Julien Sprunger n'a jamais été du genre à se défiler devant les médias. Pourtant, depuis samedi passé, le capitaine de Fribourg Gottéron n'était plus réapparu en zone mixte. Comment en vouloir au No 86, qui est en train de disputer les derniers shifts de sa carrière lors de ces play-off? Au moment d'entrer sur la glace lors de l'acte V, un tifo lui a rendu un magnifique hommage et cela l'a clairement touché.
Après la victoire lors du match 7 face à Rapperswil, Julien Sprunger est revenu à l'interview. Le soulagement après le but de Benoît Jecker se lisait sur son visage. La retraite attendra: l'attaquant a une troisième demi-finale de rang à disputer avec son club de toujours.
Julien, on peut difficilement faire pire ou mieux que ce mercredi soir en termes d'émotions.
C'est vrai. Je suis heureux et soulagé. On est passé par toutes les émotions, encore une fois dans cette série. Ce goal de Benoît Jecker fait un bien fou. Ça a été très compliqué, on a eu beaucoup d'adversité au niveau des blessures, des suspensions, des contre-performances. Finalement, on a trouvé une solution pour passer à travers cette équipe de Rapperswil qui nous a posé beaucoup de problèmes. C'était vraiment très important de passer en demies ce soir.
Tu es sur la glace au moment du but en prolongation. Qu'est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment?
Ça a été assez vite. J'ai essayé de mettre un peu de pression sur le défenseur qui fait une mauvaise passe. Je vois que Benoît récupère le puck à la ligne bleue. La seule chose que je pouvais faire, c'était d'aller devant le goal et masquer la vue du gardien. Ça a libéré pas seulement les 22 joueurs, mais toute la patinoire.
En cas de défaite, ça aurait été la fin à ta carrière. Est-ce que c'est quelque chose à laquelle tu as pensé avant le début de la prolongation?
Ce soir, c'était le moment où j'étais le plus libre lors de ces derniers matches. Le match samedi ici, qu'on a perdu, s'est beaucoup joué dans les émotions. C'était un moment un peu spécial. Il y a eu ce petit tifo extraordinaire qui m'a beaucoup touché, mais qui m'a beaucoup brassé à l'intérieur aussi. Ça a vraiment remémoré beaucoup de souvenirs. C'est vrai qu'il y a eu beaucoup de choses qui se sont passées dans ma tête et j'ai eu de la peine à me focaliser sur mon jeu, je n'étais pas trop dans le match. Ce soir, c'était presque plus facile. Je me suis dit que j'allais donner tout ce que j'avais sur cette glace. J'ai essayé de donner le maximum.
Tu dis que ce tifo a brassé beaucoup de choses en toi. Comment as-tu essayé de gérer toutes ces émotions?
Ce n'était pas facile, honnêtement. Je dois avouer que lors des premiers matches de la série, il a manqué un peu de rythme. En plus, on les perd et j'ai un peu commencé à réfléchir. J'essaie toujours de me dire: concentre-toi sur le jeu, sur ce que tu peux maîtriser, mais automatiquement, ce n'est pas facile de laisser tout ça de côté. Le match qu'on a joué ici, je voulais essayer de me dire que je me concentre sur moi, sur mon jeu, sur ce que je dois faire, sur ce que je sais faire. Mais j'ai vu tout ça, ça m'a remémoré tellement de souvenirs, tellement de moments, ça m'a touché vraiment au plus profond de moi-même. C'était extraordinaire. C'était un hommage des plus beaux, mais à ce moment-là, j'ai vraiment perdu le fil et c'était dur de rester dans le match.
Ensuite, il y a eu un premier match décisif lundi, à Rapperswil.
Oui et il y avait toute ma famille. Une vingtaine de personnes s'est déplacée. C'est une organisation, il y a beaucoup de choses autour de toi. Tu commences à réfléchir, tu veux te concentrer, tu sais que l'essentiel est là, sur la glace. Mais on reste humain et ça a pris un peu le dessus. Même après 25 ans de carrière, ce sont des choses que je ne maîtrise pas. C'est quelque chose de nouveau pour moi aussi. Les prolongations, le power-play, je connais. Mais tout ce côté émotionnel, je ne connaissais pas. J'étais dans l'inconnu.
Quelle est la recette pour passer outre ces émotions en demi-finales?
Je pense que c'était très personnel. Mais ça a automatiquement eu un impact sur les gars. Il faut que chacun se concentre sur soi-même. Moi, j'ai essayé de faire ça ce soir et ça a beaucoup mieux été. Je me suis dit que chaque shift j'allais tout donner, rien garder en réserve, et qu'à la fin, qu'on gagne ou qu'on perde, je pourrais me dire que j'ai tout donné. On va continuer comme ça. Maintenant, on repart dans une nouvelle série, avec une nouvelle énergie, on va se reposer. C'est l'occasion de repartir à zéro. Il y avait aussi ce côté contre-performance qui nous pendait au nez. Si tu perds un quart de finale contre une équipe qui a fini septième et qui est passée par le play-in, ça aurait été compliqué. Mais là, on peut aller de l'avant.
Selon toi, le gros des émotions est passé?
Pour les trois prochains matches, je pense que ce sera plus facile (rires). Bien sûr qu'on veut aller en finale, mais c'est «que du bonus». Ce qu'on a vécu ce soir, c'était fou. On va tomber contre une équipe aussi favorite que nous. Les Zurichois, avec leur armada et le fait qu'ils ont gagné 4-0, partent favoris. Et Genève aurait aussi dû passer par sept matches qui ont été très physiques. Quoiqu'il en soit, ça va être une belle série.
Cette demi-finale va débuter samedi. Quel est le programme d'ici là?
La fête est déjà presque terminée. Maintenant, je pense qu'on va se reposer et recharger nos batteries. Il y a l'adversaire qui nous attendra demain soir. Dès qu'on le connaîtra, on va pouvoir analyser son jeu.
As-tu une préférence entre Zurich et Genève?
(il réfléchit) Je pense que Zurich nous a pas mal réussi cette année. C'est une équipe face à laquelle on arrive à élever notre niveau de jeu. Après, les Lions ont un effectif impressionnant, avec une très bonne profondeur. Et ils n'ont joué «que» quatre matches. Genève doit jouer son match No 7 demain (ndlr: jeudi) soir et aura très peu de temps de repos. C'est assez difficile à juger. Je préfère ne pas penser comme les Italiens (ndlr: en football, ils ont célébré le fait de jouer la Bosnie avant de perdre) et que ça nous retombe dessus. On verra ce qui nous attend.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | HC Davos | 52 | 71 | 117 | |
2 | HC Fribourg-Gottéron | 52 | 46 | 100 | |
3 | Genève-Servette HC | 52 | 15 | 91 | |
4 | ZSC Lions | 52 | 32 | 91 | |
5 | HC Lugano | 52 | 30 | 89 | |
6 | Lausanne HC | 52 | 18 | 85 | |
7 | Rapperswil-Jona Lakers | 52 | -4 | 81 | |
8 | EV Zoug | 52 | -19 | 75 | |
9 | SC Berne | 52 | -10 | 68 | |
10 | EHC Bienne | 52 | -22 | 67 | |
11 | SCL Tigers | 52 | -7 | 64 | |
12 | EHC Kloten | 52 | -26 | 63 | |
13 | HC Ambri-Piotta | 52 | -49 | 59 | |
14 | HC Ajoie | 52 | -75 | 42 |


