La perchiste et le hockeyeur
Angelica Moser et Kevin Bozon ont la flamme olympique

Le hockeyeur français et la perchiste suisse sont en couple depuis quatre ans. En 2024, Kevin Bozon s’était rendu à Paris pour la compétition de son amie lors des Jeux olympiques et en ce mois de février, c’est Angelica Moser qui jouera le rôle de supportrice.
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Kevin Bozon et Angelica Moser sont en couple depuis quatre ans.
Photo: julie de tribolet
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Grégory Beaud
L'Illustré

«Attends, je te fais un cross-check!» Sur la glace de la patinoire de Porrentruy, Angelica Moser et Kevin Bozon s’amusent lors du shooting photo. Maillot de l’équipe de Suisse sur les épaules, la perchiste est très à l’aise et nargue le joueur du HC Ajoie. Et dire qu’avant leur rencontre elle ne connaissait, de son propre aveu, pas grand-chose à ce sport. «A peine quelques règles, souffle-t-elle. Mais maintenant, je suis souvent aux matchs d’Ajoie. Je ne peux évidemment pas toujours, mais le plus souvent possible.»

Deux semaines après ce moment ludique, le Français était sur la glace de la patinoire Santagiulia pour y défier la Suisse. La perchiste, elle, était évidemment dans les gradins. Mais ce jeudi, la pression de ce grand rendez-vous n’est pas à l’ordre du jour. «C’est fantastique, précise le joueur du HCA. Depuis que je suis sélectionné, on me demande souvent si j’ai peur d’affronter les stars de NHL ou de défier le Canada. Mais pour moi, c’est tout le contraire. C’est une chance unique. Si l’on pense à ma carrière, je n’étais peut-être pas prédestiné à participer à une telle compétition face à des Connor McDavid ou autres Sidney Crosby. C’est exceptionnel. Mon seul regret, c’est que mon frère, Tim (joueur de Genève, ndlr), ne soit pas présent. Je rêvais de faire la photo devant les anneaux olympiques avec lui.»

Rien ne semblait les réunir

A côté de lui, Angelica Moser l’écoute attentivement. En quatre ans, la Zurichoise a progressé de manière fulgurante en français. «J’avais de la peine avec cette matière à l’école, admet-elle. Mais avec lui, je n’ai pas eu le choix (rires).» Kevin Bozon encaisse le cross-check verbal. «C’est mon plus grand regret, admet-il. J’ai joué cinq ans à Winterthour, mais je n’ai pas réussi à apprendre l’allemand.» Mais cette parenthèse lui a surtout offert bien plus important: une rencontre. Celle d’Angelica, sa compagne depuis quatre ans.

Rien ne semblait réunir Angelica Moser et Kevin Bozon. Elle est athlète suisse, il est hockeyeur français. Même la saisonnalité de leurs sports respectifs a quelque chose de compliqué pour eux. «Cela fait quatre ans que nous sommes en couple et nous n’avons toujours pas pu partir en vacances ensemble», rigole la Zurichoise. «Lorsque ma saison de hockey se termine en mai, généralement, c’est la période majeure de sa saison avec de nombreux concours», remarque Kevin Bozon.

Le joueur du HC Ajoie et la championne d’Europe de saut à la perche ont élu domicile dans le Jura, à mi-chemin entre Porrentruy, où il évolue, et Macolin, où elle s’entraîne. «Si nous ne vivions pas sous le même toit, je pense que nous ne nous verrions jamais, rigole Kevin Bozon. Même si ce n’est pas très facile au niveau organisationnel, je crois que nous avons trouvé un bon équilibre. Un équilibre qui nous convient en tout cas.»

Au-delà des kilomètres et des calendriers incompatibles, leur couple fonctionne comme un duo de pros. «On est assez similaires, explique Angelica Moser. On mange toujours la même chose, on n’a pas chacun notre programme.» Dans leur cuisine jurassienne, pas de plats «spécial athlète» ni de menu séparé: des assiettes simples, équilibrées, et une routine qui rassure. «La base est la même: beaucoup de protéines, des légumes, des fruits», sourit la perchiste. Seuls les détails changent, notamment au niveau des compléments alimentaires. Une manière de se retrouver malgré tout: en partageant les mêmes automatismes, presque la même discipline. «C’est surtout au niveau des rations que cela diffère un peu», rigole Kevin Bozon.

Jamais en tant que spectatrice

L’international français dispute ses premiers Jeux olympiques. Par procuration, il s’était déjà rendu à Paris pour soutenir Angelica lors des joutes de 2024. Une expédition qui met des étoiles dans les yeux de la perchiste: «De savoir qu’il était dans les gradins quelque part pour me soutenir, c’était un sentiment magnifique.» Et la Zurichoise est passée tout près de l’exploit puisqu’elle a terminé à une rageante quatrième place.

Aujourd’hui, les rôles sont inversés. «Je n’ai jamais assisté à des JO en tant que spectatrice, sourit-elle. Je me réjouis de vivre ce moment.» Avant le grand départ pour Milan, quelques détails de logistique étaient encore en suspens. «C’est la galère pour trouver des billets, regrette-t-elle. Mais j’ai bon espoir que cela s’arrange. Je ne me fais pas trop de souci.»

Dans un français parfait, Angelica Moser détaille le petit programme qu’elle s’est concocté en marge des rencontres de l’équipe de France. «Les jours de match, je vais aller faire des séances de musculation à la salle, précise-t-elle. Et lorsqu’il y aura un jour off, j’ai organisé une séance à Tenero.» Au Tessin, elle va pouvoir bénéficier des structures du centre national. Point de répit, même durant les joutes olympiques milanaises. «J’ai mes propres objectifs à suivre cette saison», précise-t-elle.

Au moment de préparer la rencontre avec Kevin Bozon et Angelica Moser, il y a évidemment une question qui s’est mise en tête de liste pour l’athlète. Celle qui a apporté à la Suisse trois titres de championne d’Europe de saut à la perche soutiendra-t-elle l’équipe de Suisse de hockey sur glace ou la France lors du duel entre les deux équipes lors des Jeux? Elle savait que ce moment viendrait. «La Suisse aura d’autres matchs pour se rattraper, non? (Rires.) Comme c’est le premier, j’espère que la France va gagner parce que si je me rends à Milan, c’est pour soutenir Kevin. Mais pour la suite du tournoi, je soutiendrai la Suisse.» Malheureusement pour le couple, les Tricolores se sont inclinés en match d'ouverture face à la sélection à croix blanche (4-0).

La Suisse rêve de médaille

L’équipe de France qu’a affrontée la Suisse ne figure pas parmi les favorites de la compétition. De loin pas, d’ailleurs. Le tournoi olympique de hockey sur glace s’annonce comme l’un des plus relevés de l’histoire. Si ce n’est, tout simplement, le plus relevé. La sélection helvétique pourra compter sur une dizaine de joueurs évoluant en Amérique du Nord, dans la prestigieuse NHL.

Vice-championne du monde en 2024 et 2025, l’équipe de Patrick Fischer aura fort à faire du côté de Milan. Même si cette sélection est la plus forte jamais présentée par la Suisse, elle devra réaliser plusieurs exploits pour repartir d’Italie avec une médaille, qui serait la première depuis... 1948. Sans surprise, les équipes canadiennes et américaines sont les grandes favorites de cette compétition.

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