En reportage avec Marco Odermatt à Zermatt
Les stars suisses du ski exploitent à fond leur avantage sur les glaciers

Cet été caniculaire pose un gros problème à la plupart des nations du ski. Qu'en est-il chez Swiss-Ski? Blick a rendu visite à nos stars du ski alpin lors d'un stage d'entraînement exceptionnel au glacier du Théodule à Zermatt.
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Marco Odermatt est de très bonne humeur avant l'entraînement au glacier du Théodule.
Photo: BENJAMIN SOLAND
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Marcel W. Perren et Benjamin Soland

Un employé de la Matterhorn-Gotthard-Bahn secoue la tête d’un air incrédule lorsque, en cette chaude journée d’août, les deux journalistes de Blick traversent la gare de Zermatt avec leur équipement de ski.

«Vous n’avez donc pas entendu dire que l’exploitation estivale du glacier du Théodule a été suspendue pour les touristes en raison de la chaleur persistante?»

Si, nous le savons. Mais nous savons aussi que l’équipe de Suisse est la seule autorisée à s’entraîner sur le glacier dans la région du Cervin. Grâce à l’autorisation de l’entraîneur en chef Tom Stauffer, nous pouvons accompagner Marco Odermatt, Franjo von Allmen et leurs coéquipiers pendant une séance d’entraînement.

La journée commence à 6h30 à la station inférieure du Matterhorn-Express. Le trajet en télécabine dure un peu moins de 35 minutes. À l’arrivée, à 3800 mètres d’altitude, il apparaît rapidement que cette journée de ski s’annonce à nouveau très chaude: à 7h, le thermomètre affiche déjà 5 degrés.

Marco Odermatt apprécie les conditions

Ces conditions inhabituelles permettent-elles malgré tout un entraînement dans des conditions acceptables? Marco Odermatt, quintuple vainqueur du classement général de la Coupe du monde, répond par un «Oui!» retentissant.

Le Nidwaldien de 28 ans précise: «Il est clair que les conditions ne sont pas optimales en raison des températures exceptionnellement élevées. Mais nous ne sommes pas non plus en pleine préparation d’une épreuve de Coupe du monde. Pour l’instant, il s’agit d’ajuster les chaussures de ski, de développer le feeling avec les skis et la neige. Et pour cela, les conditions ici en haut sont superbes.»

Franjo von Allmen a le géant dans un coin de la tête

Pendant que Marco Odermatt travaille ses courbes dans la partie supérieure du glacier avec ses coéquipiers du géant Thomas Tumler, Gino Caviezel et Lenz Hächler, les descendeurs, emmenés par Franjo von Allmen, peaufinent leur technique un peu plus bas.

Avant de s’élancer à fond sur les pistes de vitesse, le Bernois de l’Oberland, âgé de 25 ans, avait remporté un géant FIS en 2021. Le verra-t-on au départ d’un géant de Coupe du monde la saison prochaine? «Il ne faut jamais dire jamais», sourit-il.

Le charpentier de formation précise toutefois: «Je continue de me concentrer sur la descente et le super-G. Je n’envisagerai de prendre le départ d’un géant que si cela s’intègre bien dans mon programme de vitesse. Et je dois avoir un niveau acceptable. Ça n’aurait aucun sens de dépenser énormément d’énergie en géant pour finir trentième.»

Et le fait que Franjo von Allmen ait encore une marge de progression dans cette discipline apparaît clairement ce matin, après la première manche d’entraînement. «Tu as pris les quatre premières portes de manière beaucoup trop arrondie», lui fait remarquer l’entraîneur adjoint Stefan Brügger lors de la première analyse.

Un nouveau départ pour le champion de Beaver Creek

Bien que le téléski du Petit Cervin soit hors service depuis plusieurs semaines, les stars de Swiss-Ski retrouvent très rapidement le départ après chaque manche grâce au transport en motoneige organisé par le légendaire entraîneur Jogi Kunz.

