La grande interview
Mark Arcobello: «Je n'imaginais pas devenir hockeyeur pro»

Jeux olympiques obligent, le «Joueur du mois» est devenu le «Joueur des deux derniers mois». En janvier et février, Mark Arcobello s'est mis en lumière avec Lugano. L'occasion d'évoquer avec lui sa relation avec Chris McSorley, sa gestion de carrière et ses enfants.
Publié: 03.03.2022 à 12:04 heures
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Dernière mise à jour: 03.03.2022 à 13:15 heures
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Grégory BeaudJournaliste Blick

Durant les Jeux olympiques, Mark Arcobello est resté à Lugano hormis une semaine «off». Contrairement à de nombreux joueurs du championnat de Suisse, il n’est pas parti en Chine pour les Jeux olympiques. La sélection des États-Unis étant majoritairement composée de jeunes, le trentenaire n’y avait pas sa place. Cela a rendu la gestation de cette interview plus aisée.

Les coulisses de l'interview

«Vous avez de la chance, que je sois là. Aujourd'hui était le terme de la grossesse de ma femme. Mais notre deuxième enfant est arrivé avec une semaine d'avance. Donc j'ai un peu de temps pour vous.» Rencontré durant la pause olympique, Mark Arcobello s'est attablé durant une trentaine de minutes au café de la patinoire de Lugano.

Patineur intelligent, il a appris à peser ses mots. Il se lâche toutefois lorsque l'on parle de sa famille et de l'homme et non du hockeyeur. À la table adjacente, ses coéquipiers Alessio Bertaggia, Elia Riva, Luca Fazzini et Alessandro Chiesa mangent. Mark Arcobello, sitôt l'interview terminée, file à la maison. «J'ai déménagé à quelques kilomètres de la ville dans un endroit calme. Idéal pour élever des enfants. Bon... Le deuxième n'en profitera pas tout de suite.»

«Vous avez de la chance, que je sois là. Aujourd'hui était le terme de la grossesse de ma femme. Mais notre deuxième enfant est arrivé avec une semaine d'avance. Donc j'ai un peu de temps pour vous.» Rencontré durant la pause olympique, Mark Arcobello s'est attablé durant une trentaine de minutes au café de la patinoire de Lugano.

Patineur intelligent, il a appris à peser ses mots. Il se lâche toutefois lorsque l'on parle de sa famille et de l'homme et non du hockeyeur. À la table adjacente, ses coéquipiers Alessio Bertaggia, Elia Riva, Luca Fazzini et Alessandro Chiesa mangent. Mark Arcobello, sitôt l'interview terminée, file à la maison. «J'ai déménagé à quelques kilomètres de la ville dans un endroit calme. Idéal pour élever des enfants. Bon... Le deuxième n'en profitera pas tout de suite.»

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Depuis janvier, Mark Arcobello a quelque peu délaissé son talent de créateur de jeu pour se muer en buteur (11 réalisations). Si le HC Lugano, à la lutte avec Genève et Lausanne pour une place dans le Top 6, veut espérer accrocher la dernière pour les play-off, cela passera aussi par des performances de choix de son joueur de centre No 1. Interview.

La liste des joueurs du mois

Chaque mois, Blick réalise une grande interview d'un joueur qui a marqué le championnat par ses performances. L'occasion de prendre le temps de découvrir différentes personnalités du championnat de Suisse.

Le résumé des joueurs du mois.

Septembre Damien Brunner: «Avec Bienne j'ai trouvé la sérénité»

Octobre Reto Berra: «Je suis meilleur aujourd'hui que lorsque j'étais en NHL»

Novembre Alexandre Grenier: «Quand je suis arrivé, personne n'attendait rien de moi»

Décembre John Quenneville: «Depuis que je suis en Suisse, j’ai appris beaucoup de choses sur moi»

Chaque mois, Blick réalise une grande interview d'un joueur qui a marqué le championnat par ses performances. L'occasion de prendre le temps de découvrir différentes personnalités du championnat de Suisse.

Le résumé des joueurs du mois.

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Octobre Reto Berra: «Je suis meilleur aujourd'hui que lorsque j'étais en NHL»

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Décembre John Quenneville: «Depuis que je suis en Suisse, j’ai appris beaucoup de choses sur moi»

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Mark Arcobello, on est d’accord qu’avec votre nom vous étiez destiné à jouer un jour ou l’autre dans la région italophone du pays?
C’est vrai que cela a peut-être joué un rôle dans mon intégration ici. Mais bon… Si seulement je parlais italien comme mon nom l’indique (rires). Par contre j’y travaille. Je sens même que je fais des progrès.

