Mercredi, toute la presse réunie à l'entraînement de Fribourg Gottéron semblait ne vouloir parler qu'à une personne: Julien Sprunger. Logique, en un sens, puisque le capitaine des Dragons va disputer la finale pour sa dernière «quête» en carrière. Durant plus d'un quart d'heure, «Mr Gottéron» - comme l'a appelé un confrère bernois - a raconté ce qu'il vivait et comment il le vivait. Ce n’est plus vraiment son histoire. Pas uniquement. À quelques jours de sa dernière finale, Julien Sprunger a vu quelque chose changer: Fribourg ne joue plus pour lui, mais avec lui.
Après un premier tour très tendu contre Rapperswil avec des émotions négatives, le changement est radical et les Dragons ne jouent pas pour ne pas perdre comme face aux Saint-Gallois, mais pour gagner. De quoi être plus serein du côté de Julien Sprunger… sauf lorsqu'il a dû rester chez lui pour un match lors de la série face à Genève. Lors de cette interview, c'est lui qui a posé la première question.
Julien Sprunger: Au début de ma carrière, tous les journalistes écrivaient ce que je disais. Vous enregistrez tous?
On dirait. Et avec la nouvelle technologie, on n'a même plus besoin de tout retranscrire manuellement.
Bientôt, vous n'aurez plus besoin de faire des interviews… Bon moi, c'est pour tout bientôt (rires).
Plus sérieusement, à quelques jours de la finale, dans quel état d'esprit es-tu?
Pour l'instant, on est encore assez calmes. On a eu deux jours de congé, ça a fait du bien de couper, surtout mentalement. Aujourd'hui (ndlr mercredi) c'était presque une remise en route, retrouver la glace, les sensations. Les vraies discussions sur Davos commencent maintenant.
Couper mentalement, c'est vraiment possible dans un moment pareil? J'imagine que tout le monde ne te parle que de ça...
C'est ça le piège. Même si toi tu essaies de faire abstraction, tout le monde t'en parle. Tu ne peux pas nier que tu y penses. Une finale, c'est une finale. Mais on essaie de rester focalisés sur ce qu'on peut contrôler: le prochain match, pas la fin de l'histoire.
Après la qualification, tu as dit que cette finale était méritée. Pourquoi?
Parce qu'on l'a construite. Sur 52 matches, on finit deuxièmes. On a battu tout le monde. Et surtout, on est allés la chercher. On sort Genève, une équipe contre qui on avait de la peine en play-off. Personne ne nous a fait de cadeau.
En début de saison, tu parlais déjà de titre. Tu y croyais vraiment?
C'était un objectif, oui. Tu peux demander à toutes les équipes, elles seront 10 ou 12 à en parler avant la saison. Mais il y avait beaucoup d'inconnues: nouveau coach, nouveaux joueurs… Tu ne sais jamais si la mayonnaise prend. Mais au final, tout le monde a ce rêve. Aujourd'hui, on y est.
Toi, tu as vécu 2013. Qu'est-ce qui change?
Déjà, tu ne sais jamais combien de finales tu joueras dans une carrière. Et puis une finale, c'est autre chose: il n'y a plus qu'un seul match en Suisse, tout le monde regarde. Mais il ne faut pas penser trop loin, rester dans le présent.
Avec toute l'euphorie à Fribourg, c'est gérable?
C'est difficile, mais c'est surtout beau. Les gens sont derrière nous, ils vivent ça à fond. Il faut prendre cette énergie. C'est quand même plus agréable que quand tu dois te justifier après une élimination.
Durant la demi-finale, tu as manqué un match. Tu n'étais pas présent à Genève, non?
Exact, j'étais à la maison.
Quand tu regardes un match depuis chez toi, tu vis ça comment? Comme un supporter des Dragons, un hockeyeur ou un coéquipier?
C'était horrible (rires) et presque plus stressant que sur la glace. À la maison, je suis entouré de supporters, ça crie tout le temps! Moi, j'intériorise, mais j'analyse tout. Je ne peux pas juste regarder comme un fan. Un joueur prend un puck, je regarde s'il a l'air blessé. S'il est de retour pour le shift suivant. Je regarde les aspects tactiques et plein de petites choses. Faudra que je m'y habitue bientôt.
Et à Fribourg, tu n'es pas du genre à aller dans les places debout comme d'autres l'ont fait?
Non, je n'aurais aucun souci. J'ai toujours eu envie d'avoir ce côté accessible, cette proximité avec tout le monde. Quand on parlait de mon futur, j'ai toujours dit que j'avais envie de continuer à donner quelque chose aux gens. Mais depuis le premier jusqu'au dernier rang et en passant par tous les étages. C'est très important pour moi. Mais après, j'ai 40 ans (rires). Et à 40 ans, je crois que les gens commencent à chercher des places assises plutôt que d'être au beau milieu des ultras. Mais je crois que je serais à l'aise partout.
