Quinze ans après le départ de son fils pour les États-Unis, Doris Josi savoure toujours chaque instant passé avec lui. Depuis que Roman Josi a rejoint les Predators de Nashville en 2011, les occasions de se retrouver en famille sont devenues rares. Alors, pendant la pause estivale de la NHL, chaque visite en Suisse est précieuse.
Mère et fils se retrouvent ce jour-là à Stettlen, où ils participent à une table ronde organisée par l'association «Future Now», animée par Nicole Berchtold. Ensemble, ils échangent sur un thème qui leur tient à cœur: la manière dont les jeunes sportifs peuvent apprendre à gérer la pression et à développer leur force mentale.
À ses débuts en Amérique du Nord, Roman Josi passait encore presque tout l'été en Suisse, parfois jusqu'à trois mois. Aujourd'hui, la donne a changé. Accompagné de son épouse Ellie Ottaway Josi et de leurs deux enfants, Luca (5 ans) et Ivy (3 ans), le capitaine de l'équipe de Suisse, âgé de 36 ans, ne reste plus qu'environ un mois à Berne. «Avec les enfants, tout est différent», explique la star de la NHL. Leur quotidien se déroule désormais près de Nashville, dans le Tennessee, à plus de 7000 kilomètres de Doris Josi.
«Il savait exactement ce qu'il voulait»
Si Roman Josi est devenu l'un des meilleurs défenseurs du monde et capitaine des Predators, il le doit autant à son talent qu'au soutien indéfectible de ses parents, Doris et Peter. «Dès l'âge de 13 ans, Roman savait exactement ce qu'il voulait. Toute sa vie était tournée vers son objectif de jouer un jour en NHL», raconte sa mère avec fierté. Jamais elle n'a eu besoin de le pousser. «Ce qui comptait avant tout pour nous, c'est qu'il prenne du plaisir. Nous n'avons jamais eu à le forcer à aller à l'entraînement. Il y allait toujours avec enthousiasme.»
Roman Josi mesure aujourd'hui pleinement ce que ses parents ont fait pour lui. «Ils m'ont permis de réaliser mon rêve. Ce n'est que depuis que je suis moi-même père que je comprends vraiment tout ce que cela représentait »
Jamais il n'a ressenti de pression de leur part. Ils l'ont toujours laissé choisir son propre chemin. À une exception près: il fallait bien que quelqu'un l'emmène à l'entraînement... et il adorait que ce soit sa maman.
Les sacrifices d'une mère
Doris Josi ne cache pas que les carrières sportives de ses deux fils – son aîné Yannick a lui aussi joué au hockey – ont demandé de nombreux sacrifices. «En tant que mère, j'ai souvent mis mes propres envies de côté. Le hockey prenait une place de plus en plus importante dans notre vie. Mais quand on voit à quel point ses enfants sont passionnés, on le fait volontiers.»
Ces sacrifices ont porté leurs fruits. Roman Josi s'est imposé depuis longtemps parmi les meilleurs joueurs de la planète. Mais cette réussite a aussi créé une distance géographique difficile à vivre. «On se téléphone au moins une ou deux fois par semaine», explique le défenseur suisse. Les messages WhatsApp complètent ces échanges réguliers.
Lorsque le calendrier le permet, Doris traverse l'Atlantique environ deux fois par saison pour passer une semaine auprès de son fils. «J'adore Nashville. Les Américains sont accueillants, ouverts et très sympathiques.»
«Gogo», la grand-maman préférée
Ce qu'elle apprécie le plus, c'est évidemment de retrouver ses deux petits-enfants. «Mes enfants débordent d'énergie... mais ma maman en a encore davantage!», plaisante Roman. Passer une journée entière avec Luca et Ivy n'effraie absolument pas Doris. «Les enfants sont toujours ravis d'être avec elle »
Les deux petits l'appellent d'ailleurs «Gogo». Un surnom né tout naturellement. «Quand Luca était tout petit, il n'arrivait pas à dire 'Grosi' (le diminutif de Grossmutter en Suisse alémanique). À la place, il disait toujours 'Gogo'. Nous avons trouvé ça tellement mignon que le surnom est resté », raconte Doris en souriant.
«Je ne m'y habituerai jamais»
Malgré les années, les séparations restent extrêmement douloureuses. «J'aimerais pouvoir être avec eux tout le temps, mais ce n'est tout simplement pas possible», souffle-t-elle. Quinze ans après le départ de son fils pour l'Amérique du Nord, rien n'a changé. «Je pensais qu'avec le temps je finirais par m'y habituer. Ce n'est toujours pas le cas.»
Roman connaît bien ces adieux. «Avant, maman pleurait à cause de moi. Aujourd'hui, elle pleure surtout à cause de ses petits-enfants», dit-il avec un sourire.
Malgré les milliers de kilomètres qui les séparent, Doris Josi demeure l'un de ses plus solides soutiens. «Si j'ai besoin de quoi que ce soit de la part de ma maman, je sais que je peux toujours compter sur elle. Peu importe la situation, elle sera toujours là pour moi.»