L’été dernier, vous avez dû vous adapter à un nouveau coaching staff avec l'arrivée de Chris McSorley. Son jeu plus rigoureux n’est-il pas compliqué pour vous?
J’ai dû en effet m’ajuster et comprendre quel type de jeu Chris voulait que je joue. Cela m’a pris un peu de temps. Mais j’ai l’impression que nous avons trouvé notre identité si l’on compare notre jeu actuellement à celui du début de saison.

La structure vous gêne-t-elle?
Hmm. Je ne sais pas. Ce n’est pas forcément une question de structure. Chaque année le système prôné par celui qui dirige est différent. Certains joueurs n’avaient jamais pratiqué le type de jeu que souhaite Chris et cela a peut-être mis un peu plus de temps que prévu.

Si l’on regarde les statistiques du HC Lugano, vous semblez être plus dominants que ce que n’indique le classement, non?
On a lâché de nombreux points en cours de route, notamment au début de saison. Cela fait que nous ne nous trouvons peut-être pas où nous devrions. Mais si nous jouons avec constance comme nous le faisions en décembre (ndlr 8 victoires en 10 matches), je ne vois pas pourquoi nous n’allons pas progresser dans le classement.

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En marge de cette interview, Chris McSorley m’a dit que vous étiez l’une des raisons pour lesquelles il a signé à Lugano.
Vraiment? J’ai joué contre lui de nombreuses années lorsqu’il était à Genève. Avec Berne, nous avons eu du succès contre eux à deux reprises en play-off. Peut-être que je l’ai convaincu. C’est en tout cas flatteur et je suis content que nous puissions travailler ensemble. C’est vraiment un des meilleurs coachs avec qui travailler. Il sait bien gérer un vestiaire et nous donner du temps libre lorsque nous en avons besoin. Il comprend bien les joueurs.

Toutes les personnes qui vous ont côtoyé vantent votre éthique de travail. Vous sentez-vous comme un travailleur hors-norme?
C’était encore davantage le cas lorsque j’étais jeune et constamment le plus petit joueur sur la glace. Je devais bosser plus que tout le monde pour avoir du temps de jeu. En vieillissant, je pense que j’utilise plus mon cerveau et mon intelligence de jeu. J’aime la phrase «Work smarter, not harder» (ndlr travailler plus intelligemment et non plus fort). Avec l'âge, tu es obligé de connaître tes limites et comprendre comment utiliser tes forces et où utiliser ton énergie.

Arrivez-vous à identifier à quel moment ce changement de mentalité a eu lieu?
C’est quelque chose qui vient avec la confiance en soi. Lorsque j’ai eu mes premières opportunités en Amérique du Nord, je me suis rendu compte que j’avais des qualités et qu’elles étaient compatibles avec le haut niveau.

Depuis votre arrivée en Europe, vos statistiques sont similaires à celles que vous aviez en Amérique du Nord. Pensez-vous que le style de jeu ici vous convient davantage?
Je le pensais oui (rires), mais c’est presque le contraire parfois. Tout le monde me disait que j’allais m’éclater car il y a beaucoup plus de place sur la glace. Mais c’est parfois plus dur car tu es très souvent si loin du but, surtout en power-play. Sur de plus petites patinoires, tu peux shooter de partout et tu as tout le temps une chance de marquer. Pas ici. Si tu tires depuis la bande, le gardien rigole.

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Comprenez-vous pourquoi vous n’êtes pas arrivé à vous établir en NHL?
(Il rigole) Parce que je n’étais pas assez bon peut-être?

Vous le pensez vraiment?
Oui oui, je le pense. C’est tellement difficile de se faire une place stable en NHL en tant que joueur de petite taille n’ayant pas été drafté. Et puis mes stats n’étaient pas folles non plus. J’ai eu plusieurs opportunités d’y arriver. Mais c’est dur à expliquer exactement pourquoi. Si tu regardes les petits joueurs qui y sont parvenus, ils ont une telle vitesse. Peut-être que je n’étais pas là-bas au bon moment d’un point de vue stylistique. Lorsque j’étais jeune, les grands joueurs étaient privilégiés. Depuis six ou sept ans, cela part dans l’autre direction.

Cela ne vous donne pas envie de revenir?
Ho non non non. C’est beaucoup trop tard.

Vous êtes toujours passé sous le radar. Même lors de la draft. C’est étonnant non?
Je n’étais pas un talent exceptionnel pour justifier l’intérêt des équipes de NHL. À l’époque, je ne pensais pas pouvoir devenir hockeyeur pro. Je jouais pour mon Université (ndlr Yale) et je me concentrais juste sur mon jeu et gagner des matches sans penser plus loin et imaginer pouvoir en vivre. C’était juste une période cool. Mais lorsque j’ai eu une chance de jouer en AHL, il y a eu un effet boule de neige.

