Jan Cadieux à l'interview
«Ma famille sait qu'en ce moment, je suis dans un tunnel»

Avant la demi-finale face à la Norvège (15h20), le sélectionneur national est revenu sur ce que la Suisse vit depuis le début du tournoi. Et sur sa manière d'aborder chaque match.
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Jan, qu'est-ce que cette qualification pour les demi-finales change dans l'approche de l'équipe?
Pas grand-chose, honnêtement. Nous avons un objectif depuis le début du tournoi: aller aussi loin que possible. Nous avons toujours dit qu'il était important d'atteindre le dernier carré parce qu'à partir de là, tout devient possible. Aujourd'hui, cela n'a pas changé. Nous sommes fiers de ce que nous avons accompli contre la Suède, mais il reste encore beaucoup de travail. Nous devons rester humbles et penser uniquement à aujourd'hui. Ce qui s'est passé hier est derrière nous et cela ne compte déjà plus.

Tu parles souvent du processus. Comment juges-tu celui vécu par cette équipe durant ce Mondial?
Cette équipe évolue depuis des années. Les joueurs savent qu'un championnat du monde à domicile est quelque chose d'exceptionnel. Pour beaucoup, c'est une opportunité qui ne se présente qu'une fois dans une carrière, peut-être deux avec un peu de chance. Mais ce qui rend ce groupe particulier, c'est qu'il ne se contente pas de vivre le moment présent. Il a aussi l'ambition d'y revenir. Cette équipe a l'espoir et la conviction qu'elle peut retrouver ce niveau à l'avenir. C'est ce qui rend ce processus spécial et c'est pour cela que je suis très fier de ce groupe.

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Quels sont les secrets de cette équipe?
À la base, il y a beaucoup de fierté. Nous avons une génération de très bons joueurs qui sont fiers de représenter la Suisse. Ils sont également très fiers de jouer les uns pour les autres. Il y a une vraie passion dans cette équipe. Ils vivent pleinement ce moment et ils ont construit quelque chose ensemble au fil des années. Ils méritent énormément de crédit pour cela.

La Suisse sera favorite contre la Norvège. Est-ce un statut particulier à gérer?
La pression existe depuis le début du tournoi. Les attentes autour de cette équipe étaient déjà élevées avant le premier match. Nous avons appris à vivre avec cela. Mais il faut aussi être clair: si la Norvège est en demi-finale, ce n'est ni un hasard ni un accident. Ils ont failli battre le Canada, ils ont éliminé la Tchéquie et la Suède. Ils jouent un hockey moderne, rapide, avec beaucoup d'énergie. Cette équipe mérite énormément de respect.

Que faudra-t-il améliorer pour ce match?
Nous devons continuer à développer notre jeu. C'est toujours la priorité. Si je regarde le quart de finale contre la Suède, je pense que nous devons être un peu plus disciplinés. Nous avons pris trop de pénalités. Nous avons réussi à les tuer, mais ce n'est pas quelque chose sur lequel nous pouvons compter à chaque fois. Il faudra mieux contrôler nos émotions.

Est-ce plus difficile de préparer une équipe comme la Norvège que la Suède, que vous connaissez mieux?
Pas vraiment. Nous nous préparons de la même manière. Nous regardons les vidéos et nous analysons l'adversaire. Bien sûr, nous ne jouons pas souvent contre la Norvège, mais cela ne change pas notre approche. Nous nous concentrons sur eux, mais encore davantage sur nous-mêmes.

La Norvège te rappelle-t-elle parfois une ancienne version de l'équipe de Suisse?
Je ne sais pas à quelle version de l'équipe suisse tu penses exactement. Peut-être un peu, oui. Mais ce qui est certain, c'est que cette équipe norvégienne joue très bien au hockey. Quand on voit son parcours, il faut lui tirer un immense coup de chapeau. Elle mérite totalement sa place en demi-finale.

Comment as-tu dormi après un match aussi intense que ce quart de finale?
Comme après pratiquement tous les matches: deux ou trois heures (Rires). Cela ne change rien que ce soit un quart de finale, un match amical en août ou une rencontre de play-off. Après les matches, mon cerveau continue à tourner. Je revis les situations, je pense à la suite. Par contre, avant les matches, je dors très bien.

