Il y a des moments qui sont plus faciles que d’autres pour réaliser un shooting photos. Samedi après-midi, le «mot de passe» Julien Sprunger a facilité l’accès à l’une des plus belles vues sur la ville de Fribourg: La terrasse de l’Auberge des Quatre-Vents. Avec le Pont de la Poya et la Cathédrale en arrière-plan, l’endroit était parfait pour immortaliser le premier titre de l’histoire de Fribourg Gottéron. Forcément, le capitaine des Dragons ne passe pas inaperçu avec la Coupe de champion de Suisse dans les bras.
«Déjà en temps normal, c’est difficile de faire deux pas sans être arrêté, mais depuis jeudi, c’est à un autre niveau.» Habitué à représenter Gottéron depuis un quart de siècle, il ne refuse jamais la moindre sollicitation. Et ce n’est pas un hasard si le shooting organisé se transforme en séance d’autographes et de photos. Julien Sprunger n’en refusera aucune. Comme toujours.
À deux pas, sa femme, Valentine, attend avec leurs deux enfants. «On l’a quand même vu un peu depuis le titre, rigole-t-elle. Je crois qu’il a tout de même eu besoin de dormir un peu. Les festivités ne sont pas terminées.» La petite famille se prêtera avec plaisir à une séance photos. «Mettez vos maillots, les enfants», a-t-elle lancé avant de prendre la pose. Des maillots de Julien Sprunger, évidemment.
Au milieu de tout cette effervescence, Julien Sprunger se pose. Et raconte ces trois derniers jours de folie, lui qui est officiellement retraité du hockey du glace depuis le 1er mai à minuit.
Julien, que s’est-il passé depuis ce titre?
C’était intense (rires). Il y a eu énormément de fête, forcément, pour profiter du moment. Ce qui était sympa aussi, c’est qu’au début on était un peu «entre nous»: dans le vestiaire, dans le car, à l’arrivée à la patinoire. Même s’il y avait un monde fou, on a fini quasiment toute la nuit dans le vestiaire avec des proches. Et depuis, c’est un bain de foule permanent. On n’a pas dormi, on a voulu manger une pizza sur une terrasse… impossible. Les gens viennent, regardent la Coupe, nous félicitent. Mais c’est beau. C’est une vraie communion. On sent que ça touche tout le canton.
On imagine que c’est un moment visualisé mille fois en étant gamin. C’était encore mieux en vrai?
Oui. Je l’ai rêvé, je l’ai espéré. Mais tant que tu ne l’as pas, tu évites d’y penser pour ne pas être déçu. C’est ce que j’ai fait pendant ces play-off. Et au final, c’est encore plus beau que ce que j’avais imaginé. La parade devant 80’000 personnes en ville de Fribourg… On a reçu tellement d’amour.
Et à titre personnel, difficile d’imaginer meilleur scénario…
Franchement, le script est fou. Tu joues 1186 matches et le dernier t’amène ce titre… c’est un rêve. Si on m’avait dit au début qu’il fallait jouer 24 ans et faire tous ces sacrifices pour y arriver, je l’aurais fait sans hésiter. Cela valait chaque goutte de sueur et chaque effort tellement le résultat est beau. Mais quand tu es au 1186e et que tout se joue sur une soirée, c’est complètement dingue. Et ça rend l’histoire encore plus belle.
Dans les jours précédents, tout le monde a dû essayer de se montrer rassurant…
Oui. On me disait que même sans titre, j’aurais marqué l’histoire. Mais au final, tu fais du sport pour gagner. Et Fribourg traînait cette étiquette de «perdants magnifiques» depuis tellement longtemps… Passer dans une autre dimension, ça change tout. J’ai reçu des messages de partout, même de capitaines d’autres équipes, de gars que je ne connais pas. Les gens réalisent à quel point c’est difficile et ce qu’on a accompli.
1186 matches et pas un de plus. Voici le nombre de rencontres disputées par Julien Sprunger en carrière. Toutes l’ont été avec un seul maillot, celui de Fribourg Gottéron. Mais le capitaine des Dragons a dû attendre son ultime sortie pour triompher, un quart de siècle après son tout premier coup de patin dans l’élite. Un destin incroyable pour celui qui a tout donné à son club de toujours, ne le quittant jamais, même lorsque des propositions lucratives étaient sur la table.
S’il n’avait plus la vélocité de ses 20 ans sur la fin de sa carrière, Julien Sprunger n’en a pas moins participé activement au titre. Lors de la finale face à Davos, il a même inscrit un but décisif durant une prolongation dans les Grisons. Cette réussite n’était autre que sa 414e dans l’élite. Il a distribué pile le même nombre de passes décisives. Avec un titre national, une Coupe Spengler et 828 points dans l’élite, Julien Sprunger peut partir à la retraite avec le sentiment du devoir accompli. «Ma mission est terminée», avait-il d’ailleurs joliment résumé jeudi dernier, soir du titre.
1186 matches et pas un de plus. Voici le nombre de rencontres disputées par Julien Sprunger en carrière. Toutes l’ont été avec un seul maillot, celui de Fribourg Gottéron. Mais le capitaine des Dragons a dû attendre son ultime sortie pour triompher, un quart de siècle après son tout premier coup de patin dans l’élite. Un destin incroyable pour celui qui a tout donné à son club de toujours, ne le quittant jamais, même lorsque des propositions lucratives étaient sur la table.
S’il n’avait plus la vélocité de ses 20 ans sur la fin de sa carrière, Julien Sprunger n’en a pas moins participé activement au titre. Lors de la finale face à Davos, il a même inscrit un but décisif durant une prolongation dans les Grisons. Cette réussite n’était autre que sa 414e dans l’élite. Il a distribué pile le même nombre de passes décisives. Avec un titre national, une Coupe Spengler et 828 points dans l’élite, Julien Sprunger peut partir à la retraite avec le sentiment du devoir accompli. «Ma mission est terminée», avait-il d’ailleurs joliment résumé jeudi dernier, soir du titre.
C’est possible de prendre cinq minutes pour se poser avec les proches, ces jours?
Pas vraiment (rires). On a eu un petit moment à la maison vendredi, mais on était tellement fatigués qu’on s’est couchés directement. Sinon, non. J’essaie de répondre à tous les messages, j’en ai encore des centaines. J’aimerais répondre à tout le monde. Mais je n’ai pas besoin de me reposer maintenant. Je le ferai après. Là, je profite. C’est que de l’amour, que du positif. Franchement, je n’ai rien eu de négatif. C’est fou.
Ces play-off ont paru terriblement usant émotionnellement…
Oui, énormément. Ça m’a vraiment travaillé. J’ai commencé à ruminer pendant la série contre Rapperswil en quart de finale. Je me disais qu’on avait fait une super saison, que j’avais eu une belle carrière… mais je n’avais pas envie de finir un lundi soir pluvieux là-bas. Et c’était une vraie possibilité. Ça me trottait dans la tête. J’étais peut-être un peu bloqué là-dessus. Après les quarts, ça s’est libéré. On savait que cet échec-là était évité. Atteindre la demi-finale pour ma dernière saison, c’était déjà quelque chose. Et je me suis senti beaucoup plus léger contre Genève.
De l’extérieur, on a senti un Julien Sprunger plus libre. Pourtant, la retraite était déjà sur la table il y a un an…
Oui, j’ai vraiment hésité à arrêter. Je me suis posé beaucoup de questions. J’ai eu une longue discussion avec Roger Rönnberg (ndlr Le nouvel entraîneur de Fribourg cette saison) pour savoir si j’avais encore ma place, si ça valait la peine de continuer. Et je me suis dit que je me donnais encore une chance. La dernière. Avec le recul, c’était la meilleure décision de ma vie. On ne peut pas rêver mieux. Finir comme ça… c’est le rêve ultime.
Et maintenant, depuis vendredi matin 1er mai, c’est la vraie retraite…
Oui… Mais mes premiers jours de retraité ne sont pas les jours les plus calmes de ma vie (rires).
