Une quatrième montée en vue?
Sébastien Le Neün, le défenseur qui ne déçoit jamais

A 38 ans, Sébastien Le Neün n'est qu'à trois matches d'une quatrième promotion dans le foot suisse, qu'il a découvert voilà treize ans Jamais professionnel dans les faits, mais toujours dans l'âme, le Breton a même créé sa propre société d'accompagnement.
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Sébastien Le Neün fait partie de cette catégorie de joueurs que les entraîneurs et directeurs sportifs ne regrettent jamais d’avoir engagé, tant l’imposant défenseur central fait toujours le boulot pour lequel il a été choisi. Ce mercredi soir, à 38 ans, c’est encore lui qui a marqué le seul but de son équipe, Amical Saint-Prex, lors du match aller du premier tour des finales de 1re ligue face à GC M21 (1-1). Un coup de casque sur corner, l’une de ses spécialités, et une joie qui faisait plaisir à voir pour celui qui joue peut-être l’un des derniers matches de sa très riche carrière.

S'il monte... il arrête!

«J’ai déjà prévenu tout le monde: si on monte en Promotion League, j’arrête. Il faut être lucide, les attaquants adverses iront plus vite, il y aura plus de rythme. Ce niveau, je le connais très bien, je l’ai pratiqué des années et je sais ce qu’il faut faire pour y être compétitif. J’aurai 39 ans, mon boulot, ma famille. Faire des trajets dans toute la Suisse et prendre le risque de ne plus être dominant, non merci. Par contre, si on reste en 1re ligue, peut-être que je continue. Mais je vais tout faire pour qu’on monte!», confie-t-il à Blick et ses paroles peuvent être prises au sérieux au vu de sa prestation lors de ce premier match face à GC.

Saint-Prex, une équipe qui cavale

Saint-Prex, d’ailleurs, n’était pas attendu à ce niveau, étant néo-promu en 1re ligue. «Au début, bien sûr que c’était une surprise pour nous d’être en tête. Mais à Noël, on a commencé à se dire qu’il y avait un coup à jouer si le groupe ne bougeait pas trop. On est difficiles à bouger, on court beaucoup, on fait du pressing, comme le veut notre entraîneur Andy Laugeois», explique le défenseur central qui, lui, à son grand âge, est dispensé des grandes courses. «Heureusement!», rigole-t-il.

Ainsi est Sébastien Le Neün, défenseur ultra-fiable, mais qui n’a jamais connu le monde professionnel, lui qui a toujours été l’un des meilleurs à son niveau, en 1re ligue puis en Promotion League, mais n’a jamais eu l’opportunité de vivre du football en Suisse. «Je n’ai aucun regret, vraiment. Je suis arrivé à Vevey en 2013, j’avais déjà 25 ans. C’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie: la preuve, je ne suis jamais parti de la Suisse», sourit-il. Après avoir effectué sa formation à Laval, il touche à la Ligue 2, sans jamais entrer sur le terrain. «J’y ai cru, bien sûr. Avant Laval, j’avais effectué ma formation à Clairefontaine, comme de nombreux joueurs devenus professionnels». Il côtoie Jirès Kembo-Ekoko, le grand demi-frère de Kylian Mbappé (auquel il fera d’ailleurs passer des essais plus tard à Yverdon!), mais aussi Moussa Sissoko et Kevin Bru.

La génération 88 du football français

«On était la génération 88, pas la meilleure de l’histoire. Et moi, je n’étais même pas dans les meilleurs de celle-ci», dit-il avec franchise. Il comprend vite que l’équipe de France n’est pas pour lui, contrairement à ses prédécesseurs de la fameuse génération 87 (Karim Benzema, Jérémy Menez, Hatem Ben Arfa, Samir Nasri…), mais entrevoit tout de même un parcours professionnel. «Mais j’ai perdu du temps en étant formé numéro 6, alors que mon meilleur poste est clairement défenseur central. C’est comme ça, je n’ai aucun regret, j’adore ma vie.» Après Laval, il rejoint Viry-Châtillon, puis Alfortville, qui fusionne avec l’UJA Maccabi. Et c’est là qu’il entend parler de la Suisse pour la première fois. «Mickaël Dogbé venait de signer à Vevey. Je le connaissais et il m’a convaincu. J’étais curieux.» Son premier match, il s’en souvient très bien. «Un amical à Gumefens! J’ai tout de suite aimé la Suisse.»