On a beaucoup parlé de ta dernière saison. Tu sens une évolution en ce qui concerne les énergies entourant cette retraite? Entre les émotions négatives du début et la pression, y a-t-il eu un changement aujourd'hui?
J'y pensais justement hier soir. Oui. En quart de finale, c'était très émotionnel. Le tifo, ma famille, l'idée que ça pouvait être mon dernier match… Ça m'a beaucoup touché. Et aujourd'hui, j'ai l'impression que c'est devenu plus collectif. On ne joue plus «pour Julien», mais pour le club, pour le canton. Et ça, ça me soulage.
Comment as-tu vécu cette série contre Rapperswil?
Émotionnellement, c'était très chargé. Ça m'a beaucoup remué. Et puis j'ai commencé à ruminer. Après, bien sûr, tu te dis, on a eu une super saison. Moi, j'ai eu une carrière géniale. Mais je n'avais pas envie de finir un lundi soir pluvieux à Rapperswil. C'est vrai que cela me trottait dans la tête et j'étais peut-être un peu bloqué là-dessus. Après, quand on a passé les quarts, on savait aussi que cet échec sportif était derrière nous. Parce que la demi-finale, maintenant, ça peut jouer sur un détail, un petit truc. On avait atteint la demi-finale pour ma dernière saison. Ce n'était pas l'objectif final, mais quand même. C'était déjà une plus grande réussite et donc un soulagement. Je me sentais quand même beaucoup plus léger contre Genève.
Tu arrives mieux à gérer ces émotions aujourd'hui?
Oui, mais certaines choses étaient nouvelles et inconnues. Le tifo, tout ce qui s'est passé autour de moi… ça m'a vraiment brassé. En même temps, je ne voulais pas me fermer à ça. J'avais envie de le vivre à fond parce que ça fait partie des choses que j'ai envie de prendre avec moi. Et dans le même temps, je n'avais jamais dû gérer ça. En presque 25 ans, j'en ai vécu des choses, des blessures, des victoires, des défaites. Ce sont des choses que je maîtrise et je sais ce qu'il faut dire pour les encaisser. Mais quand tu es une minute avant le début d'un match et que tu vois tout ça... Ça te touche.
Tu ne t'y attendais pas?
Je savais qu'il y avait quelque chose de prévu, mais je ne savais pas que ça allait être un truc pareil (rires). Je ne pensais pas que ça allait me brasser autant de voir ces images avec Andrei (ndlr Bykov), avec Beni (ndlr Plüss), la victoire à la Spengler. Partout où je regardais, il y avait des gens de ma famille. Il y avait mes enfants sur la glace qui accueillaient les top scorers. Ça faisait beaucoup. Vraiment beaucoup. Donc oui, ça m'a touché comme jamais. Mais c'est vrai qu'après, d'un point de vue sportif, ce n'était pas facile.
On sent un groupe très fort. Il y a eu un déclic?
Le coach a fait un énorme travail. Dès le début, il a insisté sur une chose: pas de différences entre les joueurs. Tout le monde sur un pied d'égalité. Et ça se ressent aujourd'hui.
C'est différent de 2013 dans l'approche?
Oui. À l'époque, on fêtait chaque étape. Aujourd'hui, le club a grandi. On ne veut plus juste aller loin, on veut gagner.
Même dans les détails, ça se sent?
Oui, car finalement le statut de Gottéron a également changé. Les ambitions du club, avec l'arrivée de la nouvelle patinoire, ont aussi changé. Sur les trois dernières saisons, on a fait deux demi-finales et une finale. Fribourg fait partie des équipes qui jouent le haut du classement. Et cela se voit même dans la gestion de cette finale. Après une qualification, on boit une bière, on rentre chez nous. Avant, on faisait la fête. Aujourd'hui, c'est plus maîtrisé. Tout est plus professionnel qu'à l'époque.
Ton rôle dans ce club, tu l'as construit sur la durée…
Oui, ça ne s'est pas fait du jour au lendemain. Représenter Gottéron, ce n'est pas seulement sur la glace, c'est 365 jours par année. J'essaie de représenter le club, ses valeurs et de donner la meilleure image possible de ce club. J'ai évolué avec Fribourg Gottéron aussi. J'ai commencé tout en bas. Au début, on a eu des années difficiles. J'ai beaucoup appris des joueurs qui étaient plus âgés, plus expérimentés. Et puis je pense que ça fait partie de ma personnalité aussi. J'apprécie ça, j'aime ça. J'aime aller au contact. prendre mes responsabilités, quand ça va bien et quand ça va moins bien.
Tu sais déjà ce que tu feras après ta carrière?
Pas encore. On a un peu discuté, mais j'ai tout mis de côté pendant les play-off. J'ai envie de continuer à donner, d'avoir un rôle actif. On verra ça après. Pour l'instant, je n'ai pas de rôle clair. J'ai essayé d'aider ce club durant presque 25 ans sur la glace. J'ai envie de continuer à donner en dehors de la glace. Je pense que j'ai encore pas mal à donner, mais différemment. Je pense qu'on va discuter au mois de mai.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |

