Lausanne - Genève 11-0
Le jour où le derby est devenu irrationnel

À compter de ce samedi, Genève-Servette et le Lausanne HC se croiseront en play-off pour la première fois de l’histoire à ce niveau. Cette saison, une victoire vaudoise 11-0 face aux Genevois aurait pu tout changer. Coup d’œil dans le rétro.
Photo: keystone-sda.ch
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Le 17 septembre dernier, on entendait les mouches voler dans les couloirs des Vernets. À cette époque, la vénérable (mais vétuste) patinoire du Genève-Servette était en chantier. Et sur la glace, personne n’était enchanté. Pourquoi? La veille, les Aigles étaient repartis grenat de honte de Lausanne où ils avaient perdu 11-0 face au frère ennemi lausannois. De mémoire de supporters du GSHC, il était impossible de se rappeler de pareille humiliation.

Alors forcément, le lendemain, tout le monde avait la gueule de bois après avoir bu la tasse dans un derby lémanique chaotique. Paradoxalement, c’est à se demander si, ce jour-là, la saison des Genevois n’a pas basculé. «Quel bon vent vous amène?» Au moment de l’interview après le fiasco, le coach Yorick Treille maniait l’ironie comme un moyen de dédramatiser. Ou comme une protection. C’est possible également. Même si son équipe avait perdu les pédales la veille, il croyait encore fermement que le vestiaire était encore derrière lui et comptait sur la responsabilité individuelle pour faire oublier. Trois semaines plus tard, c’est lui qui a pris un vent qui n’avait rien de bon, puisqu’il a été chassé du banc. Conséquence indirecte de ce fiasco chez le voisin honni.

«Un point noir dans l’histoire»

«Cela reste un point noir dans l’histoire du club.» Six mois plus tard, la défaite 11-0 à Lausanne n’a pas été digérée par Marc Gautschi, bâtisseur d’un Genève-Servette qui s’est écroulé l'espace d’une soirée. «Ce qui est le plus surprenant, c’est que Lausanne ne nous a pas marché dessus non plus. Mais c’était une de ces soirées durant lesquelles tout a fonctionné pour eux. Et de notre côté, c’était tout l’inverse.» Et le dirigeant a raison dans son analyse à tête reposée. 

Cette claque a rougi les joues genevoise. Et même si le lendemain, la trace de la patte des Lions n’était plus visible, la séquelle a mis du temps à se cicatriser tant la défaite a fait mal. Une défaite qui avait fait date. Forcément. Peu habitué à mâcher ses mots, Noah Rod avait d’ailleurs réagi à chaud après cette rencontre. «C'est le pire match de notre carrière, pour toute l'équipe. C'est inacceptable de se présenter comme cela. Je ne sais pas trop que dire à part qu'on était dégueulasses.»

Et cette rencontre, tout au long de la saison, a servi de marqueur. Le point noir est devenu repère historique. Comme un moment que l’on ne veut plus revivre. «Quand tu dois rentrer sur la glace et qu'il y a ce score, avec 10 minutes à jouer, ta fierté prend un coup. C'est vraiment la honte de jouer un match quand tu perds 11-0. Ça ne doit pas arriver et je m'en souviendrai», avait d’ailleurs prévenu Noah Rod. 

«C’était important de gagner à Lausanne»

Encore fallait-il exorciser les démons nés ce soir de septembre qui sonne, aujourd’hui, comme une rature dans le championnat. Car après s’être séparé de Yorick Treille, Genève-Servette a repris une direction plus en adéquation avec ses ambitions d’avant-saison et la qualité de son contingent. Cela ne s’est certes pas fait sans mal. Il y a notamment eu un tournant - encore un - fin janvier. À cette époque, les Grenat ont redressé la barre alors que tous les signaux étaient au rouge.

Contre qui l’ont-ils fait? Contre le LHC, bien entendu. Une victoire 7-3 qui sonnait, à l’époque, comme un coup de point sur la table. Lorsque Noah Rod disait que cela ne devait plus jamais se passer, il a tenu parole. «Après cette claque, c’était surtout important de gagner contre Lausanne, précise Marc Gautschi. Mias, c’était également primordial de le faire chez eux.» 

