin (41 ans) se souvient notamment d’un épisode survenu en 2015, en Italie. «J’étais à bout. J’avais déjà une carrière de folie derrière moi. À l’entraînement, j’ai annoncé à tout le monde que j’allais prendre ma retraite», raconte la championne olympique 2014. «Lara a été assez surprise et elle a longuement parlé avec moi. Pourtant, elle n’était pas particulièrement proche de notre équipe, puisqu’elle avait sa propre structure. Elle m’a demandé à plusieurs reprises si je pouvais malgré tout continuer. Cela m’a beaucoup touchée.»
Dominique Gisin a ensuite continué à suivre la carrière de Lara Gut-Behrami de loin. «Mon deuxième souvenir est beaucoup plus récent. Parmi tous les moments forts de son formidable parcours, celui qui m’a le plus marquée, est la finale de la Coupe du monde à Sun Valley, en mars 2025, en super-G. Lara avait gagné d’une manière dont elle seule est capable. Pour moi, c’est la performance la plus impressionnante que j’aie jamais vue à ski. Cette descente, avec cette ligne directe et cette audace… Je n’ai jamais été capable de faire aussi bien, et c’est aussi pour cela que je l’admire tant.»
«C’est ce qui me lie encore aujourd’hui à la famille Gut»
Lorsque Lara Gut-Behrami a effectué ses débuts en Coupe du monde, encore adolescente et présentée comme un véritable prodige, Nadia Hürlimann-Styger, forte de ses quatre victoires sur le circuit, était l’une des vétéranes de l’équipe. «Lara a disputé sa première descente à Saint-Moritz à 16 ans. Elle a immédiatement terminé troisième, malgré une chute juste avant l’arrivée. J’avais 30 ans à l’époque et je me trouvais dans l’aire d’arrivée. Je savais que Lara allait avoir une belle carrière. Elle a réalisé une descente impressionnante, tout en maîtrisant avec une incroyable aisance. Elle ne s’est pas posé trop de questions et s’est directement hissée parmi l’élite mondiale. Je n’oublierai jamais ce moment.»
Nadia Hürlimann-Styger garde également en mémoire une autre scène, qui remonte à novembre 2010. «Je m’étais cassé le tibia et avais subi une fracture ouverte lors d’un entraînement de géant au Canada. Ce souvenir n’a pas directement à voir avec Lara, mais avec son père Pauli. Il faisait largement moins de zéro degré et Pauli a été le premier à venir vers moi. Il s’est occupé de moi pendant une demi-heure, jusqu’à ce que je sois évacuée. C’est ce qui me lie encore aujourd’hui à la famille Gut.»
«Lara m’a impressionnée par son attitude»
La championne du monde de descente Jasmine Flury a été la coéquipière de Lara Gut-Behrami pendant plusieurs années. «Lara m’a toujours impressionnée par son authenticité et par ses convictions. Au fil des années, elle est restée fidèle à elle-même et à ses valeurs, et c’est quelque chose que j’admire énormément. Lara va nous manquer, pas seulement en tant que sportive. Avec son ambition et sa détermination, elle nous a constamment poussées à nous dépasser. Mais elle va aussi nous manquer en tant que personne, elle qui a toujours su être là pour moi, y compris dans les moments difficiles. Merci pour tout, Lara!»
«Elle a sans doute dû se retenir de rire»
Georg Fraisl est journaliste spécialisé dans le ski depuis de nombreuses années au quotidien autrichien «Kronen Zeitung». Son premier souvenir de Lara Gut-Behrami le ramène aux Championnats du monde 2017 à Saint-Moritz, un rendez-vous qui allait ensuite tourner au drame pour la Suissesse. «Mais avant même que Lara ne se déchire le ligament croisé», précise Georg Fraisl.
«À l’époque, une hernie discale m’obligeait à me rendre chaque jour à la salle de sport pendant les Mondiaux. Elle se trouvait juste à côté de l’hôtel Reine Victoria, où logeaient les médias, vers les bains thermaux. Lara, elle aussi, était blessée après sa chute à Cortina avant les Championnats du monde et elle venait également s’y entraîner tous les jours avec son préparateur physique. La différence entre les exercices d’un homme de près de 60 ans et ceux d’une athlète de haut niveau était assez spectaculaire! Lara a probablement dû se retenir de rire plus d’une fois.»
«Pour elle, 95% n’étaient jamais suffisants»
Patrick Flaction a travaillé pendant quatorze ans comme préparateur physique aux côtés de Lara Gut-Behrami. Il a ainsi pu observer de très près son exigence et son ambition sans compromis. «Elle n’a jamais accepté de faire les choses à 95%, explique-t-il. Qu’il s’agisse de la qualité, de l’intensité ou du volume de l’entraînement, elle visait toujours les 100%.»
