Toujours plus cool, Camille Rast. La skieuse de 26 ans a sauvé l'équipe féminine suisse de l'humiliation olympique en remportant l'argent lors de la dernière course à Cortina. Ce grâce à ses fameux nerfs d'acier.
Après la première manche, Camille Rast est quatrième, à quatre centièmes du bronze et 23 centièmes de l'argent. «J'ai vu une affiche d'amis: 'Rast fast'. Je me devais d'accélérer», dit-elle en souriant. Et c'est exactement ce qu'elle fait. Camille Rast met le turbo en deuxième manche, skie agressivement mais plus finement que le matin. Elle voit du vert à l'arrivée: meilleur temps. Mais sa médaille n’est pas encore sécurisée, il faut qu’une autre concurrente se manque.
Cornelia Öhlund, jeune Suédoise, passe derrière la Suissesse. Le bronze est, au minimum, assuré. Lena Dürr, nerveusement fragile, se manque dès le premier piquet, laissant Camille Rast en argent. L'or revient à Mikaela Shiffrin, qui garde la tête froide et s’impose souverainement.
Passion du motocross
Lors de la remise des médailles, Camille Rast a fait son fameux saut de joie, comme aux championnats du monde de Saalbach l'année dernière. Son entraîneur Denis Wicki explique: «Le père de Camille, Philippe, faisait du motocross. Le spectacle faisait partie du jeu: moteur vrombissant, public captivé. Camille fonctionne pareil: très professionnelle, mais elle sait qu’une course est aussi un divertissement».
Enfant, Camille Rast pratiquait elle-même le motocross. «L'huile, les vis, les outils, j'adorais ça. Mon père m'emmenait sur le podium. C'est peut-être là que mon goût pour l'adrénaline s'est éveillé», se souvient-elle. Aujourd'hui, elle est fan du champion de MotoGP Pecco Bagnaia et a visité l'écurie Ducati à Jerez. «On peut apprendre quelque chose de chaque sport», dit-elle.
Critiques et caractère
Courses de nuit, championnats du monde, Jeux olympiques: plus la scène est grande, mieux c'est pour Camille Rast. «Camille ne craint pas que quelque chose tourne mal», confie Denis Wicki. «Sous pression, elle se donne à 100%. D'autres seulement à 97%, c'est la différence.»
Alberto Tomba avait la même vision des choses. C'était une star du ski, un bon vivant, un homme à femmes. Sa devise: «Ça s'appelle les Jeux olympiques. Alors, jouons!» Camille Rast voulait faire de même à Cortina. Mais le combiné par équipe de la semaine dernière a gâché son humeur. Camille Rast déclarait: «Cette pente n'est pas digne des Jeux olympiques. Elle est courte et plate, comme pour une course de juniors.»
Après le slalom géant, lors duquel elle n'a pas obtenu de médaille, Camille Rast en a rajouté une couche. «Je serai contente quand les Jeux olympiques seront terminés», a-t-elle déclaré.
Les critiques ont fusé: mauvaise attitude. Camille Rast répond, médaille d'argent autour du cou: «La pente est plate et courte. Ce n’était pas une plainte, mais un fait.» Elle sentait la pression, notamment parce que les Suissesses n’avaient pas encore de médaille. «Je devais montrer que je pouvais gérer ça.»
Son entraîneur arrête
Camille Rast est désormais argentée. Elle ne va pas s'énerver. Pour elle, les championnats du monde, les Jeux olympiques et la Coupe du monde ont la même importance. «Pour ma carrière, c'est bien que j'aie déjà une médaille olympique.»
Cette course était aussi l'occasion de faire un adieu. Son entraîneur, Denis Wicki, arrête. C'était prévu depuis un an, il a atteint l'âge de la retraite et a promis plus de temps à sa famille. En mai 2024, son plus jeune fils, Antoine, a été victime d'un accident au Breithorn. Il était en formation pour devenir guide de montagne. «Nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé», explique Denis Wicki.
Camille Rast dédie donc sa médaille à son entraîneur: «C’est un cadeau d’adieu pour Denis. Nous nous comprenons aveuglément. Je lui dois beaucoup et il va me manquer – en tant qu'entraîneur et en tant qu'homme».
Et maintenant? Camille Rast va célébrer. À Cortina, mais surtout chez elle, à Vétroz. La prochaine étape de Coupe du monde n’aura lieu que dans trois semaines. «Super», dit-elle en riant. Comme ça, je pourrai aussi faire ma lessive».