Après le deuil
Marco Odermatt lance définitivement la fête à Adelboden

Le premier jour de course a marqué le retour de la joie dans la station bernoise. La victoire de Marco Odermatt sur le Chuenisbärgli a rendu heureux tout un peuple. Reportage.
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Les spectateurs suisses ont célébré ce géant dans la joie.
Photo: AFP
Thomas Freiburghaus

Une lente procession part depuis le village d’Adelboden et se dirige jusqu’au pied du Chuenisbärgli. On entend les cloches. On remarque les drapeaux de plusieurs cantons (Uri, Zoug, Nidwald – évidemment –, Vaud), les chemises Edelweiss et les bonnets Ricola dans le cortège.

Les plus vaillants (il est neuf heures du matin) boivent déjà bières en canettes, vin dans de petits gobelets en plastique ou schnaps, cette fois dans de petits gobelets en alu, accrochés par un mousqueton à la ceinture. «C’est incroyable. On est parti à 6h30 d'Yverdon. Tout ce monde qui marche ensemble», s'enthousiasme Robin, originaire de Baulmes.

«Le respect, l’ambiance, les gens»

À Adelboden, après le deuil, Robin et les quelque 25’000 autres spectateurs sont prêts à, enfin, faire la fête. Même la neige, tombée un peu toute la nuit et qui s’intensifie à l’approche du début du slalom géant ne remet en question ni l’humeur générale, ni l’heure ou la hauteur du départ.

La musique, comme la neige, se fait de plus en plus forte. Les enceintes crachent des morceaux «d’avant-ski» à plein volume. Les fans applaudissent à l’annonce des dossards et s'époumonent particulièrement au septième nom annoncé par le speaker: «Marco “Odi” Odermatt!», héros de la nation.

À cinq minutes du premier concurrent à s’élancer, silence total. Une minute de silence poignante est observée pour Crans-Montana. «N’importe où en Suisse, dans les patinoires comme ici, la minute de silence est très respectée. Le respect, l’ambiance, les gens… c’est ça la Suisse», témoigne Robin.

Jean-Jacques Goldman remplace Plastic Bertrand

Après l’hommage, Lucas Braathen s’élance. Que la fête commence! Dans les tribunes, on secoue son petit drapeau rouge à croix blanche à chaque passage. Encore plus fort quand un Suisse descend.

Leur arrivée dans l’aire d’arrivée est fêtée par le fameux Vogellisi. Pour les Italiens, c’est Sara perché ti amo qui est joué. Les Français ont droit à Je marche seul. Les organisateurs ont corrigé le tir, eux qui ont souvent joué Ça plane pour moi, du Belge Plastic Bertrand, par le passé. À l’inverse, Sam Maes, le skieur belge, est accueilli par Libertine de Mylène Farmer, franco-canadienne. Encore un petit effort et la playlist sera irréprochable.

Dans les tribunes, le Fanclub Luca Aerni met l’ambiance. «Chala lalala lalaaa, Luuuuca Aerniiii (bis)». Un chant venu tout droit des stades de foot accompagne leur favori, qui signe finalement un joli top 10, brassard noir au biceps.

Vœu exaucé

Car Crans-Montana reste présent dans toutes les têtes, et pas uniquement dans celle du skieur des Barzettes. Malgré tout, on sent un soulagement, un besoin de légèreté aux abords de l’aire d’arrivée. L’ambiance est festive, on se restaure, on boit un coup (voire deux), on profite sous la neige.

Entre les deux manches, trois amies venues des Pacots rêvent déjà d’une victoire suisse. «On est venues là pour voir Marco [Odermatt] gagner, à domicile», tonne Judith. Les Fribourgeoises sont ravies de leur deuxième venue à Adelboden. «La minute de silence nous a touchées. Mais ça fait aussi beaucoup du bien de voir tout le monde ici, tout le monde content», déclarent-elles. «Et on va fêter la victoire de Marco après!»

Un vœu exaucé une bonne heure plus tard. Impérial, «Odi» s’impose pour la cinquième fois consécutive sur le Chuenisbärgli. Sur le podium, il débouche – non sans mal – l’immense bouteille de champagne promise au vainqueur et arrose ses concurrents. La fête est définitivement lancée à Adelboden. Ce ne devrait pas être la dernière bouteille débouchée.

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