Ce qui fut également le cas le 14 janvier. Une victoire 0-3 dans une Vaudoise aréna chassée de ses fantômes du mois de septembre. «Je pense que même si nous avions gagné nos deux matches à la maison, les gars avaient encore dans un coin de la tête le premier match à Lausanne», poursuit Marc Gautschi. Ce jour-là, rien ne semblait indiquer que les deux formations lémaniques allaient se croiser en play-off. Mais les dynamiques se sont lenement - mais sûrement - inversées après ce 11-0. Le GSHC a remonté la pente, tandis que le LHC a, petit à petit, perdu du terrain. «C’est important d’avoir la mémoire courte dans une saison, poursuit le dirigeant de Genève. Ça l’est d’autant plus lorsqu’une débâcle comme celle-ci arrive. Il faut être capable d’oublier et de passer à autre chose.»

«Ce match est toujours avec moi»

À ce stade, une question aux Vaudois s’impose. Avec du recul, ce match a-t-il eu un impact sur la suite de la saison et sur la dynamique des uns et des autres? Preuve que les émotions sont à fleur de peau, personne du côté de la Vaudoise aréna n’a voulu revenir sur cette soirée. Là où Noah Rod, guerrier comme à son habitude, se réjouit d’affronter le LHC, les Lions, eux, jouent profil bas.

Alors assistant de Yorick Treille lors de cette soirée en enfer, Ville Peltonen est aujourd’hui entraîneur principal. Il n’a pas oublié. «Une humiliation est parfois un bon moyen de lancer quelque chose de nouveau, nous confie-t-il. J’espérais que nous apprenions rapidement de cette rencontre. Mais nous avons encore perdu 8-0 quelques jours plus tard.» Comment l’explique-t-il? «C’est un rappel de l’importance d’être prêt à jouer de manière constante. Est-ce que je comprends ce qui est arrivé? Peut-être. Mais je ne veux surtout pas accepter! Ce qui s’est produit n’est pas acceptable et j’ai la certitude que nous avons gagné en humilité à cette occasion.» 

Ce qui ne tue pas rendrait donc plus fort? «En tant qu’équipe, cela nous a montré à quel point nos standards devaient être élevés», poursuit le coach finlandais. Mais il refuse d’ne faire un élément fondateur de la bonne fin de saison de son équipe. «Comme je ne me projette pas trop dans le futur, je refuse de regarder trop dans le passé.»

Le technicien nous fait tout de même une confession: «J’ai revu ce match, mais je l’ai surtout dans mon sac à dos en permanence. Ce 11-0 est au quotidien avec moi. C’est un bon moyen pour moi de garder les pieds sur terre et de me rappeler d’où l’on revient.» Et, si besoin, un joker à sortir devant son équipe. «Ce jour a une vraie importance dans notre saison. Il nous a peut-être permis de retrouver une raison de nous entraîner pour devenir meilleur chaque jour. Et ce processus a encore lieu en ce moment. C’est une course pour progresser encore jusqu’au début de la série face à Lausanne.»


On a pour habitude de dire qu’il vaut mieux perdre une fois 11-0 que onze fois 1-0 dans pareilles circonstances. Cette saison, Genève-Servette a parfaitement appliqué ce principe élémentaire de tout sportif professionnel. 

National League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
HC Davos
HC Davos
52
71
117
2
HC Fribourg-Gottéron
HC Fribourg-Gottéron
52
46
100
3
Genève-Servette HC
Genève-Servette HC
52
15
91
4
ZSC Lions
ZSC Lions
52
32
91
5
HC Lugano
HC Lugano
52
30
89
6
Lausanne HC
Lausanne HC
52
18
85
7
Rapperswil-Jona Lakers
Rapperswil-Jona Lakers
52
-4
81
8
EV Zoug
EV Zoug
52
-19
75
9
SC Berne
SC Berne
52
-10
68
10
EHC Bienne
EHC Bienne
52
-22
67
11
SCL Tigers
SCL Tigers
52
-7
64
12
EHC Kloten
EHC Kloten
52
-26
63
13
HC Ambri-Piotta
HC Ambri-Piotta
52
-49
59
14
HC Ajoie
HC Ajoie
52
-75
42
Playoffs
Barrages qualificatifs
Barrages de relégation
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