Ambiance familiale et bon enfant
«Lausanne est rouge!» Au cœur du pèlerinage stadiste vers le Wankdorf

Dimanche matin, la gare de Lausanne était rouge, envahie par des centaines de supporters du Stade-Lausanne-Ouchy. Ceux-ci sont partis tôt vers Berne en train spécial dans une ambiance familiale. Reportage au coeur de la ferveur rouge.
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La gare de Lausanne était rouge, dimanche matin.
Photo: Thomas Freiburghaus
Thomas Freiburghaus
Thomas FreiburghausJournaliste

Dimanche matin, n'importe quel badaud descendant en gare de Lausanne depuis le centre-ville, aurait repéré, çà et là, quelques t-shirts rouges identiques. Inscrit au dos de ceux-ci: «Un club… Une ville… Un canton…» et les armoiries du canton de Vaud. Un t-shirt spécial «Finale de Coupe Suisse» offert par le sponsor Pascal Roux et réservé aux fans du SLO, qui partaient nombreux à Berne pour supporter leur équipe face à Saint-Gall (14h).

Du café au pack de six

Dans la descente, on rattrape Luciano, 14 ans, et son père Sandro, 46 ans. Le père se dit «plutôt supporter du LS», mais vu que le fils «joue à Stade», la famille a «quand même une attache» avec le FC Stade-Lausanne-Ouchy.

«C’est important d'aller les soutenir. Si les billets n’étaient pas offerts pour les juniors, j’y serais allé quand même», déclare le père de famille. Sandro dit aller au Wankdorf, «surtout pour montrer aux Suisses-allemands que les Romands savent jouer au foot». Lui, en tout cas, croit en une victoire lausannoise. D'autant plus après avoir vu les Stadistes terrasser Grasshopper en demi-finale. «Le SLO joue au foot sans complexe», analyse-t-il.

Olivier Mignot et ses amis, sur la terrasse du tibits.

Six nouveaux t-shirts rouges sont attablés sur la terrasse du Tibits. Les cafés sont finis, le groupe profite du temps estival. Olivier Mignot, qui se définit comme un «amoureux du football», est parmi eux. Ce suiveur du LS trouve «sympa pour la région» que le SLO soit en finale de Coupe de Suisse. «Il y a une solidarité. Quand on est Romand et pas ultra, on va aller supporter», détaille-t-il. Lui et ses potes vont à Lausanne avec l'espoir de gagner. «C’est pour ça qu’on se déplace!», coupe l’un d’eux. Un copain ramène un pack de Boxer de la Coop. La troupe va gentiment se diriger vers le quai.

«Lausanne est rouge»

Sur le tableau d'affichage de la gare de Lausanne sont annoncés des trains particuliers, notés «EXT» – et pas «IC» ou «IR» – à direction directe de «Bern Wankdorf». Ces «trains spéciaux» sont attendus par des centaines de supporters lausannois, tous de ces t-shirts rouges vêtus ou presque. Se glisse parfois un maillot de l’équipe nationale suisse ou de River Plate. «Ça ressemble, ça passe», ont-ils dû se dire. Celui qui porte un maillot jaune d'Arsenal n'a pas dû se poser la question. Dans le hall comme sur le quai, les t-shirts spéciaux sont partout. «Lausanne est rouge», rigole une dame âgée appuyée sur sa canne. À proximité du quai No 1, un randonneur, chaussures de marche au pied et chemise à carreaux sur les épaules, regarde la foule, étonné.

Sur le quai, Marilou, casquette rouge des Yankees sur la tête, trépigne à l'approche de cette finale. «C’est la première fois que je vais voir le SLO. Normalement, je suis fan du Lausanne-Sport», avoue-t-elle avec un grand sourire. Mais cette fois, la jeune femme de 19 ans va supporter l'autre club de la ville. «J’espère qu’ils vont gagner, ça va le faire!», tonne-t-elle. Sa mère Joëlle, elle, loue l’ambiance «bon enfant comparé aux déplacements du LS». Les quelques policiers présents sur le quai semblent aussi apprécier de celle-ci, eux qui glissent vivre «l’un des déplacements les plus tranquilles à gérer», en gare de Lausanne.

Marilou (au centre) se réjouit de cette finale de Coupe de Suisse.

Le noyau dur des supporters du SLO est aussi sur le quai. Eux ont leur propre t-shirt spécial, blanc, marqué «Finale de Coupe Suisse» au dos. Ils s’occupent d’embarquer le tambour et les mâts de drapeaux dans le premier train spécial arrivé, à 10h05. Le mégaphone est testé: «SLO! SLO!», entend-on résonner dans la gare. Il y aura quatre autres trains durant la prochaine heure, pour amener tout le peuple stadiste.

Les papas des juniors F

En attendant le deuxième train, un groupe de cinq papas pour sept bambins attend. Ils ont profité de l’offre permettant aux familles des juniors du club de les accompagner. «On est tout un groupe de papas des juniors F. On s’est donné rendez-vous pour que nos enfants soient ensemble pendant le voyage. C’est une démarche familiale», explique Brice, 37 ans, venu avec ses enfants Sean, 8 ans, et Livy, 6 ans, lunettes de vitesse colorées sur les yeux.

«C’est assez incroyable de voir ce qu’a pu accomplir le club en peu d’années», continue-t-il. Et Brice Ngindu est bien placé pour en parler. Le trentenaire a longtemps joué dans la première équipe du Stade-Lausanne-Ouchy. De 2012 à 2017, il a disputé plus de cent matches avec le SLO, passant de la 2e ligue inter à la Promotion League grâce à deux promotions.

Brice, ancien joueur du SLO, et ses deux enfants, en partance pour le Wankdorf.

«On avait aussi fait un joli parcours en Coupe de Suisse». En 2013, le SLO, alors en 2e ligue inter, ne s’était incliné que 2-3 face au FC Zurich. Cela lui fait dire que cette finale sera du 50-50. «Il faut aller chercher l'Europe. Et ce ne serait pas la première fois que le SLO croque un gros!», tonne le papa.

Le deuxième train arrive, il est l'heure d'y aller pour d'autres Lausannois. Une fois à bord, on entend: «C’est pas un vieux train de merde», de la part d'un homme qui doit connaître les déplacements avec d'autres clubs. Ou «Ça fait bizarre un train qui s’arrête nulle part», de la part d'une femme sans doute moins habituée aux déplacements à base de bière et de pétards bruyants. Craintif, le chef de bord demande de ne pas fumer dans le train. L'ambiance est sympa et familiale. Le SLO profite de sa finale.

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