Les trois secrets d'Onis Swiss
Comment Serse Pedretti est devenu incontournable dans le football suisse

La marque italienne Macron est désormais visible partout en Suisse. Derrière cette ascension fulgurante se cache un homme: Serse Pedretti. Le Bergamasque est désormais à la tête d'une société florissante, en étant parti d'absolument rien.
Serse Pedretti, dans son atelier de Bergame.
Photo: DR
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Il suffit d'avancer quelques mètres dans cette fabrique de vêtements, pas très loin de l'aéroport de Bergame, pour se retrouver en plein coeur du football suisse. Un fanion du FC Le Landeron est accroché au mur. A peine plus loin, une couturière assemble un maillot personnalisé du FC Saxon après avoir récupéré les différentes pièces dans des bacs posés à ses pieds. Une écharpe du FC Saint-Gall en est en cours de confection un peu plus loin. Sur la table d'à côté, un carton est lui prêt à partir en direction de l'Allemagne, avec «Kaiserslautern» marqué en grand. Le téléphone sonne: un dirigeant du FC Vicenza a besoin de maillots en urgence. «On fera ça dès qu'on a fini ceux des arbitres», répond le responsable. Tout le monde travaille, plus de vingt personnes sont présentes en ce jeudi matin, mais le calme règne. Chacune et chacun connaît son rôle et le ballet est bien exécuté.

Les trois secrets de Serse Pedretti

Si le football suisse, en particulier romand, est aussi bien représenté dans cet atelier de Lombardie, un homme en porte la responsabilité: Serse Pedretti. Un nom de plus en plus connu en Suisse depuis plusieurs années maintenant, que ce soit dans les clubs professionnels comme Sion, Lausanne et Bâle, mais aussi via les clubs amateurs. L'homme a trois secrets: un sens du contact hors du commun, une force de travail impressionnante et la volonté de ne jamais décevoir un seul client, qu'il soit grand ou petit. «Si tu as ça, tu peux déjà travailler...», sourit-il, alors que Blick lui rend visite chez lui, à Bergame, où tout a commencé. 

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Serse Pedretti, donc. Si certaines personnes ont le contact facile, ce serait beaucoup trop réducteur d'utiliser cette expression pour parler de l'Italien, tant cette sympathie fait partie de lui. Chaque repas de soutien est l'occasion pour lui de rencontrer de nouvelles personnes, du président du club au responsable matériel. «Je ne sais même pas combien j'en fais par année. 100 peut-être», glisse-t-il, lui qui ne se contente pas de rester dans son coin avec son catalogue de produits. «Je ne joue pas un rôle. J'aime rencontrer des gens», explique le représentant de la marque Macron en Suisse, ce qui explique pourquoi la marque est aussi visible depuis plusieurs années.

Réactivité et qualité

«Nous avons de bons produits et les clubs le voient tout de suite. Tout est fabriqué à 100% en Italie, les prix sont compétitifs. Et surtout on livre vite», explique celui qui a fondé sa propre marque, Onis, basée à Martigny en Suisse romande. Les clubs adorent la «méthode Serse», puisqu'Onis est bien plus réactive que les grandes marques. «S'il faut refaire un maillot de gardien, on le fait en quelques jours. Et on livre.» Et chaque client a la même importance. «L'erreur qu'on ne fait pas, c'est de penser que le FC Sion est plus important que le FC Saxon. Bien sûr que le volume n'est pas le même, c'est évident. Mais le soin qu'on apporte, il est égal.» Il n'y a d'ailleurs pas que le football: des équipes de rugby et de basket font également appel à Onis.

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Tout a débuté au début des années 2000, lorsque Serse Pedretti fait valoir son sens du contact en tant que barman à Bergame, sa ville. «Et puis un jour, je suis entré dans un magasin de sport. J'ai tout de suite beaucoup trop vendu», rigole-t-il. Il se met à son compte, ouvre un bureau au centre-ville. «Mais après quatre jours, j'ai dû partir. Il y avait des cartons partout dans les escaliers, les avocats du bureau d'à côté n'arrivaient plus à passer.» Il part alors en banlieue et, pour développer son business naissant, décide de passer la frontière et d'aller prospecter en Suisse, du côté du Tessin. «Et là, c'est bien parti. J'ai eu mes premiers clubs, j'ai compris la mentalité, ce qu'on pouvait faire ou pas. J'ai vite ouvert un bureau au Tessin, parce que je ne pouvais pas passer la douane tous les jours avec mes cartons de mailots.»

Servette, le premier contact en Suisse romande

Son premier contact avec la Suisse romande a lieu grâce au Servette FC et à son fameux match de Coupe de l'UEFA contre Valence en 2002. «Ils avaient besoin de maillots en urgence, Adidas ne pouvait pas l'assurer. Alors, je les ai fait en un temps record. En accord avec Adidas, bien sûr.» Ainsi est Serse Pedretti, qui rend service sans réfléchir, ne pose pas de questions et récolte plus tard les fruits de son travail. «Un client satisfait, ce n'est pas une question d'argent. Ce qui compte, c'est la relation, la confiance. Ensuite, il y a la facture. Mais ce n'est pas ça qui détermine la qualité du travail.»

Photo: DR

Depuis vingt-sept ans qu'il a créé Onis («Le signe du destin, c'est que c'est l'anagramme de Sion, le club avec qui je travaille le plus en Suisse aujourd'hui, mais j'ai choisi ce nom parce qu'il était court, qu'il sonnait bien») et son entreprise affiche aujourd'hui un chiffre d'affaire de huit millions d'euros. La petite société a bien grandi et son patron et fondateur a pu suivre la finale de la Coupe de Suisse d'une manière totalement relâchée dimanche: à la fin, il avait de toute façon des produits dans le club vainqueur. Les t-shirts et les drapeaux du SLO ont été confectionnés dans son usine de Bergame et le FC Saint-Gall est un client régulier.

«C'est comme les matches entre le LS et Bâle, je suis tranquille dans ma loge Onis à la Tuilière», sourit-il, lui dont le coeur ne bat véritablement que pour une équipe: l'Atalanta. «C'est vrai, rien n'est au-dessus de la Dea. Mais je suis pour toutes les équipes Onis et Macron, les actuelles comme les futures», assure-t-il dans un sourire.

Ainsi est Serse Pedretti, que la vie a amené en Suisse et qui peut désormais se débrouiller pour faire des affaires en allemand et en français, deux langues qu'il a appris au fil de ses voyages et de ses 50'000 kilomètres par année passées sur les routes suisses et italiennes. Et pour les clubs qui ne connaissent pas encore Serse Pedretti, s'il en reste, attention: le rencontrer une fois, c'est prendre le risque de ne jamais le quitter.

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