Il y a une semaine encore, la plupart des experts et des fans étaient convaincus que les Suissesses engagées dans les disciplines vitesse repartiraient bredouilles des Jeux olympiques. Voire qu’elles s’y ridiculiseraient. En Coupe du monde, aucune n’avait intégré le top 15 en descente ou en super-G. Mais depuis la victoire de Malorie Blanc à Crans-Montana le week-end dernier, la donne a complètement changé.
Marco Büchel: «Malorie ne doit rien, mais peut tout»
«La Coupe du monde de ski et les Jeux olympiques sont deux mondes différents. La pression est plus forte à Cortina. Mais je ne pense pas que cela va paralyser Malorie Blanc. À Crans-Montana, des milliers de spectateurs étaient venus au super-G uniquement pour elle. Un bonnet sur deux était floqué «Malo». Selfies, autographes, messages d’encouragement… Malgré tout, elle est restée détendue et a su se nourrir cette énergie positive.
On insiste toujours sur l’expérience, particulièrement importante à Cortina. Malorie n’y est venue qu’une seule fois, l’an dernier. Mais l’Olimpia delle Tofane présente des transitions et des vagues très similaires. Les virages exigent de l’intelligence de course et une vraie tactique. La partie finale sera plus compliquée pour elle, car elle impose une position de recherche de vitesse prolongée, ce qui n’est pas son point fort. Mais le ski, c’est aussi de la physique: si elle emmagasine suffisamment de vitesse dans les sections raides, elle ne perdra pas trop de temps.»
«Une médaille? Je ne pense pas. D’autres sont normalement plus fortes. Mais le jour J, surtout aux Jeux olympiques, tout peut arriver. Grâce à Malorie, la Suisse n’a peut-être pas une favorite, mais au moins une vraie carte à jouer.»
Hans Knauss: «Une médaille est possible»
«Malorie m’a impressionné à Crans-Montana. Elle a été remarquable. Comme Marco Büchel, je pense qu’elle peut faire la différence dans les deux premiers tiers à Cortina, où une technique irréprochable est indispensable. Et elle l’a. Je suis convaincu qu’une médaille est possible — plutôt en super-G qu’en descente. La vitesse y est en moyenne inférieure de 20 km/h, ce qui pose des problèmes à certaines spécialistes de la descente, mais pas à Malorie. Elle vient du ski technique et sait parfaitement fermer les virages.»
«La neige à Cortina ressemble à celle de Crans-Montana: sèche, exposée au soleil, mais pas molle en février. Une neige froide jouerait même en sa faveur. Et quand on gagne à Crans-Montana, on est prête à affronter n’importe quel défi. La Suisse peut se réjouir de l’avoir aux Jeux.»
Didier Plaschy: «Elle va nous donner beaucoup de plaisir»
«Malorie doit encore progresser sur les longues sections de glisse — un problème que Marco Odermatt a lui aussi connu à ses débuts. Elle l’apprendra. Une médaille dès Cortina? Tout dépendra de sa forme du jour, de la piste, du tracé et aussi de l’état d’esprit de ses adversaires.»
À Crans-Montana, elle évolue sur une piste qu’elle connaît depuis l’enfance et qui correspond parfaitement à ses qualités techniques. À Cortina, d’autres disposent de ces avantages. En revanche, elle a le potentiel pour devenir performante sur tous les terrains. Une chose est sûre: Malorie Blanc va encore nous donner beaucoup de plaisir.»