Après l'affaire Fischer, le Mondial
Jan Cadieux: «Il était impossible d'être préparé à ce qui est arrivé»

À une semaine du Mondial en Suisse, Jan Cadieux est revenu sur les dernières semaines particulières qu'il a vécues. Le sélectionneur national est également revenu sur sa manière de préparer une équipe avant une grande échéance.
Photo: Sven Thomann
Jan Cadieux parle de l'affaire Fischer et du Mondial à venir
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Jan Cadieux aurait dû prendre officiellement ses fonctions le 1er juin. À la place, le futur sélectionneur national a été propulsé à la tête de l’équipe de Suisse quelques semaines avant le Mondial à domicile après l’éviction de Patrick Fischer.

Depuis, il vit dans un tunnel. Entre les voyages, les matches de préparation, les sollicitations médiatiques et la construction de son équipe, l'ancien coach de Genève-Servette découvre son nouveau rôle dans des circonstances qu’il n’aurait pas imaginées. À quelques jours du tournoi, il s’est longuement confié à nous sur les dernières semaines, sa vision du coaching et ce rapport très particulier qu’il entretient avec le vestiaire.

Ces dernières semaines, on t’a beaucoup entendu, mais rarement dans des circonstances simples. Là, à quelques jours du Mondial, tu arrives quand même à ressentir de l’excitation ou tu es totalement dans le tunnel?
C’est un mélange des deux. Oui, tu es dans un tunnel parce que cela fait des semaines qu’on ne pense qu’à ça. Presque depuis la finale perdue à Stockholm l’année passée, on parlait déjà du fait que le prochain championnat du monde serait en Suisse. On se projetait tous là-dessus. Et maintenant, depuis quatre semaines, avec la préparation, les voyages, les matches, tout ce qui s’est passé aussi… tu es complètement dedans.

Cela n'a pas l'air de te perturber.
Non. Au final, moi, c’est ce que j’adore. Le processus. Le travail dans l’ombre avec une équipe. Les nouvelles situations qui arrivent tous les jours. Les problèmes que tu dois résoudre. C’est là qu’on apprend le plus sur soi-même et sur l’équipe.

Le mot «processus» revient souvent quand tu parles de hockey.
Parce que c’est ce qui me passionne le plus. Bien sûr, nous voulons gagner des matches et avoir du succès. Mais ce qui me fait vibrer, c’est tout ce qu’il y a derrière. Construire quelque chose avec un groupe. Trouver des solutions. Voir des joueurs évoluer. Voir une équipe se rapprocher. Mais ce qui est intéressant avec l’équipe nationale, c’est que le processus est totalement différent de celui d’un club.

Photo: Keystone

À quel niveau?
Simplement parce que tu n’as pas le temps. Si tu regardes le roster qu’on avait la première semaine de préparation et celui qu’on a aujourd’hui, ce n’est plus du tout la même équipe. Entre la troisième et la quatrième semaine, nous avons par exemple accueilli 13 nouveaux joueurs. Tu dois construire quelque chose tout en sachant que le groupe change constamment. En club, tu peux arriver avec une vision à long terme. Tu peux parler de ce que tu veux devenir dans six mois. Là, certains joueurs sont là pour trois jours, d’autres pour une semaine, certains jouent leur place. Le discours ne peut pas être le même avec tout le monde.

L'année du titre à Genève, tu avais montré une photo de la Coupe lors du premier jours de l'entraînement d'été. Là, impossible de leur montrer une médaille d'or...
Non. Enfin… tu peux toujours parler d’objectifs, mais ce n’est pas ça qui compte au début. La discussion qu’on a surtout eue avec les joueurs, c’était qu’on avait besoin de tout le monde. Je leur ai dit qu’à la fin, si un jour cette équipe joue une finale ou gagne une médaille, il faudrait presque inviter tous les joueurs qui ont participé à ces quatre semaines de préparation, mais qui ne sont plus là. Parce que chaque joueur ayant participé à cette préparation a rendu les autres meilleurs. Chacun est responsable de lui-même, de sa préparation, de ses performances. Mais l’idée, c’est aussi de pousser les autres vers le haut. C’est cela qui crée quelque chose.

«
À l’extérieur du hockey, je suis quelqu’un de plutôt timide et introverti. Mais quand j’entre dans un vestiaire… je rentre dans un autre état d’esprit. Je sais que c’est là où je dois être.
Jan Cadieux, sélectionneur national
»

On sent que la notion de groupe est presque obsessionnelle chez toi.
Parce qu’à la fin, le hockey reste un sport collectif. Même quand tu as des énormes individualités.

