Marianne Fatton championne olympique
«C'était un combat dans ma tête: 'Je l'ai fait ou je ne l'ai pas fait?'»

Marianne Fatton est devenue la première championne olympique de ski alpinisme. La Neuchâteloise avait de la peine à s'en rendre compte, médaille d'or autour du cou.
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Marianne Fatton a écrit l'histoire du ski alpinisme.
Photo: Getty Images
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Matthias DavetJournaliste Blick

Un vent de fraîcheur s'est abattu sur Bormio ce jeudi. Ce n'était pas dû (seulement) aux fortes chutes de neige mais aux visages sur ces néo-athlètes olympiques: les skieurs alpinistes. Habitués à un certain anonymat, les spécialistes de skimo ont pris possession des Jeux olympiques avec un de leurs formats, le sprint, et ont illuminé le fond de la Stelvio. À ce petit jeu, la toute première à avoir conquis l'Olympe portait une croix blanche sur son cœur.

La Neuchâteloise Marianne Fatton est en effet entrée dans l'histoire de son sport. «Gentiment, je commence à m'en rendre compte, sourit-elle. Je ne sais pas encore vraiment ce que signifie une médaille olympique, puisque c'est ma première fois ici.» Sans perdre sa banane sur son visage, celle qui réside désormais à La Roche (FR) a pourtant un passif avec les JO. Enfin, pas directement.

Sa maman, Anna Fatton-Janoušková, avait participé en ski de fond aux Jeux d'Albertville, pour la République tchèque. Modèle pour la jeune Marianne, elle a toujours dit qu'elle ne se sentait pas autant forte qu'elle. Pourtant, ce jeudi, seule l'une des deux peut se targuer du titre de championne olympique. «Elle reste quand même incroyablement forte, se marre-t-elle. Quand j'étais petite, elle n'était jamais fatiguée et nous tirait partout. Je suis tellement fière de l'avoir eue comme maman et qu'elle nous ait donné cette passion du sport.»

Les escaliers à côté de chez elle

D'ailleurs, c'est à elle et à son copain que la Neuchâteloise a pensé lorsqu'elle était sur la plus haute marche du podium. «Il m'entraîne depuis 4 ans et donne tout pour moi, souligne-t-elle. Son père a même construit à côté de chez moi des marches pour que je puisse m'entraîner. Je pensais à tous les gens qui m'ont tellement aidée.» On comprend plus facilement les larmes qui ont coulé sur ses joues.

Ses proches étaient d'ailleurs présents dans les tribunes et ont mis une sacrée ambiance, comme le reste du public. «C'était incroyable, s'exclame Marianne Fatton. Tout le monde hurlait au moment où on se rendait sur la ligne et ça mettait les frissons. Après le quart et la demie, je me disais que c'était déjà fou de pouvoir courir là. C'est le plus beau sprint qu'on pouvait faire dans notre carrière.»

La dame des grands rendez-vous

Heureusement pour elle, elle ne s'est pas arrêtée là et a filé vers la finale. Là, il fallait une grosse performance pour battre l'impressionnante Française Emily Harrop. Sauf que, surprise, la Tricolore a raté une transition. «Je devais rester au contact jusqu'à la fin des diamants et après, c'était mon moment, savait-elle. Quand j'ai rechaussé mes skis après les escaliers et que je suis repartie première, je me suis dit que je devais tout donner, même si je n'avais plus rien.» La barre chocolatée en main pour reprendre des forces en zone mixte le prouve.

«Je n'ai pas mis mon capteur mais je devais être autour des 290 pulsations, se marre Marianne Fatton. Quand j'ai franchi la ligne, je me dis: 'Ce n'est pas possible.' Je ne suis pas montée sur un podium en sprint cette saison. Il y avait un combat dans ma tête: 'Je l'ai fait ou je ne l'ai pas fait?'» Et si, Marianne Fatton l'a fait.

De ne pas avoir fait des gros résultats en Coupe du monde est plutôt habituel pour elle. C'est majoritairement lors des grands événements qu'elle brille, puisqu'elle s'est imposée à trois reprises en sprint sur les trois dernières années: aux championnats d'Europe, du monde et aux JO. «Je ne sais pas comment j'ai fait, sourit la résidante de la Roche (FR). Aujourd'hui, j'essayais de me rappeler comme j'avais fait à Morgins (ndlr: aux Mondiaux) mais je n'avais pas de réponse.»

«Il y a de bonnes ondes à Bormio»

Pour la cinquième fois du côté de Bormio, le cantique suisse a donc retenti dans le ciel durant ces Jeux. La skieuse alpiniste explique-t-elle pourquoi les skieurs à croix blanche sont si forts sur les pentes de la Stelvio? «Il y a de bonnes ondes, tente la Neuchâteloise. Et on n'est pas très loin de la Suisse.»

Par contre, là où Marianne Fatton a fait mieux que Franjo von Allmen, Tanguy Nef ou Loïc Meillard, c'est qu'elle est devenue la toute première championne olympique de son sport. Et ce même s'il lui faudra quelques heures pour le réaliser.

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