«C'est un chien féroce»
Dominik Albrecht, l’architecte discret du miracle thounois

Longtemps dans l’ombre, Dominik Albrecht est l’un des artisans de l’ascension du FC Thoune. Portrait d’un directeur sportif discret mais central dans le conte de fées du promu.
1/6
Une ascension fulgurante : Dominik Albrecht est passé de la candidature spontanée au poste de directeur sportif de Super League.
Photo: BENJAMIN SOLAND
RMS_Portrait_AUTOR_465.JPG
Benjamin _Soland_Fotograf _Blick Sport_2-Bearbeitet.jpg
Simon Strimer et Benjamin Soland

«Dans le quartier où j’ai grandi, nous passions pratiquement chaque après-midi libre sur la place de récréation voisine. En jouant au hockey de rue ou au football, nous organisions des championnats. Par exemple, je donnais à mes camarades des contrats dans lesquels ils devaient ''s’engager'' à jouer dans notre équipe, et j’avais un classeur pour conserver ces documents.»

Ce souvenir d’enfance est raconté par Dominik Albrecht. Directeur sportif du FC Thoune depuis plusieurs années, il a largement contribué à l’exploit réalisé par le promu en Super League. Pourtant, il reste encore peu connu du grand public. Qui est l’homme derrière la réussite du club bernois?

Un parcours atypique, passé par l’unihockey

«Je me souviens d’un autre épisode», raconte Emanuel Antener, figure de l’unihockey suisse. Avec Dominik Albrecht, il ne joue pas sur la place de récréation, mais plus tard, au sein de l’équipe de LNA de Floorball Köniz. Albrecht y deviendra capitaine avant de mettre un terme à sa carrière en 2014.

Football ou unihockey? Pendant un certain temps, Dominik Albrecht a fait les deux en parallèle.
Photo: BENJAMIN SOLAND

«Il y avait ce jeu en ligne, Hattrick. Ce jeu de management connaissait un grand succès et beaucoup de joueurs de notre équipe y jouaient. La plupart s’y intéressaient sans trop s’y investir, mais Dominik était déjà celui qui y consacrait sans doute le plus de temps et qui abordait le jeu avec beaucoup d’ambition.»

Malgré ce rêve d’enfant, Albrecht doit travailler dur pour accéder à la fonction de directeur sportif. À 25 ans, alors qu’il évolue encore en LNA en unihockey, il envoie une candidature spontanée à l’actuel président thounois Andres Gerber, qui venait tout juste de prendre la fonction de directeur sportif à l’époque. Il doit le relancer. «Il avait logiquement d’autres priorités que de s’occuper de ma candidature», raconte-t-il en riant. Mais c’est justement là que se situe l’opportunité: Gerber est débordé et heureux de recevoir un coup de main. Une chance pour Albrecht.

Dominik Albrecht (à gauche) sous le maillot de Köniz en 2010.
Photo: Keystone

Un directeur sportif réputé dur en négociation

Aujourd’hui, Gerber est président du FC Thoune. Il se souvient des débuts de Dominik Albrecht, avec qui il travaille désormais sans interruption depuis quinze ans. «Tout a commencé par un stage. Il devait organiser des camps d’entraînement, déposer des demandes de qualification. Tout ce qu’on lui confiait était fait de manière solide et structurée. Sa charge de travail a donc progressivement augmenté et il a reçu de plus en plus de responsabilités.»

Après la relégation du FC Thoune en 2020, Gerber devient président. La voie s’ouvre alors pour Albrecht vers le poste de directeur sportif et vers la réalisation du rêve qu’il nourrit depuis l’enfance. Le duo se complète bien. Là où Gerber privilégie l’harmonie, Albrecht apporte une approche plus ferme, notamment lors des négociations. «C’est un chien», glisse l'homme fort du FC Thoune avec un sourire.

Un profil exigeant qui peut agacer les agents

Albrecht est non seulement réputé pour sa fermeté en négociation, mais aussi pour sa grande précision, parfois perçue comme de la minutie excessive. Plusieurs interlocuteurs soulignent que cette manière de travailler peut parfois se révéler exigeante pour les agents de joueurs.

Le quarantenaire l’assume. «Je suis très clair dans les négociations et j’ai mes principes. Si certains me décrivent comme têtu ou mordant, je peux le comprendre. Mais je parlerais plutôt de constance et de franchise. J’estime que les joueurs doivent toujours savoir où ils en sont, et je trouve juste de leur fixer un cadre clair.»

Quand on est assis en face de Dominik Albrecht à la table des négociations, on mord parfois à l'hameçon.
Photo: BENJAMIN SOLAND

Albrecht est père de trois filles. La plus jeune a quatre mois. Le directeur sportif du FC Bâle, Daniel Stucki, avait un jour affirmé que la vie de famille n’était en réalité pas compatible avec la fonction de directeur sportif. Avec l’accent mis sur «en réalité». Comment cela se passe-t-il à Thoune? «Je comprends cette remarque», répond le Bernois. «Il s’agit surtout d’organiser son quotidien pour que cela reste possible. Mais réussir à être pleinement présent pour mon entourage reste le plus grand défi pour moi.»

Un mercato d’été qui s’annonce agité

Il s’apprête maintenant à vivre sa période de transferts la plus agitée en tant que directeur sportif. Après l’ascension spectaculaire du promu, matérialisée par un titre de champion devenu difficile à contester, plusieurs joueurs ont attiré l’attention, comme Ethan Meichtry, Elmin Rastoder, Niklas Steffen, Valmir Matoshi, Nils Reichmuth ou Michael Heule. «Je m’attends à un remaniement plus important que l’été dernier. Mais cela ne signifie pas forcément que ce sera le cas», explique Albrecht.

Quoi qu’il arrive, il restera une figure centrale du club durant l’été. À propos de son avenir, il se montre clair: «J’ai récemment prolongé mon contrat avec Andres Gerber et je me sens extrêmement bien au FC Thoune. J’ai aussi trois enfants, dont deux sont scolarisés, et notre famille est très attachée à la région. Aujourd’hui, je ne m’imagine pas dans un autre club en Suisse. Et l’étranger ne m’attire pas non plus pour le moment.»

Une chose apparaît certaine: Dominik Albrecht n’est pas un dirigeant attiré par le prestige du grand monde du football. Il est plutôt l’homme qui, au cœur du conte de fées du FC Thoune en Super League, vit simplement le rêve qu’il imaginait déjà enfant sur une place de récréation.

Super League 25/26
Équipe
J.
DB.
PT.
1
FC Thoune
FC Thoune
29
34
68
2
FC St-Gall
FC St-Gall
29
23
54
3
FC Lugano
FC Lugano
29
10
49
4
FC Bâle
FC Bâle
29
4
46
5
FC Sion
FC Sion
29
8
42
6
Young Boys
Young Boys
29
3
42
7
FC Lucerne
FC Lucerne
29
3
36
8
FC Lausanne-Sport
FC Lausanne-Sport
29
-2
36
9
Servette FC
Servette FC
29
-6
33
10
FC Zurich
FC Zurich
29
-16
31
11
Grasshopper Club Zurich
Grasshopper Club Zurich
29
-14
24
12
FC Winterthour
FC Winterthour
29
-47
16
Tour final
Tour de relégation
Mentionné dans cet article
Articles les plus lus