«Donner plus que 100%»
À Sinop, la Turquie joue plus qu’un match ce samedi face à la Nati

La Turquie va tenter d'emmener la Nati sur le terrain des émotions ce samedi soir à Sinop. L'engouement est énorme dans cette cité balnéaire du nord du pays, pas habituée à recevoir des matches internationaux. Coup d'envoi à 18h, heure suisse.
Les 10'000 places du Sinop Sehir Stadium, face à la mer Noire, ont été vendues en moins de vingt-cinq minutes!
Photo: keystone-sda.ch
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Tim GuilleminResponsable du pôle Sport

Dès leur arrivée sur le sol de Sinop, mercredi en fin d'après-midi, les joueuses de l'équipe nationale turque ont ressenti une ferveur qui, dans la zone UEFA, ne peut exister que dans ce pays fou de football. Les 10'000 billets pour la rencontre de samedi face à la Suisse se sont vendus en vingt-trois minutes et plusieurs centaines de personnes, au minimum, seront présentes en dehors du stade, sans avoir de billet! Cette passion, les joueuses l'ont ressentie dès l'aérodrome lorsqu'elles ont été accueillies par une centaine de fans, avec tambours, cris et chants. Et elles ont bien envie d'offrir, en retour, une victoire à leurs supporters.

La capitaine Ebru Topçu, auteure d'un fort joli but mardi à Zurich lors de la défaite 3-1 face à la Suisse, s'est montrée très reconnaissante, à la veille de ce match retour qui passionne la ville. «Je voudrais commencer par remercier chaleureusement la population de Sinop. Nous avons été vraiment très bien accueillies ici. Tout le monde nous a fait sentir que nous avions de la valeur. Nous voulons leur offrir une victoire ici demain», a-t-elle assuré, rejointe par la sélectionneure Necla Güngör Kıragasi.

«Enthousiastes et très honorées»

«Nous disputons notre quatrième match, un match très important, dans une ville où tous les billets se sont vendus très rapidement, où la demande est très forte, et où nous savons que les gens seront à nos côtés quoi qu’il arrive, que nous gagnions ou que nous perdions. Nous sommes à la fois très enthousiastes et très honorées», a assuré la technicienne. «Pour ne pas les décevoir et pour être à la hauteur de l’attente, nous voulons jouer notre meilleur match demain, en donnant peut-être même plus que le 100% de nous-mêmes.»

Il s'agira de la toute première fois qu'un match international se jouera à Sinop, cette cité balnéaire de la mer Noire et ce choix, un peu étonnant au premier abord, s'explique par plusieurs facteurs, notamment le fait que le stade, construit au bord de l'eau, soit très moderne. Les nombreux hôtels, de loin pas encore tous occupés vu que l'été est encore loin, aident également, tout comme la proximité de l'aéroport avec le stade et la ville. De l'aveu même de plusieurs Turcs rencontrés depuis mercredi, Sinop est considérée comme l'une des villes les plus sûres du pays et l'équipe nationale suisse a été extrêmement bien accueillie, elle aussi. La population et la ville se montrent à la hauteur, et plus que largement.

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Défenseure centrale, Eda Karatas s'est dite touchée par cette effervescence. «J'espère que nous ne vous décevrons pas. C'est ce dont nous avons parlé avec toute l'équipe: ne décevons pas les gens. Car nous sommes peut-être face à un engouement que l'on voit très rarement dans le football féminin. Depuis notre arrivée en ville, tout le monde, de la préfecture à l'ensemble des autorités locales, nous réserve un accueil si chaleureux que les gens viennent nous saluer lorsque nous passons en bus. C'est très précieux et très important pour nous. Et comme nous nous sentons valorisées, nous allons essayer de donner le meilleur de nous-mêmes demain. C'est pourquoi je tiens tout d'abord à remercier très sincèrement nos supporters. Ils occuperont pendant le match une place très précieuse, au plus profond de notre cœur.»

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Les Turques entendent bien s'appuyer sur cette ferveur et ces multiples déclarations d'amour pour bousculer la Nati et la rejoindre à la première place du groupe ce samedi soir, ce qui sera le cas avec une victoire. 

Sinop, la ville des femmes

Necla Güngör Kıragasi ne cache pas cette ambition, qui dépasse le simple cadre sportif. «Nous voulons à notre échelle contribuer à la transformation générale de la société grâce au football féminin», a-t-elle glissé, comme pour rappeler que ce rendez-vous à Sinop est aussi un symbole, car la ville est historiquement perçue comme «une ville de femmes», un lieu où celles-ci occupaient déjà une place centrale à l’époque de l'Empire seldjoukide. «Si nous pouvons laisser ici l’empreinte des femmes demain, nous en serons très heureuses», glisse-t-elle, dans une référence historique importante.

Le match de samedi aura aussi une dimension intime pour plusieurs joueuses, à commencer par Ebru Topçu. «C’est ici, à Sinop, que plusieurs d'entre nous avons fait nos premiers pas dans le football», a-t-elle rappelé, évoquant un retour chargé d’émotion. «À 12 ans, nous jouions déjà sur ce terrain. Demain, ce sera un match bien plus important. Cette ville est très spéciale pour nous et nous voulons gagner ici.»

Une histoire que complète volontiers sa sélectionneure, en élargissant le propos. «Les joueuses que nous avions repérées il y a dix ou douze ans dans les villages sont aujourd’hui en équipe nationale», souligne-t-elle, fière d’un travail de formation inscrit dans la durée. «C’est précieux en termes de durabilité et cela montre leur persévérance.»

La Suisse, «une équipe de très grande qualité»

Face à cet élan, la Turquie garde toutefois les pieds sur terre. La Suisse reste favorite, forte de son expérience internationale et de ses joueuses évoluant au plus haut niveau européen. «Nous affrontons une équipe de très grande qualité, issue d’une culture du football féminin très développée, avec des joueuses qui évoluent à Liverpool et Barcelone et qui participe régulièrement à la Coupe du monde et à l'Euro», prévient Necla Güngör Kıragasi.

Plus concrètement, et pour parler tactique, la sélectionneure turque s’est longuement arrêtée sur les enseignements du match aller et sur les ajustements attendus. Elle insiste notamment sur ces moments charnières qui ont coûté cher à son équipe à Zurich: une première période maîtrisée, puis un dernier quart d’heure subi face à l’intensité suisse. «Nous avons tenu 75 minutes à armes égales, mais nous n’avons pas encore le niveau physique pour répondre à ce type d’exigence jusqu’au bout», a-t-elle reconnu, pointant également le manque de joueuses évoluant dans des championnats suffisamment relevés pour soutenir ce rythme.

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Mais pas question de se chercher des excuses. «Notre arme secrète, c’est la force des femmes», insiste-t-elle. «Chaque joueuse est une arme secrète. Rien ne leur a été offert. Elles ont dû créer leurs propres opportunités là où tout semblait impossible.»

Le président Erdogan sera-t-il au stade samedi?

Le message est clair: au-delà de la tactique, c’est bien l’état d’esprit qui devra faire la différence et pour combler l'écart de niveau entre les deux équipes, Necla Güngör Kıragasi et ses joueuses vont essayer d'emmener la Nati sur un terrain moins concret que celui de la tactique et de la technique. Lia Wälti et ses coéquipières sont prévenuee: à Sinop ce samedi soir (18h en Suisse), il faudra aussi résister à une vague d’émotion. Preuve de l'importance de cette rencontre, il se disait même vendredi que le président Recep Tayyip Erdogan pensait à faire le déplacement ce samedi... Bluff ou non? Réponse imminente sur les bords de la mer Noire! 

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