Un quotient fair-play
Trois cantons romands prennent une mesure forte pour endiguer la violence dans le football amateur

La Vaudoise, la Genevoise et la Valaisanne unissent leurs forces avec une idée novatrice pour lutter contre la violence dans le football amateur: un quotient fair-play qui aura des conséquences directes au classement.
Blick_Tim_Guillemin.png
Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Jusqu'à aujourd'hui, les équipes amateurs de football en Suisse ne sont pas départagées en cas d'égalité de points par le goal-average, mais par le classement fair-play. Ce n'est pas le cas dans le football professionnel ou semi-amateur, mais dès les ligues régionales, mieux vaut ne pas prendre de carton jaune que marquer un but de plus que son adversaire direct.

Mais dès cet été, les associations genevoises, vaudoises et valaisannes ont décidé d'unir leurs forces et de franchir un pas supplémentaire pour endiguer la violence dans le football amateur: créer un quotient fair-play, qui aura des incidences concrètes au classement sous la forme de retraits de points.

Première mesure: trois points de moins au classement!

En clair, les points fair-play accumulés durant toute une saison par une équipe pour des cartons jaunes, rouges ou des comportements anti-sportifs seront désormais divisés par le nombre de matches joués. Si le chiffre est supérieur à 6, alors un retrait de trois points sera opéré au classement. Si le calcul donne 7, 6 points de suspension. La tabelle va jusqu'à 10. Et là, la sanction est lourde: quinze points de retrait au classement et exclusion immédiate ou relégation forcée.

L'objectif est clair: responsabiliser les clubs pour les dérives de leurs joueurs. Cette mesure sera appliquée dès la reprise des championnats la semaine prochaine et ce pour tout le foot à 11 joueurs. Les juniors jouant à 7 ne sont pour l'heure pas concernés.

Il pourrait y avoir des surprises après la première journée

Le classement sera actualisé après chaque journée. Ce qui veut dire qu'après la première journée de championnat, une équipe qui aurait reçu sept cartons jaunes (un point fair-play) aurait quatre points de moins au classement. Si elle a perdu son premier match, alors son compteur affichera -4. Charge à elle de ne pas prendre de carton lors de la deuxième journée pour améliorer son quotient fair-play et repasser en positif. «Ce sera affiché clairement et quasiment en temps réel, le mercredi après notre séance de commission de discipline, pour chaque équipe. Le classement sera interactif et dynamique», explique Dominique Fillettaz, membre du comité de l'Association cantonale vaudoise de football, à l'occasion d'une présentation publique ce mardi à Lausanne.

Vaud, Genève et le Valais sont pionniers

«La saison dernière, si le quotient fair-play avait existé, deux clubs auraient été relégués», dévoile Dominique Fillettaz, heureux et fier d'avoir contribué à mettre en place cette idée novatrice. «Nous sommes donc les trois cantons romands à faire office de pionniers, avec Soleure. Sur les treize associations régionales que compte la Suisse, nous sommes donc quatre à tester ce système cette saison. On espère qu'il sera ensuite étendu à toute la Suisse», explique-t-il.

Neuf arbitres vaudois ont dit stop après avoir été agressés

L'objectif de ce quotient fair-play est clair: renforcer la responsabilité des clubs et des équipes pour le comportement de leurs membres, mais aussi réduire les arrêts de match et, in fine, diminuer les amendes. «D'un côté, il faut dire que tout va bien. Sur les 11'000 matches organisés l'an dernier, 99,7% se sont déroulés sans problèmes. Mais la vérité est aussi qu'il y a eu 13 cas d'arbitres violentés sur et autour des terrains de l'ACVF qui ont été transmis à la commission de contrôle et de discipline de l'ASF. Nous parlons de cas graves. Neuf de ces arbitres ont mis un terme à leur carrière naissante, de peur! Ils ont perdu leur passion, ce n'est pas normal. Même à la finale de Graines de Foot à Gland, qui devrait être la fête des enfants, il y a eu un incident grave. C'est intolérable. Et nous ne pouvons pas rester sans réagir. La tolérance zéro est de mise, on ne va rien lâcher.»

Mieux vaut lâcher un bon joueur problématique

Dominique Fillettaz s'est ensuite adressé directement aux membres des clubs présents dans la salle: «Prenons une équipe qui a 22 matches à jouer. Si elle écope de 120 points fair-play, elle n'aura pas de retrait de point, c'est mathématique. Chers dirigeants, la balle est dans votre camp!» Porte-parole de l'ACVF, Vincent Antonioli est même allé plus loin: «Peut-être que vous devrez renoncer à un bon joueur qui serait problématique.»

Une charte à signer

Mélanie Hindi, du secteur éducation physique et du sport à l'Etat de Vaud, est elle venue présenter la charte éthique de l’ACVF réalisée par des membres de clubs de l’association eux-mêmes. Les points: Respect, Egalité, Plaisir, Responsabilité et Inclusion. Tous les dirigeants de clubs présents ont signé le document.

Articles les plus lus