Justement, quand on voit les noms qui débarquent dans cette équipe – Roman Josi, Nico Hischier, Timo Meier, Nino Niederreiter, Pius Suter ou encore Janis Moser aussi – de l’extérieur, cela peut sembler impressionnant.
Honnêtement? Quand je rentre dans un vestiaire, je suis une autre personne.

Comment ça?
C’est difficile à expliquer. À l’extérieur du hockey, je suis quelqu’un de plutôt timide et introverti. Mais quand j’entre dans un vestiaire… je rentre dans un autre état d’esprit. Je sais que c’est là où je dois être. C’est là où je peux partager ma passion, où je peux m’épanouir dans le sport que j'aime. Et cela vient naturellement. Ce n’est pas un rôle que je joue. À la fin, quand je suis dans le vestiaire, je vois une équipe. C’est la seule chose que je vois.

Même quand il y a des stars NHL partout autour de toi?
(Rires) Non. Enfin… ce sont surtout mes enfants qui vivent ça différemment. Cela fait des mois qu’ils regardent les classements NHL, qu’ils calculent quels joueurs pourraient venir au championnat du monde, quels Suisses sont encore en play-off ou pas. Tous les matins, ils regardent les résultats. À la maison, c’est eux qui font le scouting (rires). Mais moi, quand je suis dans le vestiaire, je suis dans ma bulle.

Quand tu parles du vestiaire, on a presque l’impression que tu en parles comme d’un refuge.
C’est difficile à expliquer. Quand j’entre dans un vestiaire, je rentre vraiment dans un autre état d’esprit. Tu sais, parfois dans la vie, tu sens que tu es exactement à ta place, là où tu peux t’épanouir. Pour moi, un vestiaire, c’est ça. Je sais que c’est là où je dois être. Là où je peux partager ma passion. Et tout cela vient naturellement. Ce n’est pas un rôle que je joue.

Pourtant, médiatiquement, on t’a vu évoluer ces dernières années. À Genève au début, tu étais beaucoup plus introverti, si j'ose dire. Quand je t'ai vu à la conférence de presse d'introduction en décembre dernier ou lors devant les médias durant l'affaire Fischer, tout avait l'air plus facile. Presque naturel.
Alors... Je n'aurais peut-être pas utilisé le terme «naturel» (rires). Je mentirais si je te dis que c’est venu facilement. Au départ, cela faisait surtout partie du travail. Quand tu passes d’assistant à entraîneur principal, il y a beaucoup plus de demandes médiatiques qui font partie du poste. Auparavant, j'avais le choix d'accepter ou non. Et je le faisais régulièrement d’ailleurs. Je disais souvent non.

Aujourd’hui, ce n’est plus possible.
Non dès que j'ai repris la place d'entraîneur principal à Genève. Mais je pense aussi que je devais faire ce travail sur moi-même. Par respect pour le hockey. Par respect pour les gens qui suivent ce sport. On partage quelque chose avec eux et je pense que je dois m’ouvrir davantage. Même si cela ne vient pas naturellement chez moi.

Lors du licienciement de Patrick Fischer, l'attention autour de Jan Cadieux étiat immense.
Photo: keystone-sda.ch

Cela reste un exercice difficile?
Oui. Cela ne veut pas dire que je n’aime pas le faire. Mais cela me demande de l’énergie. Parce qu’à la base, je suis quelqu’un de réservé. Plutôt introverti, comme tu dis. Et tu as tout à fait raison. Mais encore une fois, cela fait partie du partage aussi. Et je pense que si tu veux représenter un sport, un club ou une équipe nationale, tu dois accepter cela.

Tu aurais pourtant dû arriver assez discrètement au poste de sélectionneur après le Mondial. Finalement, tu as été jeté immédiatement dans la lumière.
Oui… et honnêtement, je ne sais même pas comment décrire les premières 48 heures. Tout est allé tellement vite. On était dans une petite ville en Slovaquie. Quelques minutes avant un entraînement, on doit annoncer la situation aux joueurs qui allaient sauter sur la glace. Puis il faut quand même trouver l’énergie pour donner une séance, préparer des matches et continuer à avancer. Les premières 48 heures, j’étais vraiment dans le brouillard.

