Fribourg Gottéron: Gerd Zenhäusern à l'interview
«La finale valide la vision, mais ne change rien à notre projet»

Fribourg Gottéron va disputer la cinquième finale de son histoire. À quelques jours du début des hostilités, Gerd Zenhäusern, directeur sportif des Dragons, a pris le temps de répondre à nos questions.
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Gerd Zenhäusern est directeur sportif depuis deux ans désormais.
Photo: keystone-sda.ch
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Grégory BeaudJournaliste Blick

C'est une image furtive qui est apparue sur les réseaux sociaux du club. Alors que la patinoire était en liesse pour fêter la qualification pour la finale, Gerd Zenhäusern attendait dans le couloir menant au vestiaire, visiblement très ému. Discret travailleur de l'ombre, le Haut-Valaisan n'est pas forcément un habitué des projecteurs.

Quelques heures avant ce dénouement heureux, il confiait sa nervosité aux journalistes. «Mais je suis toujours nerveux», rigolait-il. Même avant le premier match de la saison régulière. Même avant un amical à La Vallée de Joux en août? «Aussi, mais un peu moins.» Un sujet tout trouvé pour lancer une discussion avec le directeur sportif des Dragons.

Gerd, on est à trois jours du début de la finale, comment tu te sens? Nerveux?
Non, pas encore. Là, on est plutôt dans la planification, dans tout ce qu'il y a à mettre en place. Le stress du match, il n'est pas encore là. Ça viendra plus tard. Pour l'instant, on organise, on anticipe, on prépare. C'est un autre type de pression.

On t'a vu très ému après la qualification. C'était vraiment le cas?
Non, ça a été mal interprété. J'ai cligné des yeux et ça a donné cette impression. Mais non, ce n'était pas de l'émotion comme on a pu le dire. J'étais surtout content, soulagé. Dans mon coin, j'ai levé les bras et j'ai respiré. C'était plus un apaisement, le fait de savourer l'ambiance, le bruit, les gens. Mais pleurer ou être submergé, non. Pas encore en tout cas.

Cette finale, c'est déjà l'aboutissement du projet que tu avais présenté au conseil d'administration lors de ton engagement? Ou au contraire cela va presque «trop vite» si j'ose dire.
Non, ce n'est qu'une étape. Bien sûr que c'est une satisfaction parce que ça valide une direction. Ça nous crédibilise. Mais ça ne change pas le fond. On voit qu'il y a encore une grosse marge de progression. Il ne faut pas se dire que parce qu'on est en finale, tout est parfait. Au contraire. Ça va vite dans le hockey. Il faut rester lucide et continuer à travailler.

On l'a vu en quarts de finale. Vous êtes à un tir de Malte Strömwall en prolongation du match VII d'être éliminé. Si ce puck rentre, la vision externe de ton projet change…
Oui, bien sûr. Et c'est facile de dire aujourd'hui que tout est logique parce qu'on est en finale. Mais même si on avait été éliminés à ce moment-là, mon analyse serait restée la même. Il faut être honnête: on avait quatre joueurs parmi les plus importants de l'équipe absents. Je mets n'importe quelle équipe dans cette situation, ce n'est pas la même chose. Et malgré ça, on a vu une évolution. Des jeunes qui prennent des responsabilités, qui performent. Ça, ça ne sort pas de nulle part. Le power-play n'a pas fonctionné comme on voulait, ça nous a clairement pénalisés.

Donc même en cas d'élimination, tu n'aurais pas changé de ligne?
Non, car au-delà du résultat, ce qui m'intéresse, c'est le processus. Il faut être capable d'enlever le score final et de regarder si la direction est la bonne. Et moi, je suis convaincu que oui. Bien sûr, il faut aussi de la réussite. On en a eu à certains moments. Mais ça fait partie du jeu. Et ça ne doit pas changer notre manière d'analyser ce qu'on fait.

Justement, ce projet, il repose sur quoi concrètement?
J'avais trois piliers en tête dès le départ. Le premier, c'est une identité de jeu claire. Le club doit savoir comment il veut jouer, indépendamment des personnes. Le deuxième, c'est le développement continu de tous les joueurs, pas seulement les leaders. Et le troisième, c'est le rajeunissement et l'intégration des juniors du club. L'idée, c'est de construire quelque chose qui tienne dans le temps, même si le directeur sportif ou le coach changent.

Tu as l'impression que ça se met déjà en place de manière efficace?
Oui, on voit une évolution. Clairement. Mais il ne faut pas croire que tout est acquis. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer. Et puis, on ne sait jamais vraiment à quelle vitesse ça va prendre. Par moments, ça va très vite, peut-être même trop vite. Et c'est là qu'il faut faire attention à ne pas se reposer sur ce qu'on a déjà.

