Il y a un an, Théo Rochette vibrait devant la finale du Mondial entre la Suisse et les États-Unis depuis son canapé à Québec. Douze mois plus tard, il était à nouveau nerveux à cause de la sélection nationale. Mais pour une autre raison. Il attendait de savoir si sa saison était terminée ou s'il la terminait en apothéose à Zurich, lors du Mondial. Le téléphone a fini par sonner. Et cette fois, c’était pour lui annoncer une bonne nouvelle.
Lundi en début d’après-midi, l’attaquant du Lausanne HC a appris qu’il faisait partie de la sélection suisse pour le championnat du monde à domicile. La veille, il avait quitté le camp d'entraînement après un week-end réussi en Suède. «Mais tu rentres à la maison et tu ne sais pas si tu es pris ou si tu es en vacances, résume-t-il avec un sourire en coin. Ce n'est évidemment pas simple comme situation.»
Entre deux eaux
Le genre d’attente qui paraît interminable lorsque l’on a disputé l’intégralité du camp et que l’on sent qu’une opportunité existe enfin. Surtout pour un joueur comme lui. Car pendant longtemps, Théo Rochette a donné l’impression d’être ce joueur que l’équipe de Suisse appréciait sans forcément savoir exactement quoi en faire. Suffisamment doué pour être rappelé régulièrement. Pas encore assez installé pour posséder un statut clair. Trop offensif pour être limité à un rôle de soutien. Pas encore totalement légitime pour recevoir immédiatement les clés du jeu.
Lui-même le reconnaît sans détours: «Lors de mes dernières sélections, j’étais toujours un peu entre deux». Entre deux statuts. Entre deux générations aussi. Il y avait souvent quelque chose d’inachevé autour de lui avec la sélection nationale. Comme si tout le monde voyait le potentiel, sans que l’environnement ne lui permette réellement d’exister pleinement. Cette préparation semble avoir changé cela. Et pas qu'un peu.
Jan Cadieux lui a donné des responsabilités
Au fil des matches, sa confiance a grandi presque en même temps que son temps de jeu. Jan Cadieux lui a offert des responsabilités offensives, du power-play et surtout une continuité qu’il n’avait encore jamais vraiment connue avec la Suisse. «Il m’a vraiment donné ma chance, souligne-t-il avec reconnaissance. Lorsqu'il m'a annoncé ma sélection, je l'ai vraiment remercié de m'avoir donné ma chance.»
La nuance est importante. Rochette ne parle pas comme un joueur revanchard. Il n'est pas aigri d'avoir manqué les jeux olympiques à Milan en février dernier. Il donne plutôt l’impression d’avoir attendu patiemment que le contexte tourne enfin en sa faveur. Même la déception olympique avait été accueillie avec une forme de fatalisme. «Je ne vais pas mentir. Je m’y attendais un peu, admet-il aujourd’hui. Les places étaient limitées et ils allaient prendre des joueurs plus expérimentés.»
Cela se voit également dans sa manière de parler. Plus calme. Plus affirmée. Prompt à lâcher une petite blague devant une poignée de journalistes. Bref: à l'aise. Comme s’il n'avait plus besoin de justifier sa présence et qu'elle était devenue légitime. «Mes meilleurs matches ont probablement été les quatre ou cinq derniers», glisse-t-il encore. Et ce n'est évidemment pas un hasard. Une phrase anodine en apparence. Mais qui raconte beaucoup de choses. Son adaptation progressive au niveau international. Sa confiance grandissante. Et peut-être aussi le sentiment d’avoir enfin trouvé sa place.
Parce que le hockey international ne lui a pas immédiatement paru naturel. «Il y a moins d’espace, tout va plus vite, c’est plus physique», résume-t-il. Or le physique a toujours accompagné les discussions autour de Théo Rochette. Il le sait parfaitement et ne cherche pas à lutter contre cette réalité. «Je ne serai jamais un joueur qui va ramasser des gars dans la bande», rigole-t-il.