À quel point?
Comme un coureur du Tour de France qui est sur son vélo depuis six heures et qui regarde simplement le col devant lui en sachant qu’il doit continuer à avancer. Tu n’analyses même plus vraiment ce qu’il se passe autour de toi. Tu pédales sans réfléchir. Je ne pensais jamais que cette situation allait arriver. Personne ne peut être préparé à ça. Et encore aujourd’hui, certaines choses sont floues dans ma tête. Il y a des discussions ou des moments dont je ne me souviens presque plus tellement tout est allé vite.

Tu n’as jamais eu le temps de digérer?
Non, parce qu’il fallait avancer immédiatement. On avait des entraînements, des matches, une équipe à construire. À quelque part, le hockey nous a aidés. D’ailleurs, c’est ce que j’avais dit aux joueurs et au staff: on va se concentrer sur les prochaines 48 heures et uniquement sur le sport. Ensuite, on verra.

Le fait que le Mondial arrive immédiatement derrière aide aussi à tourner la page?
Dans une situation pareille, avec tout ce que «Fischi» a apporté à cette équipe et au hockey suisse, c’est difficile de parler de «tourner la page». Parce qu’il a énormément donné à cette sélection.

«
Je ne pensais jamais que cette situation allait arriver. Personne ne peut être préparé à ça. Et encore aujourd’hui, certaines choses sont floues dans ma tête.
Jan Cadieux, sélectionneur national
»

Ce n'est peut-être pas le bon mot, en effet.
Mais là où je te rejoins, c'est dans le fait qu’on soit rapidement replongés dans le hockey. Cela nous a aidés à retrouver des repères. Et dans notre malheur, le fait que cela soit arrivé relativement tôt dans la préparation nous a permis de travailler là-dessus bien avant le début du tournoi. Si cela arrivait cette semaine, ce serait probablement encore totalement différent. Mais honnêtement, c’est difficile de trouver quelque chose de positif dans une situation que personne ne voulait vivre.

Tu as déjà pu mettre ta patte sur cette équipe de Suisse?
Par petites touches. Mais j'étais déjà dans le staff et je participais à l'élaboration du plan de jeu et du système. L’année passée, pendant la préparation du championnat du monde, on avait adapté certaines choses dans notre système. Chaque fois qu’on arrivait avec des idées, que ce soit moi ou les autres assistants, Patrick Fischer était ouvert.

À quel point?
Il écoutait. Il acceptait qu’on challenge certaines choses. Et surtout, il m’a toujours encouragé à penser comme un head coach et pas comme un assistant. À la fin, quand tu regardes le jeu pratiqué par l’équipe de Suisse ces dernières années, il y avait beaucoup de choses dans lesquelles on croyait tous ensemble.

Tu n’as donc pas voulu révolutionner l’équipe en arrivant?
Non. Ce n’était pas possible déjà, parce qu’en trois semaines avant un championnat du monde, tu ne peux pas tout changer. L’idée de départ, quand je devais arriver le 1er juin, c’était de continuer à développer certaines choses, d’amener progressivement de nouvelles idées, de faire évoluer certains détails. Mais pas de recommencer quelque chose de zéro. Là, on travaille surtout dans la continuité avec deux ou trois adaptations.

Jan Cadieux (à dr.) et Patrick Fischer ont travaillé ensemble lors du Mondial 2025 et à Milan durant les JO.
Photo: Andreas Becker

Tu sens quand même que cette équipe peut faire quelque chose de spécial malgré certaines absences importantes?
On a toujours une belle équipe de Suisse. Évidemment, perdre des joueurs comme Jonas Siegenthaler, Andrea Glauser, Sandro Schmid ou Michael Fora, ce sont des absences importantes. Mais il y a énormément de qualité dans ce groupe. Et surtout, il y a un très bon état d’esprit. On l’a souvent vu dans les grandes compétitions: parfois, la volonté et l’état d’esprit peuvent faire une énorme différence. Et puis ces absences donnent aussi l’opportunité à d’autres joueurs de prendre des responsabilités. De devenir des héros que les gens n’attendaient peut-être pas forcément.

Tu arrives déjà à te projeter à vendredi soir prochain?
Pas vraiment. (rires) Je crois que depuis trois semaines, je vis vraiment au jour le jour. On avance étape par étape. Mais ce qui est certain, c’est qu’on veut que ce soit une fête du hockey. Un vrai championnat du monde à domicile. Et qu’on puisse partager quelque chose avec les gens. À la fin, c’est toujours cela le plus important.

Mondial 2026: Groupe A
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Groupe B
Équipe
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