«De cette manière, nous effectuons plus de descentes que si nous utilisions le téléski à arceaux classique pour remonter de l’arrivée au départ», explique Franjo von Allmen. Gino Caviezel confirme: «Avec le téléski, j’arrivais rarement à faire plus de huit descentes par séance à Zermatt. Avec la motoneige, j’en ai déjà fait quatorze le même matin.»

Le Grison est reconnaissant pour chaque descente supplémentaire. Après avoir subi une grave blessure irréversible au genou droit lors d’une terrible chute en super-G à Bormio durant la dernière semaine de 2024, il a particulièrement besoin de multiplier les journées d’entraînement sur neige pour retrouver le plus haut niveau mondial. Les entraîneurs qualifient d'ailleurs sa progression de «très réjouissante».

Justin Murisier a changé de skis

Pour Justin Murisier, né la même année que Gino Caviezel, ce stage estival sur neige au pied du Cervin est synonyme de nouveau départ. Après la saison olympique, le Valaisan a été transféré du groupe de géant à l’équipe de vitesse de Reto Nydegger. Parallèlement, le vainqueur de la descente de Beaver Creek en 2024 est passé des skis Head aux skis Kästle. «Dans les passages raides, Justin s’en sort déjà très bien avec son nouveau matériel», analyse Reto Nydegger.

Un contrat de plusieurs millions qui porte ses fruits

Peu après 10h, le soleil tape si fort sur le glacier que la piste se transforme en véritable bouillie. L’entraînement est donc interrompu prématurément. Le Zougois Lenz Hächler, qui dispose d’une place fixe en Coupe du monde après sa victoire au classement général de la Coupe d’Europe, est néanmoins très satisfait de sa matinée. «La piste était dans un état vraiment génial jusqu’à peu avant 10h.»

L’entraîneur Reto Nydegger se montre lui aussi extrêmement optimiste: «C’est un immense privilège pour nous de pouvoir nous entraîner ici. Comme nous sommes la seule nation autorisée à travailler sur ce glacier, nous disposons d’un avantage considérable par rapport aux équipes étrangères.»

Si les Suisses bénéficient de ce traitement exclusif dans le Haut-Valais, c’est grâce à Walter Reusser, Diego Züger et Franz Julen. Les deux premiers nommés, tous deux co-PDG de Swiss-Ski, ont négocié en 2025 un accord majeur avec le président du conseil d’administration des remontées mécaniques de Zermatt. Pour plusieurs dizaines de millions de francs, ils ont obtenu pour Swiss-Ski les droits d’exploitation du glacier du Théodule.

«Je suis extrêmement reconnaissant envers les habitants de Zermatt et Swiss-Ski pour leur clairvoyance et pour avoir garanti ces droits. Les journées passées sur ce glacier sont d’une importance capitale pour nous», souligne Marco Odermatt.

Un descendeur se reconvertit en coiffeur

Alessio Miggiano, l’espoir zurichois de la descente, ne se distingue pas uniquement par ses bonnes performances à l’entraînement à Zermatt. Après la séance sur le glacier, cette étoile montante de la vitesse, qui a signé deux top 8 en Coupe du monde la saison dernière, se transforme en coiffeur de haut niveau.

«Il y a des années, à l’école de sport d’Engelberg, j’ai coupé les cheveux d’un coéquipier pour m’amuser. Comme le résultat n’était étonnamment pas si mauvais, j’ai pris de plus en plus de plaisir à jouer les coiffeurs. Désormais, plusieurs coéquipiers se font couper les cheveux par mes soins.»

Cet après-midi-là, c’est Gino Caviezel qui prend place dans le fauteuil. Dans le courant de la semaine, Marco Odermatt compte lui aussi passer entre les mains expertes d'Alessio Miggiano.

«Je suis très probablement le client le plus fidèle d’Alessio: depuis un an, je ne me fais couper les cheveux que par lui. La dernière fois, c'était fin février à Courchevel. J’ai donc vraiment besoin d’une nouvelle coupe. Et peut-être qu’Alessio m’accordera enfin une réduction cette fois!», lance Marco Odermatt avec un clin d’œil.

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