Avec l'arrivée de Roger Rönnberg, il y avait aussi une volonté forte de changer la culture du club.
Oui, et c'est quelque chose de très difficile. La culture, ce n'est pas des mots lancés en l'air ou écrits sur des PowerPoints. C'est le comportement quotidien. Ce que les joueurs font tous les jours. L'objectif, c'est que ce soient eux qui portent ça. Qu'un nouveau joueur arrive et qu'on lui dise: «Ici, on fait comme ça». Pas besoin que ça vienne du coach ou du directeur sportif. Là, tu sais que tu as une vraie identité.

Ça implique aussi que certains joueurs ne suivent pas…
Oui, et c'est assumé. On savait qu'il y aurait une forme de sélection naturelle. Si quelqu'un n'adhère pas à cette façon de travailler, à ce développement continu, il va sortir du groupe. Ce n'est pas un problème. C'est même logique. L'important, c'est que la ligne soit claire pour tout le monde et que ceux qui sont là soient convaincus de ce que nous mettons en place.

Tu parles de développement. Tu as le sentiment d'être moins dépendants de certaines individualités aujourd'hui que par le passé?
Oui, et ça, c'est très important. On a eu des absences de joueurs clés cette saison. Pourtant l'équipe a continué à performer. Ça montre qu'il y a quelque chose derrière un travail collectif, une résilience. Évidemment, tu préfères toujours avoir tout le monde. Mais le fait de gagner sans certains leaders, ça valide aussi le travail du staff et des joueurs. Regarde sur ces play-off. On a joué le quart de finale sans Sörensen, Biasca, Glauser et Schmid. Là, on se qualifie pour la finale sans Glauser et Schmid. C'est évidemment embêtant, mais c'est également un signal positif.

Sur le plan personnel, cette qualification, c'est aussi un soulagement après une première saison compliquée où tu étais très critiqué?
Oui, il ne faut pas mentir. C'était très dur. Il y a eu des doutes. Mais en même temps, le projet n'avait pas encore vraiment commencé au moment où Pat Emond a été engagé en attendant Roger Rönnberg. Et j'étais convaincu de ce choix. C'est cette conviction qui m'a permis de tenir. Je savais qu'il y avait un nouveau départ possible. Aujourd'hui, voir que ça avance dans la bonne direction, ça fait du bien.

Je n'aime pas le mot «revanche» que je trouve un peu fort. Mais il n'y a pas un sentiment agréable après avoir dû faire face à beaucoup de doutes extérieurs?
Non. Déjà parce que je n'écoute pas beaucoup. Si je lisais tout, ça me détruirait. J'essaie surtout de voir ce que je peux améliorer. Les critiques, ça fait partie du jeu. Et parfois, ça veut dire que tu ne fais pas tout faux. Tu bouscules des choses. Mais je ne fonctionne pas avec l'idée de revanche. Juste avec l'idée de progresser.

Aujourd'hui, est-ce que c'est plus facile de convaincre des joueurs de rejoindre le projet?
Peut-être un peu. Mais déjà au début, on a réussi à convaincre avec le plan, pas avec les résultats. Maintenant, il y a aussi le bouche-à-oreille. Les joueurs voient ce qui se passe. Certains appellent. Mais à la fin, il faut que tout soit aligné: le projet, le rôle, les conditions. Le scénario idéal, ce serait que les joueurs viennent frapper à la porte. On n'y est pas encore totalement, mais ça évolue.

National League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
HC Davos
HC Davos
52
71
117
2
HC Fribourg-Gottéron
HC Fribourg-Gottéron
52
46
100
3
Genève-Servette HC
Genève-Servette HC
52
15
91
4
ZSC Lions
ZSC Lions
52
32
91
5
HC Lugano
HC Lugano
52
30
89
6
Lausanne HC
Lausanne HC
52
18
85
7
Rapperswil-Jona Lakers
Rapperswil-Jona Lakers
52
-4
81
8
EV Zoug
EV Zoug
52
-19
75
9
SC Berne
SC Berne
52
-10
68
10
EHC Bienne
EHC Bienne
52
-22
67
11
SCL Tigers
SCL Tigers
52
-7
64
12
EHC Kloten
EHC Kloten
52
-26
63
13
HC Ambri-Piotta
HC Ambri-Piotta
52
-49
59
14
HC Ajoie
HC Ajoie
52
-75
42
Playoffs
Barrages qualificatifs
Barrages de relégation
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