Samedi, tout le canton de Fribourg n’a pensé qu’à une chose: le sacre de Gottéron. Ils étaient des dizaines de milliers à converger vers la patinoire pour célébrer les héros. Une liesse qui avait commencé deux jours plus tôt, le soir du titre. Ils étaient près de 10’000 dans l’arène et deux ou trois fois plus à l’extérieur, alors que leur équipe jouait à Davos. «C'est symbolique de Fribourg, remarque Alain-Jacques Tornare, historien spécialisé dans le canton. Le public a chanté Le ranz des vaches après la victoire. Une chanson qui puise ses racines en Gruyère.» Car oui, ce n’est pas le titre de Fribourg, mais le titre des Fribourgeois. «Avec la fondue, c'est l'un des rares dénominateurs communs, poursuit l'historien. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le hockey et le mets au fromage sont liés.» Et ce n’est pas non plus un hasard si les 101 derniers matches des Dragons se sont disputés à guichets fermés.
Mais samedi, la fondue n’était pas au centre de l’attention. C’est bien Gottéron qui tenait le haut de l’affiche. Sur le parcours de la parade, ils étaient 80’000 à saluer le sacre historique. Comment expliquer cette ferveur? L’absence de titre y est pour quelque chose. Mais pas que. «Tout le monde a en tête les images des Augustins en Basse-Ville, remarque-t-il. Ces habitants qui ont fondé ce club en patinant sur des étangs gelés. C'est une narration forte et un facteur d'identification important. Et c'est pour cela qu'un joueur tel que Julien Sprunger est tant apprécié. Il représente ces pionniers qui ont fondé le club. Car si l'on y réfléchit bien, c'est une équipe de mercenaires, au fond. Et pourtant, dans notre imaginaire collectif, c'est un club fribourgeois avec des Fribourgeois.» Et ce n’est pas un hasard si les Julien Sprunger, Nathan Marchon, Benoît Jecker, Christoph Bertschy, Andrea Glauser et autres Jan Dorthe sont à ce point appréciés, ces «Dzos» qui représentent fièrement ce club. Et qui sont aujourd’hui champions de Suisse pour Fribourg, là où un tel titre à une saveur plus forte qu’à Zurich, Berne ou Genève.
Samedi, tout le canton de Fribourg n’a pensé qu’à une chose: le sacre de Gottéron. Ils étaient des dizaines de milliers à converger vers la patinoire pour célébrer les héros. Une liesse qui avait commencé deux jours plus tôt, le soir du titre. Ils étaient près de 10’000 dans l’arène et deux ou trois fois plus à l’extérieur, alors que leur équipe jouait à Davos. «C'est symbolique de Fribourg, remarque Alain-Jacques Tornare, historien spécialisé dans le canton. Le public a chanté Le ranz des vaches après la victoire. Une chanson qui puise ses racines en Gruyère.» Car oui, ce n’est pas le titre de Fribourg, mais le titre des Fribourgeois. «Avec la fondue, c'est l'un des rares dénominateurs communs, poursuit l'historien. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le hockey et le mets au fromage sont liés.» Et ce n’est pas non plus un hasard si les 101 derniers matches des Dragons se sont disputés à guichets fermés.
Mais samedi, la fondue n’était pas au centre de l’attention. C’est bien Gottéron qui tenait le haut de l’affiche. Sur le parcours de la parade, ils étaient 80’000 à saluer le sacre historique. Comment expliquer cette ferveur? L’absence de titre y est pour quelque chose. Mais pas que. «Tout le monde a en tête les images des Augustins en Basse-Ville, remarque-t-il. Ces habitants qui ont fondé ce club en patinant sur des étangs gelés. C'est une narration forte et un facteur d'identification important. Et c'est pour cela qu'un joueur tel que Julien Sprunger est tant apprécié. Il représente ces pionniers qui ont fondé le club. Car si l'on y réfléchit bien, c'est une équipe de mercenaires, au fond. Et pourtant, dans notre imaginaire collectif, c'est un club fribourgeois avec des Fribourgeois.» Et ce n’est pas un hasard si les Julien Sprunger, Nathan Marchon, Benoît Jecker, Christoph Bertschy, Andrea Glauser et autres Jan Dorthe sont à ce point appréciés, ces «Dzos» qui représentent fièrement ce club. Et qui sont aujourd’hui champions de Suisse pour Fribourg, là où un tel titre à une saveur plus forte qu’à Zurich, Berne ou Genève.
Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°19 de «L'illustré», paru en kiosque le 7 mai 2026.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |