Est-ce le souvenir du joueur encore trop présent? Est-ce la barbe grisonnante? Toujours est-il que Josh Holden n'a pas l'apparence de sa façon d'être. Sur la glace ce vendredi matin, il a donné un dernier entraînement à son équipe avant le début de la finale, samedi soir. Durant une heure, il a distillé les conseils et les tapes dans le dos de ses joueurs.
Au terme de la pratique, il s'est entretenu avec Julian Parée et Beni Waidacher, deux jeunes joueurs amenés à endosser des responsabilités en raison des différentes blessures. La discussion était posée et la main ne quittait pas l'épaule de son auditeur, à mi-chemin entre le grand-frère et le jeune papa. Au sortir de la glace, c'est un Josh Holden calme et souriant qui est venu nous parler.
«Nice to meet you, Gregory». Cela peut paraître tout bête, mais cette simple phrase a montré à quel point le Canadien était avenant. Bien loin de l'image que l'on peut avoir gardé de lui lors de son passage à Fribourg. Cela tombe bien, c'était prévu de lui en parler.
Josh, quand on te voit aujourd'hui, on a presque du mal à imaginer le joueur que tu étais. Tu comprends qu'on puisse être surpris?
Oui, je comprends. Sur la glace, je n'étais pas vraiment moi-même. Je m'étais créé une sorte d'alter ego. C'était presque une performance d'acteur (rires).
J'ai souvenir d'une bagarre lors d'un match amical...
Contre les Tchèques? (rires)
Exact.
C'est précisément ce dont on vient de parler. Une sorte de masque que tu mets au moment où tu rentres sur la glace. Je voulais qu'on me remarque, que les gens aient une réaction, positive ou négative. L'important, c'était de ne pas passer inaperçu. Je voulais que les gens dans l'autre équipe se disent tout de suite: «T'as vu le gars avec la barbe, là? Il faut faire gaffe». Et je crois que cela marchait pas mal (rires).
C'était une manière de te protéger ou plutôt de t'exprimer?
Un peu les deux. Mais surtout de m'exprimer différemment. Le hockey, c'est un sport où tu dois imposer ta présence. Moi, j'ai choisi de le faire comme ça. Avec beaucoup d'intensité. Mais oui, c'était un rôle de composition.
Aujourd'hui, tu es beaucoup plus calme, beaucoup plus posé. C'est le coach qui a changé l'homme ou l'inverse?
Je pense que le coaching m'a ramené vers qui je suis vraiment. Tu ne peux pas jouer un personnage tous les jours. Tu dois être authentique. Les joueurs sentent tout. Si tu n'es pas vrai, ça ne marche pas. Quand tu joues, tu as deux ou trois performances de deux heures par semaines. Tu peux demander à mes coéquipiers comment j'étais au quotidien. Les adversaires avaient juste une autre image de moi.
On t'a vu ce matin très proche de tes joueurs, presque dans un rôle de grand frère. C'est important pour toi?
Oui. Parce que je suis passé par là. Je sais ce que c'est de jouer une finale, d'avoir de la pression. Si tu rajoutes du stress, tu bloques les gars. Donc j'essaie d'être là, de les accompagner.
Tu parlais de rôle. Aujourd'hui, tu as l'impression d'être enfin toi-même?
Oui. Je suis beaucoup plus proche de qui je suis dans la vie. Comme père, comme ami. Je n'ai plus besoin de jouer un rôle pour exister. Quand tu deviens père, tu vois les choses différemment. Tu prends du recul. Tu comprends mieux les émotions, la pression. Et ça change aussi la manière dont tu parles aux joueurs.
Tu te retrouves parfois dans ces jeunes joueurs?
Oui, clairement. Je sais ce que ça fait d’être dans ce genre de situation. Si tu vas vers eux en leur disant: «Tu es en finale, tu dois performer», ça ne fait qu’ajouter du stress. Et quand tu stresses, tu serres ta crosse, ton corps se tend. Tu commences à avoir le souffle court. Donc nous, on essaie de les garder détendus et de les laisser jouer.
Fribourg, c'était ton premier contact avec la Suisse. Tu en gardes quoi?
Beaucoup de bons souvenirs. C'était une découverte totale pour moi. La ville, les gens… On a vraiment aimé vivre là-bas. Mes enfants étaient jeunes, mon fils a commencé le hockey là-bas. Tu crées des liens assez vite dans ce genre de situation. Je me souviens de nos nombreuses balades dans la vieille ville. C'était une magnifique première expérience en Europe. De ce genre d'étapes, tu gardes toujours des connexions. Des amis, des souvenirs. Ce n'est pas juste un club où tu as joué, c'est un endroit où tu as vécu.
Tu as même joué avec Julien Sprunger à l'époque.
Oui, il était très jeune. 19, 20 ans. Mais déjà très professionnel. Franchement, j'ai beaucoup de respect pour sa carrière. Rester dans le même club toute sa vie, être capitaine… c'est quelque chose de spécial.
Ça n'existe presque pas dans ta culture nord-américaine.
Non. Moi, j'ai grandi à Calgary, mais je n'ai jamais joué pour les Flames, l'équipe que je regardais en étant gamin. Tu ne choisis pas toujours — ou presque jamais — où tu vas jouer. Lui, il a pu vivre ça avec Fribourg. C'est une histoire incroyable.
Tu comprends l'émotion autour de lui aujourd'hui?
Bien sûr. Et je suis content pour lui. Vraiment. Après… j'espère juste que ça ne se termine pas comme ils le veulent (sourire).
Qu'est-ce qui te rend fier aujourd'hui?
Voir les joueurs progresser. Les voir prendre confiance. Ce n'est plus moi sur la glace, mais si eux réussissent, c'est ça qui me rend heureux.
Et dès ce samedi, la finale. Tu arrives à la vivre comme les autres matches?
On essaie. Si tu changes tout parce que c'est une finale, tu perds ton identité. Donc on reste simples.
Même toi, tu ne changes rien?
Non. J'essaie d'être le même tous les jours. C'est comme ça que le groupe fonctionne le mieux. Nous avons construit quelque chose tout au long de la saison. On gère l'équipe un peu comme des chiens en laisse: parfois on les retient, parfois on les lâche. Tout est dans le timing, savoir quand pousser et quand freiner.
Et maintenant, il faut pousser ou freiner?
Freiner un peu, car nous avons eu quasi une semaine de pause depuis notre qualification. Les joueurs préfèrent toujours jouer des matches. Et je crois qu'ils préfèrent patiner devant des gradins pleins qu'au son de ma voix et de mon sifflet (rires). C'est pour cela qu'il faut trouver le bon équilibre entre les deux vitesses.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |


