En quinze minutes à peine d’entretien avant la Coupe du monde, Loun Srdanovic a eu le temps de sortir une bonne dizaine de punchlines, de celles qui font le bonheur des journalistes, un peu moins des attachés de presse. Par exemple? «Je veux marquer le football». «J’ai toujours su qu’un jour je serais millionnaire». «Je sais que je vais être un grand joueur». Des affirmations qui ont de quoi faire bondir hors contexte, mais la vérité oblige à dire que ce jeune homme les a prononcées avec un naturel désarmant, tout en faisant preuve d’une sincère humilité, ce qui semble paradoxal, mais est bien réel.
Bienvenue donc dans le monde de Loun Srdanovic, jeune homme sûr de lui de 19 ans, où ces paroles ne reflètent absolument aucune arrogance, bien au contraire. Elles pourraient être interprétées de cette manière, surtout après une saison blanche, mais elles témoignent surtout d’une ambition très saine, et ce jeune homme sait exactement où il en est. Et il a les pieds bien sur terre. Il se rappelle ainsi parfaitement l’un de ses premiers revers, celui du jour où il s’est rendu compte que tous ses coéquipiers de Meyrin avaient effectué une semaine de test à Servette. Tous, sauf lui.
«Là, j’ai pris un coup au moral. Mais mon oncle a été très important, il m’a permis de garder espoir. Il a toujours été là pour moi, même dans les moments de doute. Et c’est lui qui m’a toujours dit que j’allais finir latéral!» Le tonton a eu une bonne intuition et a surtout toujours été de bon conseil. «Et aujourd’hui, je suis là, aux portes d’une carrière pro.» Et ses coéquipiers de l’époque? «Un seul a percé, Axel Kayombo.»
Dès 15 ans, il lâche tout pour devenir footballeur professionnel
Après avoir été dans un premier temps recalé, le jeune Loun, fils d’une mère camerounaise et d’un père possédant les nationalités serbe, croate et allemande, intègre le Servette FC à l’âge de 14 ans. «Et là, je me suis dit que c’était parti. Je savais que j’allais devenir pro.» Il n’hésite pas à mettre les études de côté, de même que les autres sports.
«J’ai fait de tout, vraiment! Basket, tennis, kickboxing… J’aurais pu devenir pro dans plein de sports, je pense. Cette polyvalence, c'est une richesse. Mais dès 15 ans, c’était le foot et rien d’autre.» Sa petite sœur Scya (16 ans) est déjà internationale suisse de basket, tandis que les petits frères, nés en 2012 et 2015 et aujourd'hui à Meyrin, poussent très fort derrière au foot. «Mais laisse tomber comme ils sont forts... »
Plus que lui au même âge? «Mais bien sûr! Leur compréhension du jeu est incroyable, le niveau a augmenté. Je suis sûr qu’ils vont réussir. Mon rêve, c’est qu’on soit tous pros en même temps, ma sœur en basket nous trois en foot.» La route a bien été tracée par leur aîné.
Le fameux docteur allemand l'a beaucoup aidé
Si le jeune Loun Srdanovic a tout de suite été coté, sa progression a été freinée par cette embêtante blessure au dos qui l’a éloigné des terrains de novembre à avril cette saison. «Pfff…. C’était très très long. Ne pas pouvoir s’exprimer sur le terrain, alors que vous vivez pour le foot, c’est dur. Surtout, c’étaient des aller-retours, c’était compliqué pour tout le monde, le coach et moi. Il pensait que j’étais prêt à revenir, moi aussi, je m’entraînais… et non. Personne ne savait vraiment quand j’allais enfin pouvoir enchaîner. Au bout d’un moment, on a changé l’approche: au lieu de passer d’abord par une phase où je devais courir seul, il m’a directement intégré dans le jeu, dans les parties techniques.»
Surtout, quand les problèmes de dos ont été trop marquants, le jeune homme est allé se faire soigner en Allemagne, chez le fameux médecin du sport Hans-Wilhelm Müller-Wohlfahrt. Une rencontre qui a tout changé. «Il m’a vraiment beaucoup aidé. Aujourd’hui, je n’ai plus de douleur, je suis au top. Je suis heureux de pouvoir enfin montrer mes qualités.»
Il n’a cependant pas pu enchaîner comme il le désirait, puisqu’il a pris un quatrième carton jaune. Et que les vacances sont déjà là. Par contre, il entend bien mordre à fond dans la préparation de la nouvelle saison. «Je vais penser à prendre soin de moi, à passer du temps en famille et avec mes amis. Et dès la mi-juin, ce sera foot à fond!» Son objectif? «A court terme, il est très simple: enchaîner les matches, me sentir bien et gagner des matches.»
René Weiler l'a convaincu de rester
Alors qu’il était un élément très prometteur de l’académie du Servette FC et qu’il était courtisé à l’étranger, le jeune homme des Avanchets (un quartier d’enfance qu’il partage avec Dereck Kutesa et Jamie Atangana) a choisi de rester à Genève, contrairement à Johan Manzambi, Roggerio Nyakossi ou Winsley Boteli, par exemple. A-t-il été tenté de les imiter à un moment? «Oui, je ne vais pas mentir, ça m’est passé par la tête. J'ai senti que la première équipe était un peu bouchée, mais j’ai été retenu par René Weiler, qui a bien fait son travail. Il m’a convaincu de rester par son discours. Et il a tenu parole en m’intégrant à la première équipe. Et j'en suis très content, parce qu'au fond je ne voulais pas partir.»
Il a en effet effectué le trajet avant ses coéquipiers du même âge, lesquels ont dû attendre l’arrivée de Jocelyn Gourvennec pour avoir du temps de jeu avec les pros. «J’étais un peu une exception, c’est vrai. Mais je le redis, René Weiler a été parfait avec moi.» L’ex-entraîneur et directeur sportif du SFC a donc empêché la fuite de ce talent-là et cette réussite est à mettre à son crédit.
Et maintenant? Loun Srdanovic a-t-il la tête qui tourne en voyant son nom associé à plusieurs bons clubs européens, lui qui est régulièrement cité comme l’un des latéraux les plus prometteurs de la génération 2006? «Autour de moi, on m’a toujours dit de rêver grand et d’aller le plus loin possible, même si ça pouvait sembler arrogant aux yeux des autres quand j'avais 15 ans. C’est mon ambition, ma philosophie, mais il ne suffit pas de le dire, il faut travailler pour y arriver. Je sais où je veux aller, je sais qui je suis et je sais ce que j’ai fait… et ce que j’ai encore à faire. Les rumeurs, ça fait toujours plaisir, c’est sûr. Je suis humain, je les vois, ça me fait sourire. Mais aujourd’hui, ce que je veux, c’est juste rejouer au football et enchaîner les matches.»
«Je veux qu'on se souvienne de moi»
Une ambition saine et un parcours qu’il veut construire étape par étape. «J’adore Servette, sincèrement. Si je peux me montrer aux yeux de tout le monde d’abord avec la première équipe, et ensuite éventuellement penser à partir, ce serait top. C’est le chemin que je veux suivre en tout cas», explique-t-il, donnant ainsi plus de corps à ces fameuses punchlines dans lesquelles il veut «marquer le football». «Oui, bien sûr que je veux qu’on se souvienne de moi et je n’ai pas peur de le dire. Mais j’ai du travail devant moi. J’ai envie d’être un grand joueur et faire de grandes choses. Peut-être qu’on va me prendre pour un fou, mais j’y crois.»
Alors qu’il ne lui reste qu’un an de contrat, une situation qui embête forcément un peu la nouvelle direction sportive du Servette FC, le jeune homme a-t-il des raisons de croire à un avenir au plus haut niveau? Tout à fait, répond son entraîneur Jocelyn Gourvennec, lequel en a vu passer de très nombreux autres en France, que ce soit comme joueur ou comme technicien.
«Sa problématique, c'est de pouvoir enchaîner»
«Il a le potentiel pour être le titulaire de la Nati à l’avenir et jouer en France, en Allemagne, en Italie, même en Espagne, je n’ai aucun problème à le dire, assure le Breton. Il est très complet. Après, une fois qu’on a dit ça, il y a du travail. Il peut y arriver demain, après-demain, après-après-demain… Sa problématique à lui, elle est connue, c’est de pouvoir enchaîner, ce qu’il n’a pas réussi à faire cette saison. Il y avait toujours un contre-temps, une nouvelle douleur… Ça a été très difficile. S’il arrive à enchaîner, il montrera tout son potentiel, qui est élevé.»
Et sur ce discours plein de punchlines pour marquer l’histoire? «C’est bien qu’il ait cette mentalité de compétiteur, qu’il soit ambitieux», sourit son coach. «Ambitieux, ça ne veut pas dire se prendre pour un autre. On peut être humble et ambitieux, ce n’est pas antinomique.» Loun Srdanovic le prouve tous les jours.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Thoune | 38 | 28 | 75 | |
2 | FC St-Gall | 38 | 25 | 70 | |
3 | FC Lugano | 38 | 17 | 67 | |
4 | FC Sion | 38 | 23 | 63 | |
5 | FC Bâle | 38 | -3 | 56 | |
6 | Young Boys | 38 | 11 | 55 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | FC Lucerne | 38 | 10 | 53 | |
2 | Servette FC | 38 | 8 | 53 | |
3 | FC Lausanne-Sport | 38 | -14 | 42 | |
4 | FC Zurich | 38 | -23 | 38 | |
5 | Grasshopper Club Zurich | 38 | -26 | 33 | |
6 | FC Winterthour | 38 | -56 | 23 |