C’est précisément ce qui faisait de Lara Gut-Behrami une athlète de rêve à entraîner à ses yeux. «Travailler avec Lara, c’était comme s’occuper d’une voiture de Formule 1. Elle était en permanence proche de ses limites de performance.» Pour la Tessinoise, le résultat n’était d’ailleurs jamais le seul objectif. «Elle voulait toujours montrer la meilleure version d’elle-même.»
Patrick Flaction est convaincu que cette exigence explique aussi pourquoi Lara Gut-Behrami a parfois été mal comprise. «Beaucoup de gens ne voyaient que son insatisfaction ou son franc-parler. Mais pour elle, l’essentiel n’a jamais été de savoir si elle avait gagné ou perdu. Ce qui comptait, c’était de savoir si elle avait donné le meilleur d’elle-même.»
«Je lui ai dit: 'Tu as pris la bonne décision'»
Mercredi soir, Karl Frehsner (87 ans), figure légendaire du ski, dîne à Zurich avec deux reporters de Blick, Roger Benoit et Marcel W. Perren, lorsque le groupe apprend l’annonce de la retraite de Lara Gut-Behrami. «Je n’ai pas été surpris», confie l’ancien conseiller de l’équipe privée de la Tessinoise. Karl Frehsner a appelé Lara le soir même. «Je lui ai dit: 'Tu as pris la bonne décision.'»
Il en profite également pour la remercier pour toutes ces années passées ensemble et lui demande de transmettre ses salutations à ses parents et à son frère. Karl Frehsner ne tient toutefois pas à exagérer son rôle auprès de l’équipe créée par Pauli Gut. «Je ne lui ai pas appris à skier. Je l’ai simplement aidée de temps en temps, lorsqu’elle avait besoin d’un conseil.»
Quel trait de caractère de cette immense championne restera le plus gravé dans la mémoire de l'Autrichien? «Elle a toujours eu les idées claires, un parcours bien défini et des objectifs précis. C’est comme ça qu’elle a atteint tout ce qu’elle voulait.»
«Avec Lara, il fallait être prêt»
Le commentateur de la télévision suisse Marco Felder a suivi Lara Gut-Behrami pendant de nombreuses années, lors des étapes de Coupe du monde comme des grands rendez-vous internationaux. Il se souvient notamment de son attitude très exigeante à l’égard des médias. «Elle remarquait immédiatement si quelqu’un était préparé ou non», explique Marco Felder.
C’est justement pour cette raison qu’il préparait ses interviews avec la Tessinoise avec un soin tout particulier, cherchant à chaque fois des angles nouveaux et des questions susceptibles de la surprendre. Avec le recul, il estime que cette exigence lui a même été bénéfique: «Elle a contribué à faire de moi un meilleur journaliste. Je savais qu’il fallait être particulièrement bien préparé avant de s’entretenir avec Lara.»
«Elle m’a offert son casque et un maillot de course»
Roger Wilfinger est directeur des opérations (COO) du fabricant suisse de boissons Ka-Ex. Il se souvient d’une facette de la championne olympique que peu de gens ont eu l’occasion de découvrir. «Je n’ai pas du tout trouvé Lara dure ou froide. Elle était extrêmement accessible, sympathique et très professionnelle. Elle savait toujours exactement ce qu’elle voulait.»
Il garde notamment un souvenir marquant d’une rencontre à Lugano, après sa blessure survenue au début de l’année. C’est au cours d’un déjeuner qu’est née l’idée d’un projet de film, qui allait ensuite permettre à Lara Gut-Behrami de se dévoiler pour la première fois sous un jour plus intime.
Pour le remercier, elle a offert à Roger Wilfinger son casque ainsi que son maillot de course: la tenue verte portant le numéro 6 qu’elle avait portée lors de sa dernière course à Sölden, en octobre 2025, où elle avait terminé troisième. Aujourd’hui, ces souvenirs trônent dans son bureau. «C’était très émouvant et c’était un magnifique cadeau», raconte Roger Wilfinger.
«Une gagnante, mais aussi une personne accessible»
Annalisa Gerber connaît Lara Gut-Behrami depuis ses premières années en Coupe du monde et l’a accompagnée pendant de nombreuses années en tant que membre de la direction de Swiss-Ski. Pour elle, la Tessinoise reste avant tout une athlète d’exception. «Si elle n’avait pas été comme elle était, elle n’aurait jamais connu un tel succès.»
Annalisa Gerber se souvient toutefois aussi d’une facette moins connue de la championne. Lors d’un événement estival organisé par Swiss-Ski l’année dernière, Lara Gut-Behrami a passé une journée entière avec des enfants. «Elle y a montré une formidable facette de sa personnalité.»