Daniel Carr est de retour en Suisse, après ses quatre saisons à Lugano marquées par des statistiques offensives impressionnantes (155 points en 185 matches) ! L’attaquant de 34 ans a signé pour une année avec le HC Ajoie et s’est déjà montré en forme lors de la pré-saison.
Alors que le club jurassien passe la semaine à Yverdon pour la Coupe des Bains (prochain match ce jeudi à 20h15 face à Bremerhaven), Blick a pu s’entretenir avec le Canadien aux 117 matches de NHL avec Montréal, Las Vegas, Nashville et Washington.
Très ouvert, l’ailier a notamment évoqué son modèle, son père Jim, lequel a été joueur de l’EHC Thoune dans les années 70. Un entretien au final fort sympathique, même si la toute première question a failli provoquer une faute de Carr de la part du journaliste de Blick!
Quel plaisir de te revoir en Suisse ! Tu aimes tellement notre pays que tu as décidé de revenir y jouer, même dans la bonne moins équipe de la ligue?
Je trouve ta question vraiment déplacée. Elle ne me plaît pas du tout. Franchement, ce n’est pas juste. Je suis très heureux d’être ici à Ajoie, pas seulement en Suisse. L’un des facteurs les plus importants pour moi a été de voir à quel point le HCA a progressé ces dernières années. Le club s’est beaucoup amélioré et je suis ici dans l’espoir de continuer à l’aider et, oui, de grimper au classement. L’organisation a fait énormément de très bonnes choses pour progresser et je suis heureux de faire partie de ce projet stimulant. Question suivante, merci!
J’avoue, c’était un peu provocateur, j’accepte les deux minutes de pénalité. Jesse Zrgaggen m’a dit voilà deux jours que vous aviez un objectif secret dans le vestiaire. Sans le révéler, donne-moi un indice s’il te plaît.
Je pense que les étapes franchies par le club jusqu’ici, et surtout celles que nous allons continuer à franchir ensemble, vont finir par produire des résultats. A l’interne, je peux te dire qu’on est très enthousiastes. Et même, reconnaissants.
Pourquoi?
Pour prendre mon cas personnel, l’organisation a été absolument incroyable avec ma famille et moi. J’ai envie de rendre ça sur la glace. La manière dont tout le monde nous a accueillis depuis notre arrivée a été parfait.
Tu vois, moi non plus je ne viens pas de cette région, mais cet accueil chaleureux, je le ressens à chaque fois que je viens voir un match et ce dès le parking. Et ce n’est vraiment pas le cas partout, pour rester poli. J’imagine que pour un joueur, c’est mille fois plus fort…. Tu peux me donner un exemple concret?
Il y a eu tellement d’exemples qu’il serait impossible de tous les citer. Allez, je t’en donne un. Ma femme et moi avons un fils de six mois. Quand nous sommes arrivés, ils avaient préparé un lit pour lui, une table à langer, ainsi qu’un petit jouet. Ca peut te sembler un petit geste, mais quand tu es père de famille et que tu arrives dans un nouvel endroit, ça te met à l’aise.
J’étais à la patinoire lors du match contre Rouen lundi et j’ai pu voir l’impact que tu avais sur ta nouvelle équipe. Tu t’attendais à être aussi affûté tout de suite?
Je vais te répondre comme ça : quand tu arrives dans un nouveau club, et je connais bien ce processus, c’est beaucoup plus facile de t’intégrer lorsque tout ce que tu vois autour de toi, ce sont des gens qui essaient de faire les choses de la bonne manière, sur la glace et en dehors. En tant que joueur, crois-moi, cela rend tout plus facile une fois que tu as mis les patins. Ca te donne de l’énergie, de l’enthousiasme, et du plaisir, tout simplement.
As-tu un objectif personnel de points cette saison? Ou même par match? Autrement dit, avant chaque partie, te dis-tu : «Ce soir, Daniel Carr doit avoir au moins un point au compteur?»
Non. Je pense que les points viennent de tout ce que tu fais par ailleurs, du processus. Tu ne peux pas le décréter. J’insiste : La production vient du processus. Je pense qu’il faut se concentrer là-dessus : bien travailler en équipe. Et lorsque l’équipe connaît du succès, généralement, les individualités connaissent aussi du succès. C’est donc davantage là-dessus que je me concentre.
Jesse Zgraggen m’a dit qu’il préférait t’avoir dans son vestiaire plutôt que dans celui d’en face, parce que tu es un «tough guy» comme lui. Ça te va comme définition?
Je suis aussi très heureux d’être dans le même vestiaire que Jesse, tu peux l’écrire (rires) ! Allez, oui, j’apprécie qu’il dise ça. Je vais te dire un truc : Jesse et moi avons failli nous battre pendant un match il y a deux ou trois ans.
