Martin Chivers est parti, mercredi. Buteur de légende du football anglais, mais également du Servette FC, il emporte avec lui une malle remplie de souvenirs du football des années 60 et 70. «C’est une surprise, souffle Lucio Bizzini au bout du fil, touché. Les nouvelles disaient toujours qu’il était en forme. Il est parti rapidement.» Pour Blick, son ancien coéquipier – et ami, vous le verrez – avec qui il a évolué à Servette de 1976 à 1978 se remémore ce «grand personnage».
«Au-dessus du lot»
Martin Chivers n’a passé que deux ans au Servette FC. Une période courte, mais suffisante pour inscrire 33 buts en 74 matches (selon Transfermarkt) et soulever la Coupe de Suisse 1978. Son duo avec Claude Andrey reste en mémoire de tous les habitués du stade des Charmilles de la fin des années 70.
«On a beaucoup insisté sur son jeu de tête, mais on n'a pas assez parlé du reste, commence Lucio Bizzini. Il avait une finesse extraordinaire dans les pieds. C’était un gars très fort footballistiquement.» À l’entraînement, difficile de piquer la balle au seul étranger de l’équipe, comme c’était le cas à l’époque. «Il était au-dessus du lot. Peter Pazmandy (ndlr: entraîneur du Servette FC de 1976 à 1982) et Roger Cohannier (ndlr: président du club de 1974 à 1980) étaient allés le chercher en Angleterre», se souvient l’ancien capitaine de l’équipe nationale suisse.
Une pioche plus que convaincante et un buteur de classe mondiale au Servette FC, qui aura apporté pendant, mais également après sa période grenat. «Il n’est resté que deux ans, mais ç'a été un élément essentiel au parcours de Servette, explique Lucio Bizzini. Quand il est parti, on a tout gagné (ndlr: quadruplé en 1979), et ce n’est pas un hasard. On avait tous pris une dimension supérieure, individuellement.»
«Ce match» contre la Pologne
En Angleterre, Martin Chivers est une légende du football. Après un début de carrière à Southampton (81 matches, 35 buts), sa ville natale, c’est à Tottenham qu’il a écrit l’histoire, devenant l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du club du nord de Londres (167 buts en 350 matches). Sans oublier ses 24 sélections (pour 13 buts) avec les Three Lions.
«C’est hallucinant, il marquait un match sur deux. C’est l’un des plus grands buteurs du football anglais», affirme Lucio Bizzini. Pour autant, Martin Chivers «n’a pas fait la carrière qu’il aurait dû faire», d’après son ancien coéquipier, dont l’avis sur le football reste affuté.
Pour le Tessinois, Martin Chivers aurait pu briller bien plus avec la sélection anglaise. «Mais il n’a plus été sélectionné après ce match contre la Pologne», replace Lucio Bizzini. «Ce match», c’est la qualification à la Coupe du monde 1974 manquée. Un traumatisme pour le football anglais.
Un coéquipier aimé
À Genève, pas de traumatisme, et même plutôt d’excellents souvenirs laissés derrière lui. Au-delà du terrain, Lucio Bizzini se souvient «[d’]un personnage qu’on admirait tous. Un gars intelligent, plein d’humour, affable». Un homme qui n’a oublié ni son passage au bout du Léman, ni ses coéquipiers sous la tunique grenat. «Il tenait aux personnes. Combien de fois nous a-t-il invités en Angleterre?, se remémore l’ancien défenseur. Je n’y suis jamais allé. On regrette toujours quand les gens disparaissent.»
Par-delà le regret, restera surtout beaucoup d’amour. «J’ai envoyé la nouvelle de son décès dans un groupe WhatsApp avec mes anciens coéquipiers du Servette FC. Petit à petit, arrivent les mots de mes camarades. Tout le monde signale cette bienveillance de Martin, confie Lucio Bizzini. C’était un coéquipier, mais aussi un ami.»