Le tour du canton de Vaud

Il la découvre donc à Vevey, puis rejoint Stade-Lausanne-Ouchy, Bavois, Yverdon, Echallens, Bienne, toujours avec un statut de semi-amateur et donc l’obligation de travailler à côté pour gagner sa vie. «Ca ne m’a jamais dérangé. Comme je l’ai dit, bien sûr que j’aurais aimé toucher la Challenge League. C’est d’ailleurs pour cela que j'ai quitté Bavois, où j’étais très bien et où je travaillais dans l’entreprise du président, pour Yverdon. C’était un vrai défi sportif et c’est la seule fois où j’ai mis ma vie privée en deuxième position. J’avais 30 ans, je me suis dit que c’était le dernier moment.» YS était alors un candidat assumé à la promotion en deuxième division, mais échoue la première année face au SLO. La deuxième année, tous les championnats sont annulés à cause du Covid. Et le club nord-vaudois monte lors de la troisième saison, mais change tout son effectif. Et Sébastien Le Neün doit partir. «J’avais 33 ans, c’était fini.»

Sébastien Le Neün a joué trois saisons à Yverdon.
Photo: keystone-sda.ch

Avec le recul, il garde de toutes ces expériences l’assurance d’avoir toujours bien fait son boulot, et d’avoir à chaque fois atteint les objectifs collectifs, que ce soit l’accession aux finales (SLO), les promotions (Bavois, Yverdon, Saint-Prex) ou les maintiens (Bavois). «Et surtout des amitiés. Je ne peux pas citer tout le monde, mais de mes débuts à Vevey avec Cyril Barnabo, Johnathan Caeiro, Driton Ukic et tous les autres jusqu’à Muamer Zeneli, Dren Basha, Aziz Demiri, Florian Gudit, Ali Kabacalman, Kevin Martin ou dernièrement Sonny Kok, je suis fier d’avoir gardé des potes dans tous les vestiaires où je suis passé.» L’une de ces amitiés s’est d’ailleurs convertie en association puisque Sébastien Le Neün a fondé sa société «Success Secret» avec Alexandre Badibanga, qu’il a connu au SLO. «Nous sommes quatre, avec également Vincent Leclerc et Salim Kadri.»

Il a foné sa société Success Secret

L’entreprise des quatre associés et amis offre aux footballeurs la possibilité de progresser de manière individuelle, afin d’exploiter au mieux leur potentiel inné. «Chacun de nous a son potentiel et ce qu’il exploite réellement. Et nous, on essaie de réduire la distance entre les deux, afin que chacun tire le meilleur de lui-même. La clé, c’est d’apprendre à se connaître, de savoir où sont ses forces, mais aussi ses limites.»

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Lui-même a fait ce travail très tôt, de manière individuelle. «Je n’ai jamais été le plus rapide ou le plus explosif. C’est comme ça, ce sont mes fibres lentes. Alors, j’ai identifié mes limites et j’ai compensé en développant d’autres qualités, comme la lecture du jeu, l’anticipation, les duels», explique-t-il, désireux de transmettre son vécu.

Plus proche des valeurs suisses que françaises

«Et en Suisse, j’ai trouvé un pays conforme à mes valeurs. Je suis né à Paris, mais je suis Breton: j’aime le respect, le travail, la loyauté. Et aujourd’hui, même s’il y a des exceptions des deux côtés de la frontière et des contre-exemples partout, ce sont des valeurs que je retrouve plus en Suisse qu’en France. La seule chose, c’est que ma famille me manque. Mes parents, mon frère… Mais sinon, j’ai trouvé mon bonheur en Suisse.»

Ce qui ne l’empêche pas d’être pour les Bleus, alors que la Coupe du monde approche, tout en soutenant également la Suisse, son pays d’adoption. Et celui dans lequel, au final, il aura passé la deuxième moitié de sa vie footballistique, toujours à la grande satisfaction de ses clubs. Jusqu’à une dernière promotion avec Saint-Prex, sans aucun doute la plus inattendue de toutes? Il lui reste trois matches pour sortir par la toute grande porte.


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