Il est le nouveau Beat Feuz! C’est en ces termes que Blick vantait les mérites d’Urs Kryenbühl il y a environ sept ans. Le Schwytzois mesure 1,72 m, tout comme le champion olympique de descente. Et à l’image de Beat Feuz, «Ürsel» faisait glisser ses skis avec beaucoup de finesse sur les pistes de Coupe du monde, dures comme du béton. Le spécialiste de la vitesse d’Unteriberg (SZ) a signé ses performances les plus remarquables sur la piste où les hommes du ski alpin disputeront leurs courses olympiques dans les jours et les semaines à venir: la fameuse Stelvio de Bormio.
En décembre 2019, Kryenbühl, qui portait le dossard 25, s’est classé deuxième, à la surprise générale. Huit centièmes de seconde derrière Dominik Paris, à peine deux dixièmes devant Feuz. Douze mois plus tard, Kryenbühl est de nouveau monté sur le podium en prenant la troisième place derrière les deux Autrichiens Matthias Mayer et Vincent Kriechmayr sur cette piste entièrement verglacée, que l’on surnomme aussi «la Bestia».
Mais un mois plus tard, le Suisse chute lourdement lors du saut d’arrivée à Kitzbühel. Diagnostic: commotion cérébrale, rupture du ligament croisé droit et du ligament interne, ainsi qu’une fracture de la clavicule droite. À peine remis de cette blessure, Kryenbühl se fracture le bassin en janvier 2022 à la suite d’un crash lors de la descente de Coupe d’Europe à Saalbach.
Sa nouvelle vie
En décembre 2022, Kryenbühl est revenu. Et sur un rythme élevé. Lors de la descente de Bormio, l’hôtelier de formation s’est classé sixième. «Comme Bormio me convient très bien, les Jeux olympiques sur cette piste étaient évidemment l’un de mes grands objectifs», raconte l’homme, aujourd’hui âgé de 32 ans.
Mais son rêve olympique s’est justement brisé à Bormio. Et ce, en 2022, 24 heures seulement après sa sixième place en descente, lorsqu’il s’est de nouveau rompu un ligament croisé en super-G. Depuis, ce talentueux skieur n’a plus jamais pris le départ d’une course de Coupe du monde.
Et maintenant? «Je vais très bien aujourd’hui, même sans le ski de compétition», explique Urs Kryenbühl, récemment devenu père d’une fille. «Après avoir suivi une formation de masseur professionnel durant une pause liée à une blessure, j’ai entamé une formation continue de masseur médical après ma retraite.»
L’influence de Samuel Giger
Kryenbühl a par ailleurs suivi une formation d’hypnotiseur à Winterthour auprès du célèbre Urs Wipfli. Avec sa femme Nadine, il tient un petit cabinet à Unteriberg, où sont proposés des soins de massage et d’hypnose. «Certains troubles physiques ont des causes psychiques. C’est pourquoi la combinaison du massage et de l’hypnose est particulièrement adaptée.»
Le lutteur Samuel Giger a indirectement joué un rôle important dans la réussite de la reconversion de Kryenbühl. «Depuis que Samuel a rendu public le fait que l’hypnose sportive l’avait rendu encore plus performant, de nombreux jeunes lutteurs viennent me consulter.» Et les skieurs de haut niveau? «Un participant aux Jeux olympiques est venu me voir pour une hypnose thérapeutique avant de partir pour l’Italie. Mais je ne révélerai pas son nom, c’est le secret professionnel.»
Kryenbühl ne cache pas qu’il ne regrette plus son quotidien de skieur de compétition. «Il y a quelques semaines, j’ai assisté aux courses du Lauberhorn. Au début, je me suis dit que ce serait quand même sympa de repartir une fois sur cette piste. Mais quand la visibilité s’est dégradée, j’étais soulagé que ce soient les autres qui doivent s’élancer, et pas moi.»