Tu arrives quand même à profiter un peu de ce qui se passe autour de l'équipe?
Honnêtement, pas vraiment. Et je n'en ai pas forcément envie. Je suis dans un tunnel. Le week-end dernier, ma femme et mes enfants étaient là. Nous avons passé un moment ensemble et je suis même allé me baigner dans la Limmat avec eux. Mais dès le dimanche midi, je me suis remis dans le tournoi. Ma famille me connaît. Elle sait comment je fonctionne dans ces moments-là. Encore trois jours et nous profiterons de tout cela après.

Tu accordes pourtant beaucoup de liberté aux joueurs, mais aucune à toi-même. Comment expliques-tu cette différence?
Parce qu'ils en ont besoin. C'est quelque chose qu'on apprend avec l'expérience. Les joueurs doivent être frais physiquement, mais aussi mentalement. Le temps passé avec leur famille ou leurs proches leur apporte énormément d'énergie. Nous, les entraîneurs, nous sommes dans un autre processus. Notre rôle est de créer les meilleures conditions possibles pour qu'ils puissent performer. Je n'ai donc aucun problème à leur laisser de la liberté.

Photo: Nico Ilic/freshfocus

As-tu été surpris par l'engouement populaire autour de cette équipe?
Oui, franchement. Nous espérions vivre quelque chose comme cela, mais nous ne nous attendions pas à une telle ferveur. Il faut remercier le public. Bien sûr, il y a les 10'000 personnes dans la patinoire, mais il y a aussi toute l'ambiance autour, la fan zone, les gens dans les rues. C'est magnifique pour le hockey suisse.

Que peut laisser ce Mondial à domicile après le tournoi?
J'espère qu'il permettra d'inspirer une nouvelle génération. Si nous pouvons donner envie à des enfants de jouer au hockey et contribuer à construire quelque chose pour l'avenir de notre sport, alors ce sera déjà une immense réussite. Tout ceci apporte énormément d'énergie. Les joueurs ressentent cette passion et ils ont envie de rendre quelque chose en retour. Nous devons tous faire preuve de gratitude. Un Mondial à domicile, c'est probablement une fois dans une vie. Il faut garder les pieds sur terre et savourer la chance que nous avons de partager cela avec les gens.

Tu connaissais le chanteur Bune Huber de Patent Ochsner avant sa visite dans le vestiaire?
Pas du tout (rires). Je n'avais aucune idée de qui il était. Mais j'ai découvert une personne fantastique. Nous avons discuté quelques minutes avant son passage dans le vestiaire et j'ai vraiment apprécié l'échange.

Dernière question: sur les réseaux sociaux, on aperçoit une arbalète et une pomme dans le vestiaire. Quelle est l'histoire derrière tout ça?
C'est un rituel interne à l'équipe. Cela a un lien avec l'histoire suisse et Guillaume Tell. Nous sommes fiers de nos origines et nous avons construit quelque chose autour de ce symbole.

On connaîtra l'histoire complète un jour?
Peut-être après le tournoi.

Mondial 2026: Groupe A
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Suisse
Suisse
7
32
21
2
Finlande
Finlande
7
20
18
3
Lettonie
Lettonie
7
7
12
4
Etats-Unis
Etats-Unis
7
4
11
5
Allemagne
Allemagne
7
1
10
6
Autriche
Autriche
7
-12
9
7
Hongrie
Hongrie
7
-24
3
8
Royaume-Uni
Royaume-Uni
7
-28
0
Playoffs
Relégation
Groupe B
Équipe
J.
DB.
PT.
1
Canada
Canada
7
20
20
2
Norvège
Norvège
7
11
15
3
République Tchèque
République Tchèque
7
2
13
4
Suède
Suède
7
11
12
5
Slovaquie
Slovaquie
7
2
11
6
Danemark
Danemark
7
-11
6
7
Slovénie
Slovénie
7
-12
6
8
Italie
Italie
7
-23
1
Playoffs
Relégation
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