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Votre chemin via les Universités américaines n’est pas très connu en Suisse. Pensez-vous que c’est une bonne formation pour un jeune hockeyeur?
Absolument. Il y a d’ailleurs de plus en plus de joueurs draftés en bonne position qui ont suivi ce cursus. L’avantage de ce chemin, c’est que cela te construit un plan B si le hockey ne te permet pas de faire une carrière. Cela permet de ne pas tout miser sur une seule chose. Cela a un côté rassurant également.

Quel était votre plan B?
Je ne sais pas (rires). Je n’ai jamais eu le temps de trop y penser car je voyais que les années à Yale se passaient suffisamment bien pour espérer tenter ma chance. J’ai étudié science politique, comme de nombreux joueurs de l'équipe. C'était le programme le plus compatible avec les entraînements... Mais j'ai aussi choisi cela car c'est celui qui ouvre le plus de portes. Mais je ne suis pas capable de vous dire ce que je serais devenu si je n’avais pas réussi dans le hockey.

Au cours de votre carrière, vous avez établi un drôle de record. En 2014-2015, vous avez joué pour quatre équipes différentes en NHL. C’est à ce moment que vous avez décidé de quitter cet environnement?
Non, c’est l’année suivante. La saison dont vous parlez était folle, mais sur le moment, je ne m’en suis pas vraiment rendu compte. Je me battais pour avoir ma chance et je continuais de jouer peu importe où et avec qui. J’avais du plaisir. Ce n’est que lors de l’été suivant que je me suis dit: «Oh mon Dieu». En y repensant, c’était énormément d’émotions. Beaucoup de gens différents à rencontrer et à quitter en même temps. C’était assez dur mais une belle expérience. C’est lors de la saison 2015-2016 que je me suis décidé à venir en Europe.

Pourquoi à ce moment?
Je me trouvais à Toronto et j’étais sans cesse trimbalé entre la NHL et la AHL. Il y avait beaucoup de stress lié à cette incertitude. Un soir je jouais de nombreuses minutes à l’étage inférieur et le lendemain j’étais au bout du banc en NHL. Au bout d’un moment j’ai dit stop. Je n'arrivais plus à avoir du plaisir ni à savoir ce qu'on attendait de moi un soir après l'autre. Il me fallait du changement.

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À quel point est-ce difficile d’abandonner son rêve?
C’était étonnamment facile, en fait. Je savais que si je signais ailleurs en NHL, le risque de vivre la même chose était présent. J’avais entendu énormément de bonnes choses sur la Suisse.

La Suisse est-elle conforme à vos attentes?
Je ne savais pas à quoi m’attendre, pour tout vous dire. La première fois que je suis venu, j’avais pour but de parvenir à m’établir dans une bonne équipe, à Berne. Nous avions gagné le championnat. Après quatre saisons, j’avais besoin de changement et c’est pourquoi je suis venu à Lugano. Ma famille a énormément de plaisir. C’était important de retrouver cette stabilité en venant en Suisse.

Cette stabilité est-elle la raison pour laquelle vous avez signé un contrat de trois ans avec Lugano alors qu’il vous restait près d’une année à jouer pour Berne?
Exactement.

Vous voyez où je veux en venir.
(Rires) Oui mon prochain contrat, c’est ça?

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Exactement. Cela vous inquiète déjà?
Non cela ne m’inquiète pas, mais j’y pense évidemment. Je ne rajeunis pas (ndlr Il a 33 ans), mais je me sens toujours bien. Je veux jouer encore le plus longtemps possible et ma famille a beaucoup de plaisir ici. On verra comment cela va évoluer durant les prochains… J'allais dire mois. Mais en fait je ne sais pas comment et quand cela se passera. Bref durant ces prochains temps (rires).

Vous n’avez pas fixé une date à laquelle vous aimeriez avoir réglé cette histoire, comme ce fut le cas à Berne?
Je suis un gars qui aime planifier et savoir ce qui m’attend. Lorsque je discutais de mon avenir à Berne ou ailleurs, je savais que si je devais déménager, il faudrait tout préparer et chercher un nouveau lieu de vie. Je voulais n’avoir à penser à rien d’autre qu’au hockey sur glace. C’est pour ça que j’ai essayé de faire ce choix rapidement.

Vous avez une mentalité très suisse dans ce sens…
Je m’adapte (il rigole). C’est justement pour cela que c’est important de prévoir les choses. Mon premier fils a 3 ans et ira à l’école l’année prochaine. Le but est aussi de lui proposer un cadre de vie pas trop perturbant. Quand tu as des enfants, tu réfléchis différemment.

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