Failli?
Je lui avais dit: «J’ai trop de respect pour toi pour me battre avec toi.» Et c’en était resté là !
Vous êtes tous les deux originaires de l’Alberta. Qu’est-ce que cette région représente pour toi?
C’est vrai, nous avons grandi dans le même coin, ou pas loin, et avons donc une manière similaire de voir le monde au déprt. Mais nous sommes tous les deux partis pendant très longtemps, et cela nous a permis à tous deux de découvrir différentes manières de voir les choses. Je trouve vraiment amusant d’avoir des discussions sur les différentes façons de jouer au hockey, ou même de vivre tout simplement, à travers le monde. Que ce soit en Alberta, en Suisse ou dans les différentes régions du Canada.
Est-ce que les enfants jouent toujours sur la glace dehors au Canada aujourd’hui?
Oh oui. Ça ne change pas.
Qui était ton modèle quand tu étais enfant en Alberta?
Mon père, Jim. Il a un peu joué en Suisse, d’ailleurs, et à haut niveau universitaire au Canada. Mon idole, c’était lui.
Pas Wayne Gretzky ou Mario Lemieux?
Non. Mon père.
Tu as toujours voulu être hockeyeur professionnel? C’était clair dès le début?
Oui, clairement. C’est toujours ce que j’ai voulu faire, aussi loin que je m’en souvienne.
Explique-moi ce que tu ressens quand tu joues ton premier match de NHL avec Montréal…
Absolument génial ! Toute ma famille était dans les tribunes et en plus je marque. Je ne serais jamais arrivé là sans les gens qui m’aiment, alors le fait qu’ils soient là, dans la patinoire, ça a rendu ce moment inoubliable.
Mais tu fais même mieux que marquer lors de ton premier match : tu marques lors ton premier shift, sur ton premier tir en NHL ! Tu sais si d’autres joueurs ont fait ça?
Mario Lemieux avec les Penguins, en tout cas, et bien d’autres. Oui, c’était un moment spécial !
Tu es un formidable joueur de hockey et tu as eu une très belle carrière. Mais je prends le risque de te fâcher comme à la première question : as-tu un regret concernant la NHL? Par exemple celui de ne pas avoir pu être dominant dans cette ligue?
Non, c’est une bonne question, intéressante. Il y a énormément de facteurs qui entrent en compte lorsqu’il s’agit d’avoir des opportunités en Amérique du Nord. Je suis très fier de la carrière que j’ai eue en tant qu’agent libre universitaire non drafté. Il y a cette expression : être au bon endroit, au bon moment, avec le bon entraîneur. On voit des joueurs qui ne sont peut-être pas aussi talentueux ou aussi habiles que d’autres, mais qui réussissent à construire de grandes carrières en NHL justement parce qu’ils se trouvent au bon endroit, au bon moment, avec le bon entraîneur et le bon groupe autour d’eux. Mais ils doivent quand même mériter cette chance. Je suis très fier de moi pour toutes les opportunités que j’ai continué à mériter en Amérique du Nord. Et même pour avoir gagné l’opportunité de revenir ici en Suisse. Ce n’est facile pour personne. Mon chemin, il me plaît.
Désolé pour cette question un peu enfantine, mais comment c’était de jouer avec Alexander Ovechkin, l’un des plus grands de l’histoire?
Une légende, tout simplement. J’ai joué mon dernier match en NHL avec lui, en play-off qui plus est. Ca aussi, ça restera à vie. j’ai même un maillot dédicacé par lui.
Et c’est à cette période de la vie que tu découvres la Suisse, plus précisément Lugano..
Et j’ai adoré, tout comme ma famille. Lugano, c’est un endroit formidable où vivre, qui restera toujours dans nos coeurs. Nous avons beaucoup d’amis là-bas qui seront des amis pour la vie. C’est agréable d’être de nouveau plus proches d’eux. Nous pourrons les voir davantage dans les mois à venir.
Et maintenant, tu vas te faire de nouveaux amis en Suisse romande ! Tiens, d’ailleurs, je ne t’ai même pas demandé, tu parles un peu français? Tu l’as appris un peu au Canada à l’école?
Un peu. Mais vraiment pas suffisamment pour avoir une conversation. Nous allons nous y mettre, j’espère progresser.
Est-ce que tu penses déjà à ton après-carrière?
Oui et non. Je verrai où la vie m’emmènera. J’ai un master en administration des affaires et un diplôme universitaire en économie.
Tu as signé une année en Ajoie. Tu t’imagines rester plus longtemps?
Oui, bien sûr. Comme je t’ai dit au début, nous aimons cet endroit. Les gens sont incroyables et nous sommes vraiment, vraiment heureux d’être ici.
