De son arrivée à Bormio jusqu'à son départ, Franjo von Allmen n'aura jamais lâché son sourire. Déjà, car ce n'est pas le genre du skieur bernois. Et, surtout, car sa prestation lors de ces Jeux olympiques a été incommensurable. Trois courses, trois médailles d'or. «Stark.»
Avec sa victoire lors du super-G ce mercredi, le chien fou de Boltigen rejoint ainsi, dans la légende de son sport, Toni Sailer (en 1956 à Cortina) et Jean-Claude Killy (en 1968 à Grenoble), les deux seuls autres skieurs à avoir décroché trois médailles d'or lors d'une seule édition des Jeux olympiques. Une performance à côté de laquelle certains mettront peut-être un astérisque, puisqu'il n'a fini «que» quatrième de la descente du combiné par équipes et a pu compter sur un incroyable Tanguy Nef.
Cela ne change rien au fait qu'autour du cou pour rentrer dans l'Oberland, il aura trois médailles d'or. «Pour le moment, j'ai l'impression d'être en train de rêver et j'espère ne jamais me réveiller, a-t-il souri en zone mixte. Je manque de mots pour mesurer ce qu'il m'arrive.»
Au moment de franchir la ligne et, contrairement à la descente, il n'a pas pu exulter. Dossard No 7, il a terminé avec 13 centièmes d'avance sur Ryan Cochran-Siegle, alors que les autres favoris ne s'étaient pas encore élancés. «J'ai peut-être eu un peu de chance avec la piste, la neige et mon petit numéro de dossard, avoue-t-il. Peut-être que par la suite, c'était un peu plus lent.» Car ses principaux rivaux se sont succédés et aucun n'est parvenu à dépasser le «FvA». Marco Odermatt est celui qui s'en est le plus rapproché, mais il a échoué à 28 centièmes.
«Je prenais ce qui venait»
«J’étais sûr que je ne me battais pas pour l’or, a-t-il admis après la course. Mais ce qu'il se passe lors de ces Jeux, c'est incroyable.» Il faut dire que trois médailles d'or, ce n'est pas donné à tout le monde. Le dernier Suisse à l'avoir fait lors d'une seule édition de JO: le tireur Konrad Stäheli lors de l'édition… 1900 à Paris. Et, tout comme Franjo von Allmen, il a remporté l'une de ses trois breloques en équipe. L'histoire ne dit pas, par contre, si Karl Röderer, Louis Richardet, Friedrich Lüthi ou Paul Probst ont été les Tanguy Nef du Saint-Gallois.
Le plus fou dans cela, c'est que le Bernois a eu très peu de répit: descente samedi, combiné lundi et super-G mercredi. «J'étais un peu fatigué aujourd'hui, souffle-t-il. J'avais déjà décroché deux médailles d’or, je me disais que j’allais prendre ce qui venait.» Le titre, donc.
C'est donc en homme heureux que Franjo von Allmen va rentrer dans son Oberland bernois. «Je crois que je peux le faire avec le sourire», s'exclame-t-il. Comme toujours avec lui.