À la place, il parle d’adaptation. D’intelligence. D’habitudes prises depuis l’enfance. «J’ai grandi comme ça en jouant avec des plus gros que moi.» Alors, il a appris autrement. À survivre dans les petits espaces. À utiliser son corps différemment. À jouer vite. Très vite parfois. Et surtout à comprendre tôt qu’il devrait probablement convaincre pour obtenir une chance sous le maillot à croix blanche. Dans le calme.
La NHL? Beaucoup de désillusions
Car derrière le calme apparent, il y a aussi un joueur qui a déjà encaissé plusieurs désillusions dans sa jeune carrière. La NHL reste son grand rêve. Il ne l’a jamais caché. Mais le discours a évolué avec le temps. «J’ai eu beaucoup de déceptions dans le passé», dit-il presque froidement. Le jeune joueur qui regardait chaque étape de sa carrière comme un tremplin immédiat semble avoir laissé place à quelqu’un de plus posé. Plus mature aussi. Quelqu’un qui comprend que tout ne se contrôle pas.
Autour de lui, en revanche, le décor a changé. Dans ce vestiaire suisse, les stars NHL se multiplient. Nico Hischier, Timo Meier ou Roman Josi débarquent avec leur statut, leur vécu et une aura forcément particulière. Théo Rochette ne cherche pas à faire comme si c'était normal. Au contraire. Plus jeune, il suivait déjà attentivement le parcours de Nico Hischier lorsqu’il était parti à Halifax. «Comme jeune fan de hockey, je suivais sa carrière», raconte-t-il. Aujourd’hui, il partage parfois sa ligne avec lui. C'était encore le cas ce mercredi lors de l'entraînement.
Il raconte aussi, avec un mélange de respect et d’étonnement, la manière dont Timo Meier a constamment communiqué avec lui sur la glace. «Ça m’a beaucoup aidé.» Et lorsqu’il évoque Roman Josi, le respect est encore plus visible. «Quand il parle, tu l’écoutes», rigole-t-il. Puis, il décrit «cette aura de leader» qui se dégage du défenseur bernois. Chez Théo Rochette, ces détails comptent énormément. Parce qu’il observe tout. Le leadership. Les habitudes. La manière dont ces joueurs travaillent sur et hors de la glace. «C’est intéressant de pouvoir apprendre un peu de chaque joueur.»
Quelques mots de suisse-allemand
Pendant ce temps-là, lui continue de trouver sa place dans un vestiaire très majoritairement suisse-allemand. Lui qui possède la double nationalité canado-suisse navigue constamment entre plusieurs cultures. Entre plusieurs langues aussi. Lorsqu’il retourne au Québec, son accent canadien ressort rapidement. En Suisse, il se retrouve désormais entouré de coéquipiers dont il commence enfin à comprendre certains mots de suisse allemand. «Surtout les termes du hockey, rigole-t-il. Par contre dans la vie de tous les jours, ça reste un peu compliqué.»
Il y a encore un an, il regardait la finale du Mondial depuis son canapé avec un ami suisse installé au Québec. Cette fois, il disputera le tournoi à domicile. Peut-être même face au Canada et à Sidney Crosby, son idole absolue lorsqu’il était enfant. Le reste? «Il arrivera ce qui arrivera.» Pour la première fois depuis longtemps, Théo Rochette ne donne plus l’impression d’être simplement invité avec l’équipe de Suisse. Il fait partie de l'équipe.
Et ça change tout.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Autriche | 0 | 0 | 0 | |
1 | Finlande | 0 | 0 | 0 | |
1 | Allemagne | 0 | 0 | 0 | |
1 | Royaume-Uni | 0 | 0 | 0 | |
1 | Hongrie | 0 | 0 | 0 | |
1 | Lettonie | 0 | 0 | 0 | |
1 | Suisse | 0 | 0 | 0 | |
1 | Etats-Unis | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Canada | 0 | 0 | 0 | |
1 | République Tchèque | 0 | 0 | 0 | |
1 | Danemark | 0 | 0 | 0 | |
1 | Italie | 0 | 0 | 0 | |
1 | Norvège | 0 | 0 | 0 | |
1 | Slovaquie | 0 | 0 | 0 | |
1 | Slovénie | 0 | 0 | 0 | |
1 | Suède | 0 | 0 | 0 |