Tu as de nouveaux coéquipiers de très haut niveau. Allez, je vais en citer deux : Jerry Turkulainen et Anttoni Honka. De quoi être optimiste pour la saison?
Tous deux sont vraiment de bons joueurs, mais nous avons aussi beaucoup d’autres gars qui n’ont pas encore eu énormément d’opportunités en National League. Mais je pense que s’ils continuent à travailler, et je sais qu’ils le feront, ils vont eux aussi devenir de très bons joueurs.
Quand on regarde ta carrière, tu as beaucoup bougé avant de te poser un peu à Lugano. C’est dur d’arriver dans un nouveau vestiaire à chaque fois?
C’est simplement le hockey professionnel nord-américain. À moins d’être l’un des dix ou douze meilleurs joueurs d’une organisation, tu es constamment un candidat, volontaire ou involontaire, au départ.
Mais est-ce facile ou difficile à vivre?
C’est vraiment difficile et ce n’est pas pour tout le monde. Je peux vivre avec une simple valise pendant un an et ça ne me dérange pas. On s’y habitue, on apprend à s’adapter et à faire les sacrifices nécessaires pour pouvoir pratiquer ce sport.
Si tu pouvais parler au Daniel de 8 ou 9 ans, tu lui dirais quoi?
J’aurais quelques mots de sagesse à lui donner qui lui feraient du bien, mais il n’y a pas grand-chose que je changerais, si c’est le sens de ta question. Même les choses pour lesquelles on se dit: «Ça aurait été plus facile si tu avais fait ceci ou cela…» Parce que ces situations, au final, elles m’ont servi. C’est facile de dire: «Ne fais pas ça, fais plutôt ceci.» Mais dans les moments où les choses sont vraiment difficiles et où tu rencontres beaucoup d’adversité, tu en apprends beaucoup sur la vie, sur toi-même et sur les personnes qui sont réellement tes amis. Je ne pense pas que je changerais quoi que ce soit à mon parcours. Je l’aime bien.
Trois ou quatre ans plus tard, quel regard jettes-tu sur cette période Covid qui t’a fait si mal?
C’était horrible. Mais encore une fois, tu apprends tellement sur la vie, sur la manière de surmonter l’adversité, sur les personnes qui sont tes amis et sur celles dont tu veux t’entourer dans la vie. J’ai beaucoup appris sur moi-même. J’ai énormément grandi en tant que personne et, aussi terrible que cela ait été, je suis au final reconnaissant d’avoir vécu cette expérience.
Philippe-Michael Devos m’a dit qu’il n’était pas certain de vouloir retourner au Canada, tellement il aime le Jura. Tu peux imaginer tomber amoureux du coin comme lui et ne pas rentrer à la maison?
Je pourrais tout à fait l’imaginer, mais, comme tout le monde le sait, dans la vie, il y a toujours d’autres facteurs qui viennent constamment influencer vos décisions. Nous aimons énormément la Suisse et nous sommes très reconnaissants d’être revenus. Notre fils a six mois et je pense que notre vie a déjà énormément changé depuis sa naissance. On verra.
Quand tu es retourné en Amérique du nord il y a une année, tu te disais que c’était ton dernier voyage à travers l’Atlantique?
Je savais que j’allais revenir en Suisse en famille pour voir nos amis. Mais, concernant le hockey, je n’en savais rien, ce n’était pas définitif. Quand nous sommes partis, nous savions que notre fils allait arriver et la décision d’aller en Amérique du Nord était celle qui était la plus pertinente pour nous à ce moment-là, en tenant compte des autres facteurs de la vie.
Peux-tu imaginer continuer à jouer au hockey pendant encore sept ou huit ans? Ou est-ce que ton corps te dira stop avant?
Je plaisante souvent en disant que je me sens plus jeune que 34 ans. Là aussi, on verra!
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | EHC Bienne | 0 | 0 | 0 | |
1 | EHC Kloten | 0 | 0 | 0 | |
1 | EV Zoug | 0 | 0 | 0 | |
1 | Genève-Servette HC | 0 | 0 | 0 | |
1 | HC Ajoie | 0 | 0 | 0 | |
1 | HC Ambri-Piotta | 0 | 0 | 0 | |
1 | HC Davos | 0 | 0 | 0 | |
1 | HC Fribourg-Gottéron | 0 | 0 | 0 | |
1 | HC Lugano | 0 | 0 | 0 | |
1 | Lausanne HC | 0 | 0 | 0 | |
1 | SC Berne | 0 | 0 | 0 | |
1 | Rapperswil-Jona Lakers | 0 | 0 | 0 | |
1 | SCL Tigers | 0 | 0 | 0 | |
1 | ZSC Lions | 0 | 0 | 0 |

