Deux semaines après la dernière course de la saison à Lillehammer, la FIS publie un podcast réunissant les deux vainqueurs du classement général de la Coupe du monde, Marco Odermatt et Mikaela Shiffrin. Les deux figures dominantes de l’hiver y évoquent notamment…
… ce qu’ils admirent l’un chez l’autre:
«Quand tu es au départ, tu entres dans ta bulle et rien ne vient te perturber. Je me dis toujours: 'Waouh'. C’est impressionnant de voir à quel point tu y arrives à chaque fois», s’enthousiasme la star américaine. Shiffrin enchaîne avec une question. Elle veut savoir si la sensation est toujours la même pour Odermatt. Le Suisse répond: «Ma préparatrice mentale observe toujours mes départs. Ce n’est pas toujours identique, même si j’essaie de reproduire les mêmes choses». Le Nidwaldien répond aussi à la question initiale, avec un sourire: «J’aime simplement te regarder skier. Tu as toujours un plan très clair et tu sais exactement ce que tu dois faire».
… la pression:
«Bien sûr que nous ressentons une pression extérieure. Mais la plus forte, c’est celle que nous nous imposons», explique Odermatt. Il ne veut pas seulement skier vite pour les fans, mais avant tout pour lui-même et pour l’équipe. «En début de saison, je suis un peu plus nerveux, parce qu’on ne sait pas encore si on est toujours au niveau. Après quelques bonnes courses, ça disparaît», poursuit-il. Interrogé sur les Jeux olympiques, suivis par presque toute la Suisse, le Nidwaldien de 28 ans n’a pas ressenti de pression supplémentaire et enchaîne avec une remarque amusante: «Les gens regardent aussi Adelboden et Wengen. Peut-être que c’est différent pour les Américains. Les Suisses sont tellement passionnés qu’ils regardent même quand je suis moins rapide. Et si je ne termine pas premier, Franjo gagne et ils s’en réjouissent».
Shiffrin voit les choses autrement. Elle reconnaît être influencée par les médias ou par les propos de ses proches. «Des membres de ma famille m’ont dit cet été: 'Tu doit vraiment aller chercher cette médaille d’or olympique'. Ce genre de remarques, je les ressens. J’attends des gens qu’ils ne considèrent plus le succès comme acquis. Ça m’agace.»
… les moments marquants:
«Lors de ces Jeux, j’étais au départ de la deuxième manche du slalom et je sentais mon équipe et ma famille derrière moi. J’avais très peur de ne pas terminer ou de commettre une erreur. Mais je n’étais pas paniquée. Je crois que je n’avais encore jamais ressenti cela dans ma carrière», raconte Shiffrin.
«J’ai vécu un moment similaire lorsque j’ai gagné mon premier slalom géant à Adelboden. Mon seul rêve a toujours été d’y prendre le départ. Je n’ai jamais rêvé de médailles d’or ou de globes de cristal», explique Odermatt. Shiffrin a du mal à y croire, mais le Suisse précise: «Je ressentais tellement de pression que j’ai commencé à pleurer sur le télésiège en allant au départ des deux manches. C’était un moment très fort dans ma carrière de vivre cela et d’apprendre à le gérer».
… les sacrifices qu’ils doivent faire:
Odermatt a encore un grand objectif: s’imposer à Kitzbühel. Mais il n’est pas prêt à tout sacrifier pour autant. «Je ne sacrifierais jamais trop de choses simplement pour augmenter mes chances de 1%. Par exemple, cela ne m’aiderait pas de ne plus boire une bière avec mes amis ou de ne pas rentrer chez moi. Ce sont des choses qui me manqueraient. Je sais que je peux réussir sans ça. Nous faisons déjà suffisamment de sacrifices pour atteindre nos objectifs. Si je savais que cela m’aiderait énormément, alors je le ferais bien sûr. Mais je pense qu’il n’y a pas grand-chose que je puisse changer pour devenir meilleur», affirme-t-il.
Shiffrin partage cet avis: «Si l’on doit choisir entre gagner et se perdre soi-même, il faut toujours choisir sa vie».