«Ce sont les États-Unis, tout est plus grand ici», se marrait dans la zone mixte ce représentant de l'une des sélections qualifiées pour la prochaine Coupe du monde. Et c'est peu de le dire: les invités, légendes du football, journalistes, membres des staffs, téléspectateurs et j'en passe ont eu droit à un début d'après-midi (ici à Washington) pour le moins long. Pour la presse, c'est même toute la journée qui s’est avérée interminable.
La FIFA préconisait la veille du tirage au sort lors du briefing d'arriver «bien en avance» aux alentours du Kennedy Center qui accueillait le tirage au sort dès midi. Surprise le lendemain matin: il neige, alors même que la veille un grand soleil surplombait la capitale américaine et que la température était agréable. L'or blanc tombait ainsi comme pour souffler dès le réveil que cette journée ne serait pas comme les autres.
Service secret, armée et police
Et elle l'a été, donc, avec la découverte pour moi de ce qu'est vraiment la rigueur américaine en termes de sécurité. Si vous vous êtes déjà rendus aux USA, vous avez vécu cette longue attente à la douane et l'interrogatoire de l'agent qui va avec. Autour du Kennedy Center, la présence notamment de Donald Trump obligeait à renforcer tout le dispositif. Quartier entièrement bouclé, chiens renifleurs, service secret en charge de la fouille minutieuse de chaque sac, police, armée, portiques de sécurité, fouille corporelle.
De quoi créer une longue file d'attente au point de passage vers le Kennedy Center - au moins une heure d'attente - et donc des gens mécontents. Mais surtout, sur le plan personnel, la satisfaction d'avoir écouté - et pris au sérieux - cet employé de la FIFA qui nous conseillait d'arriver en avance. Une fois les contrôles passés, place à un début d'euphorie rapidement calmé par un autre employé de la FIFA - moins sympa celui-ci - indiquant que les portes du Grand Hall où aurait lieu le tirage resteraient fermées pour la presse.
La cérémonie a été longue pour tous, ou presque
De quoi créer le sentiment étrange d'être invité à l'événement, mais de déranger quelque peu l'intimité que veut créer Gianni Infantino avec les politiques et les légendes du ballon rond. Nous étions donc une très grosse partie des 900 journalistes accrédités dans le complexe REACH, à deux pas du Kennedy Center. Dans un brouhaha créé notamment par les reporters sud-américains, grands fans de réactions vidéos réalisées à peu près toutes les 30 minutes. Et puisqu'il neigeait et faisait froid dehors, chaque centimètre carré du hall d'entrée était occupé.
Certains se trouvaient malgré tout dehors, à affronter la neige qui tombait sans discontinuer, tentant de capturer l'arrivée, dans de gros véhicules aux vitres teintées, de l'une ou l'autre star. Puis vint l'heure du tirage, des rires dans la salle lorsque Donald Trump s'avance vers un pupitre pour procéder au tirage symbolique des États-Unis, des soupirs lorsque Gianni Infantino fait son apparition sur scène pour la énième fois ou qu'une nouvelle prestation musicale démarrait.
«The show must go on»
Avant de finalement avoir ce pourquoi nous nous sommes rendus aux Etats-Unis - et que les fans de football ont allumé leur télévision: le tirage au sort. Et là, le sérieux revient dans la salle, les murmures se multiplient à chaque pays tiré. Les claviers d'ordinateur se font entendre. Une fois le verdict tombé, les représentants des médias courent presque en direction la zone mixte, dans laquelle seuls 300 d'entre nous avions accès. Une décision compréhensible compte tenu de la taille du chapiteau monté pour l'occasion et par la présence d'au moins 42 des 48 sélectionneurs qui seront au Mondial.
Mais aussi par l'attroupement, pour ne pas dire l'euphorie, de journalistes du monde entier créé par la venue de Carlo Ancelotti, le sélectionneur du Brésil, à quelques mètres de l'emplacement dédié à la Suisse. Murat Yakin a également eu droit à des questions venant des quatre coins du monde, sans que le sélectionneur de la Nati ne sache sans doute vraiment à qui il répondait, avant de s'en aller à la découverte de la Californie et de ses camps de base potentiels.
Puis revint le calme, chacun s'en allait écrire ses articles, monter ses vidéos. Le tout avant de quitter définitivement le REACH, de repasser devant le Kennedy Center dont nous n'aurons vu que l'entrée et de remonter une avenue déjà revenue à la vie normale et débarrassée de ses barricades. C'est ça aussi les USA: on monte un grand barnum, on le sécurise, puis on passe vite à autre chose. Ailleurs. Mais tout aussi grand.