Après l'affaire Covid
Patrick Fischer perdra-t-il maintenant deux Sports Awards?

Patrick Fischer, triple entraîneur suisse de l’année, est au cœur d’un scandale lié à un faux certificat Covid. Perdra-t-il désormais deux Sports Awards?
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Depuis mercredi soir, Patrick Fischer n'est plus l'entraîneur de l'équipe nationale de hockey.
Photo: keystone-sda.ch
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Emanuel Gisi

Le dimanche 29 mars 2026, tout semblait encore aller pour le mieux pour Patrick Fischer. Lors des Sports Awards, il est élu pour la troisième fois entraîneur de l’année sous de vifs applaudissements. Dans son discours, il se dit fier de la confiance qui unit son équipe et remercie la SRF pour cette plateforme.

Deux semaines et demie plus tard, la situation a radicalement changé. Le Zougois a trahi cette confiance. Et c’est précisément la télévision suisse qu’il avait saluée qui, lundi dernier, a révélé le scandale. Selon une enquête de Blick, celui qui était jusqu’ici triple entraîneur suisse de l’année pourrait prochainement ne conserver qu’un seul titre. En coulisses, des démarches sont engagées pour lui retirer ses distinctions de 2024 et 2025.

L’information est confirmée par Swiss Olympic, dont la Swiss Ice Hockey Federation (SIHF) est membre. Réuni mercredi, son conseil exécutif a chargé ses deux représentants aux Sports Awards, Ralph Stöckli et Matthias Kyburz, de déposer une demande visant à examiner un éventuel retrait des prix attribués à Fischer en 2024 et 2025. Cette démarche s’appuie sur les critères éthiques imposés aux nominés. Une telle décision constituerait une première dans l’histoire du sport suisse.

Swiss Olympic frappe fort dès le départ

Fischer pourrait encore être confronté à d’autres conséquences. Swiss Olympic confirme deux mesures supplémentaires. Premièrement: mercredi, l’entraîneur a été signalé à Swiss Sports Integrity (SSI), l’organe chargé des questions d’éthique, des abus et du dopage dans le sport suisse. Deuxièmement: sa carte d’entraîneur Swiss Olympic lui a été retirée le même jour. Cette décision, essentiellement symbolique et sans incidence directe sur l’exercice de sa fonction, témoigne néanmoins de la fermeté de Swiss Olympic, en contraste avec l’attitude initiale de la SIHF.

Dès mardi, Swiss Olympic avait déjà sévèrement critiqué le comportement de Fischer auprès de Blick: «Swiss Olympic est surpris et irrité d’apprendre que l’entraîneur de l’équipe nationale de hockey sur glace, Patrick Fischer, a participé aux Jeux olympiques 2022 à Pékin en février 2022 sans être vacciné et muni d’un certificat de vaccination falsifié. Malgré le respect dû à sa situation personnelle exigeante, il a pris un risque considérable pour lui-même, son équipe et la délégation suisse».

Des propos qui ont rapidement suscité des réactions. Mardi soir, Swiss Olympic s’est retrouvé à son tour sous pression. Lors d’un événement économique, la présidente Ruth Metzler-Arnold a été critiquée pour la fermeté de cette prise de position. Selon Blick, certains participants ont même exigé le retrait du communiqué et demandé que Fischer soit laissé tranquille.

Un risque diplomatique réel

L’attitude de Swiss Olympic montre que l’organisation a immédiatement mesuré l’ampleur de l’affaire. Comme tous les athlètes, le sélectionneur avait signé un accord avant les Jeux olympiques 2022. «Cela implique notamment le respect des règles du Comité international olympique, des comités d’organisation et des autorités du pays hôte», rappelle Swiss Olympic.

Et si... ?

Si Patrick Fischer venait effectivement à perdre ses deux distinctions d’entraîneur suisse de l’année 2024 et 2025, Christoph Dieckmann et Florian Clivaz pourraient en être les bénéficiaires.

En 2024, Dieckmann, alors entraîneur de l’équipe nationale féminine de beach-volley, avait terminé deuxième derrière Fischer. En 2025, Clivaz, qui a notamment entraîné les sœurs Kambundji, n’avait été devancé que par le sélectionneur de l’équipe nationale de hockey de l’époque.

Si Patrick Fischer venait effectivement à perdre ses deux distinctions d’entraîneur suisse de l’année 2024 et 2025, Christoph Dieckmann et Florian Clivaz pourraient en être les bénéficiaires.

En 2024, Dieckmann, alors entraîneur de l’équipe nationale féminine de beach-volley, avait terminé deuxième derrière Fischer. En 2025, Clivaz, qui a notamment entraîné les sœurs Kambundji, n’avait été devancé que par le sélectionneur de l’équipe nationale de hockey de l’époque.

Les conséquences potentielles auraient pu être considérables si le faux certificat de Fischer avait été découvert par les autorités chinoises à son arrivée. Seul l’entraîneur aurait-il été sanctionné? L’équipe de hockey aurait-elle été exclue? Voire l’ensemble de la délégation suisse? Et qu’en aurait-il été en cas d’infection pouvant lui être imputée? La Chine, durement frappée par le Covid, appliquait une politique sanitaire extrêmement stricte et peu ouverte à la négociation en cas d’infraction. Des tensions diplomatiques auraient été inévitables et pourraient encore survenir.

Autre scénario: Fischer aurait-il porté la responsabilité d’avoir privé des athlètes de snowboard cross, de ski de bosses ou de patinage artistique, souvent peu rémunérés, du sommet de leur carrière? L’argument de l’esprit d’équipe, avancé pour justifier la falsification de documents, semble ici trouver ses limites.

Une décision prise dès mercredi matin

Fischer n’a pas répondu à ces interrogations dans sa prise de position. Mais elles ont vraisemblablement été examinées ces derniers jours par Urs Kessler, président de la SIHF depuis septembre 2025. Selon Blick, il a décidé mercredi matin de suspendre Fischer avec effet immédiat. L’annonce n’a été faite que dans la soirée, après que l’entraîneur a refusé de démissionner de lui-même.

Retour à la soirée du 29 mars 2026. Sur scène, Fischer expliquait alors ce qui le rendait le plus fier: «Que nous soyons restés unis en tant qu’équipe et que nous ayons cru en nous». Depuis, le lien entre Fischer et l’équipe nationale s’est définitivement rompu.

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