Il y a des soirées qui changent une vie. Seul dans son appartement de Québec, Théo Rochette a apposé sa signature au bas d'un contrat avec les Detroit Red Wings, l'une des six équipes historiques de la NHL. Un rêve d'enfance devenu réalité pour celui qui n'y croyait plus vraiment quelques jours auparavant. Le temps que la nouvelle fuite et son téléphone s'est emballé pour ne plus s'arrêter de vibrer. L'attaquant a tout de même trouvé le temps de revenir sur ce moment hors norme auquel il a rêvé toute sa vie.
Théo, où étais-tu au moment de signer?
Seul, dans mon appartement à Québec.
T'attendais-tu à un tel emballement?
Pas du tout (rires). Je ne pensais pas que ce serait annoncé aussi vite. Ce qui m'a surpris, c'est que les premières rumeurs en Amérique du Nord ont commencé à sortir à peine 30 minutes après le moment où j'ai signé. Je ne sais pas comment ç'a pu se savoir aussi vite.
Et dès que l'annonce tombe, il se passe quoi?
De la folie. Mon téléphone a explosé.
Tu as réussi à répondre à tout le monde?
Comme c'est sorti au milieu de la nuit en Suisse, il y a eu deux vagues. Tout d'abord les gens en Amérique du Nord qui était réveillés. J'a donc répondu à quelques messages. Puis j'ai mis le téléphone au repos. Quand je me suis réveillé, c'était de nouveau fou.
Pourtant, il y a une semaine, tu donnais une interview dans laquelle tu disais ne pas penser à une signature en NHL cette année.
Cela peut paraître incroyable, mais c'était sincèrement ce que je pensais la semaine passée. L'interview a eu lieu le 9 juin. Et à cet instant, il n'y avait vraiment rien de concret. Le lendemain, tout s'est emballé. Mon agent m'a appelé et m'a dit que Detroit était intéressé .
Ça doit être spécial.
Ce n'était pas la première fois que j'entendais ce genre de choses. Donc je ne me suis pas non plus trop enflammé. Je n'avais pas envie d'être à nouveau déçu. Mais contrairement aux précédents contacts, tout est allé super vite. Detroit est venu avec une idée de contrat et un plan précis me concernant. Là, tu commence à te dire que ça peut se faire.
Et puis on parle de Detroit. Une franchise de l'Original Six. C'est quelque chose...
Oui, c'est spécial. Après, peu importe l'équipe, si tu as la chance de jouer dans cette ligue, tu la prends. Mais les Red Wings, en plus... C'est une organisation au passé incroyable, très suivie. Il y a de jolis noms dans l'alignement. C'est vraiment cool.
Tu as pris le temps d'en parler autour de toi avant de te décider?
Oui. J'en ai parlé à mes parents, à mes proches, à mon agent. Ils étaient sincères dans leurs plans, et pour moi c'était le bon moment. Je voulais tenter ma chance.
On t'a fait comprendre qu'il y avait de la place pour ton profil?
On m'a dit qu'il y avait quand même de la place au centre pour un joueur comme moi. Drafté ou pas, ça ne changeait rien pour eux et c'est ce qui m'a plu. Si tu prends l'exemple d'Emmit Finnie, un choix de 7e ronde, il a joué la saison dernière avec les Red Wings. Peu importe d'où vient le joueur, ils donnent sa chance au gars. C'était une chance à prendre, en me disant que peu importe où je commence, en AHL ou en NHL, j'aurai l'occasion de me montrer. Évidemment, je dois le mériter et tout faire pour.
Commencer par la AHL, ce n'est pas un risque?
Non, ce n'est pas un risque. C'est l'occasion de me prouver quelque chose. Je ne me suis jamais imaginé, ces dernières années, commencer tout en haut. Peu importe où je vais, je veux entamer la saison fort, montrer de quoi je suis capable, et on verra comment ça se passe. J'ai toujours dit que je voulais tenter ma chance en NHL. Mais en disant ça, cela n'a jamais voulu dire arriver directement par la grande porte. Pour moi, c'était d'aller jouer en Amérique du Nord. Si ça passe par la AHL, je serai prêt à le faire.
Tu connais Detroit?
Je n'y suis jamais allé. Je connais un peu, parce qu'en vivant au Québec et en voyageant beaucoup aux États-Unis, je connais les villes américaines. Austin Czarnik, mon coéquipier à Lausanne, habite à Detroit et m'en a parlé un peu. Sinon, je sais à quoi ressemble la patinoire, car je regarde beaucoup les matches de NHL. Mais je ne connais pas les détails de la ville. J'ai aussi des amis qui ont joué dans le Michigan, une région de sport universitaire et de sport tout court.
On dort bien après avoir signé son premier contrat en NHL?
(rires) Oui, car j'ai eu un peu de temps pour m'en remettre. J'ai signé en fin d'après-midi, début de soirée. Mais pour être honnête, je n'arrivais pas à croire que j'avais signé. Entre le moment où j'ai renvoyé mon contrat signé et leur signature, il s'est passé une heure. L'annonce est venue juste après. Mais tant que ce n'était pas annoncé officiellement par Detroit, je ne réalisais pas vraiment. Je me disais qu'il pouvait toujours y avoir un problème. Et puis la nouvelle est tombée. C'était un soulagement, même si le plus dur reste à faire.
Et tes coéquipiers, comment ont-ils réagi?
Les gars savaient qu'il y avait une possibilité que je parte. Si une belle chance se présentait, j'y allais. Je suis très proche de tout le monde dans le vestiaire. J'ai envoyé un message dans le groupe avant que ça sorte, je crois que personne n'avait vu l'info avant, car ils dormaient (rires). Je pense qu'ils étaient déçus de me voir partir et contents pour moi à la fois. Depuis quelques jours, ils avaient une petite idée que ça pouvait arriver, j'en avais parlé à deux ou trois gars qui me demandaient si je partirais avant le 15 juin. Au début, je disais «non». Puis c'est devenu un «oui, peut-être». Depuis l'annonce, j'ai reçu beaucoup de messages de gens de Lausanne. C'était spécial, parce que je pense que tout le monde était déçu pour le LHC et content pour moi à la fois. Mais je n'ai reçu que des messages super positifs. Cela m'a fait énormément plaisir.
Et je parie que tu n'as pas encore pu répondre à tout le monde.
Non pas encore. Et il y a eu pas mal de messages pendant qu'on se parlait (rires).

