L'idée folle de Didier Plaschy
Loïc Meillard doit une partie de son succès à une combine un peu vache

L'équipe suisse masculine de ski alpin compte huit médailles à ces Jeux olympiques après l'or remporté par Loïc Meillard lundi. Ils ont ainsi égalé le record olympique masculin détenu par les Autrichiens (Turin 2006).
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Loïc Meillard ramène à la Suisse sa première médaille d'or en slalom depuis 78 ans.
Photo: keystone-sda.ch
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Marcel W. Perren

Mauro Pini reste l’un des entraîneurs les plus controversés de l’histoire de Swiss-Ski. En tant que chef des équipes féminines, il avait licencié en 2012 l’entraîneur de vitesse Stefan Abplanalp au terme d’une violente altercation. Un coup d’éclat qui avait mis le feu aux poudres: Lara Gut-Behrami et plusieurs coéquipières étaient montées aux barricades, au point que Mauro Pini avait lui-même dû quitter la fédération à la fin de l’hiver.

Mais quel est le lien avec le slalom olympique de ce lundi? Devenu depuis responsable de l’entraînement des techniciens italiens, Mauro Pini a rendu un immense service à Loïc Meillard. En tant que traceur de la première manche, il a en effet imaginé un véritable parcours d’obstacles sur une piste pourtant réputée assez plate. «Il n’y a pas grand monde qui se débrouille aussi bien que Loïc lorsque le rythme reste relativement bas», explique son entraîneur Julien Vuignier.

Un seul homme fait légèrement mieux à mi-parcours: le Norvégien Atle Lie McGrath, qui devance le Valaisan de cinq dixièmes. Mais le tracé, rendu encore plus piégeux par des chutes de neige, fait de lourds dégâts: le champion olympique de géant Lucas Pinheiro Braathen, mais aussi Paco Rassat, le vainqueur de Kitzbühel Manuel Feller et l’étoile montante finlandaise Eduard Hallberg sont tous éliminés.

Une première depuis 1948!

Avant la décision finale, les souvenirs affluent: le 16 février 2025, voilà pile un an, lors du dernier slalom des Championnats du monde à Saalbach, Loïc Meillard pointait déjà au deuxième rang après la première manche. Et comme ce jour-là, le skieur de 29 ans élève encore son niveau en finale à Bormio. Sur une seconde manche très tournante, tracée par l’entraîneur français, le skieur Rossignol signe une descente parfaite. Atle Lie McGrath, lui, sort peu après. Résultat: Loïc Meillard devient le premier Suisse champion olympique de slalom depuis 78 ans et la victoire d'Edy Reinalter à Saint-Moritz.

Personne, ou presque, n’y croyait en début de saison. Lors de ses six premières courses de Coupe du monde, Loïc Meillard n’avait jamais fait mieux qu’une 14e place à Levi. Il aura suffi de quelques excellentes journées d’entraînement à Copper Mountain, aux États-Unis, pour que ce technicien hors pair retrouve la meilleure version de lui-même.

Pourtant, après le tout premier combiné par équipes de l’histoire olympique, le banquier de formation était très critique envers lui-même — malgré une médaille d’argent remportée avec Marco Odermatt. En cause: plus d’une seconde concédée sur le meilleur temps du slalom signé Tanguy Nef.

Comment expliquer une telle métamorphose en une semaine, sur exactement la même pente? «La neige était différente et surtout le tracé n’avait rien à voir. Lors du combiné, c’était très direct. Cette fois, ça tournait énormément par endroits — heureusement pour moi», sourit Loïc Meillard, les yeux brillants.

Déjà médaillé de bronze en géant quelques jours plus tôt, le Valaisan d'origine neuchâteloise refuse toutefois de qualifier ce succès comme le moment le plus fort de sa carrière. «Gagner l’or en slalom aux Mondiaux était tout aussi émotionnel», nuance-t-il. Et inutile d’espérer des clichés de fête débridée dans les boîtes de nuit de Bormio. «Je vais célébrer cette médaille avec mon équipe, évidemment. Mais je ne suis pas du genre à danser ivre sur une table.»

L’élastique de Didier Plaschy

Deux entraîneurs occupent une place toute particulière dans son parcours: le chef du slalom de Swiss-Ski Matteo Joris et son adjoint Julien Vuignier, qui l’entraîne depuis ses débuts lors des courses de jeunes en Valais.

Après son accession au cadre C, Loïc Meillard découvre aussi les méthodes peu conventionnelles de Didier Plaschy, deux fois vainqueur en Coupe du monde. «Loïc skiait très jambes écartées quand il était jeune. J’ai utilisé un truc que beaucoup de paysans emploient pour attacher la queue de leurs vaches: un élastique», raconte Didier Plaschy.

Fixé entre les chaussures, l’élastique obligeait le skieur à resserrer sa position. Une méthode que Loïc Meillard — comme Daniel Yule avant lui — détestait. Jusqu’au jour où il se montra plus rapide en course d’entraînement avec l’élastique que sans. «À partir de là, il était guéri», sourit le Haut-Valaisan.

Arrivé très jeune au sein de Swiss-Ski, Loïc Meillard — qui vit depuis l’âge de neuf ans à Hérémence, près du barrage de la Grande Dixence — a aussi dû surmonter un obstacle linguistique. «Je trouvais injuste que tout se fasse uniquement en allemand lors des réunions. Mais j’ai vite compris que c’était une chance immense d’apprendre une autre langue.»

C’est pourquoi il peine à comprendre les débats en Suisse alémanique autour de la suppression du français à l’école primaire. «Nous devrions faire exactement l’inverse.» Pour lui, le multilinguisme n’est pas une faiblesse, mais un atout majeur: «Oui, cela implique des difficultés. Mais si nous maîtrisions réellement nos langues nationales, la Suisse n’en serait que plus forte.»

Et bientôt, le champion olympique pourra transmettre son amour des langues à la génération suivante: sa compagne Zoé Chastan est enceinte.

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