Un gardien porte une arme, un autre fouille les ouvriers. Tous déposent leur téléphone portable sur une table. À 8h03, la sirène retentit, le portail de l’usine se ferme. Ceux qui sont encore dehors n’entrent plus. Des hommes à moto font demi-tour et rentrent chez eux. Aujourd’hui, ils ne coudront pas de ballons.
Pourtant, à Sialkot, on ne fait presque rien d’autre. Cette ville du nord-est du Pakistan, située à 14 kilomètres de la frontière indienne, n’est pas une destination touristique. C’est une ville où l’on passe commande.
Environ 70% de tous les ballons de football du monde y sont fabriqués. Y compris ceux qui rouleront cet été sur les pelouses de la Coupe du monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Plus de 200 entreprises produisent à Sialkot des ballons professionnels haut de gamme, des ballons d’entraînement, des ballons pour enfants et des gadgets publicitaires bon marché. «Du matchball au toyball», comme on dit là-bas. Les ballons officiels de Coupe du monde viennent de Sialkot depuis 1982. Depuis que l’Italie est devenue championne du monde en Espagne avec le «Tango España».
Au troisième étage de l’usine d’Anwar Khawaja Industries s’ouvre une vaste salle. Des ventilateurs tournent au plafond, les fenêtres sont ouvertes. Dehors, il fait 36 degrés. À l’intérieur, la température est agréable. Des ballons de football et de handball semi-finis reposent dans des paniers métalliques. Des hommes, assis devant des machines à coudre, assemblent les panneaux.
Selon le ballon, ils changent de fil: orange pour le ballon orange, blanc pour le blanc, bleu pour le bleu. L’un d’eux s’appelle Imran, il a 25 ans. Il porte le maillot de l’équipe locale de cricket, ses cheveux sont noirs et épais. D’une main sûre, il guide le ballon semi-fini sous l’aiguille de la machine à coudre, qui frappe à cadence régulière. «C’est notre meilleur couturier», dit son chef.
Imran parle le pendjabi, il lit et écrit difficilement. Mais ses coutures sont impeccables. Il fabrique environ 25 ballons par jour. Bientôt, l’un d’eux pourrait être frappé, repris de la tête ou détourné en touche par une star européenne du football.
Les professionnels pensent d'ailleurs rarement à la manière dont ce ballon a été fabriqué. À Sialkot, il existe trois méthodes courantes pour fabriquer des ballons de football. Certains sont encore entièrement cousus à la main. D’autres sont assemblés à la machine. Dans le procédé le plus moderne et le plus coûteux, une ouvrière soude les panneaux sous chaleur et pression dans un moule en acier.
Les soldats britanniques avaient besoin de ballons
Le savoir-faire technique de cette ville s’est développé sur plus de 175 ans. Vers 1850, une garnison britannique s’installe à Sialkot. Les artisans locaux fabriquent d’abord des instruments pour l’hôpital militaire, puis des équipements de jeu pour la cour de la caserne.
L’origine de cette industrie tient à une simple réparation: un cordonnier local répare un ballon abîmé, puis en coud un deuxième. Le cuir de buffle ne manque pas. Les ateliers deviennent des entreprises, les entreprises deviennent des usines. Bien avant que les Britanniques ne divisent le sous-continent et que le Pakistan ne devienne indépendant, en 1947, Sialkot disposait déjà d’un véritable pôle industriel.
Là-bas, le véritable essor du football intervient dans les années 1970, lorsque l’ancien gardien danois Eigil Nielsen (1918-2000) s’associe à l’entrepreneur pakistanais Anwar Khawaja. Ce dernier avait fondé en 1951 une petite usine à Sialkot, où il faisait fabriquer des ballons à 18 panneaux en cuir bovin.
Il utilisait la peau de jeunes animaux, car ce cuir se détendait moins. En 1964, il devient la première entreprise de Sialkot à obtenir une homologation de la FIFA pour son ballon. Mais le cuir avait un défaut: il absorbait l’eau. Et le football se joue souvent sous la pluie, en tout cas en Europe, où se trouvaient alors presque tous les clients.
Nielsen développe alors pour son entreprise danoise Select Sports un ballon imperméable en matière synthétique. Il invente le système de valve et conçoit la structure à 32 panneaux composée de 20 hexagones et 12 pentagones. C’est cette forme qui fait du ballon une sphère presque parfaite.
Le début d’une amitié
Nielsen et Khawaja se rencontrent à Copenhague en 1957. Ils restent amis, mais ne deviennent partenaires commerciaux qu’en 1975. «Je suis prêt pour Sialkot», aurait dit Nielsen à Khawaja. Il apporte des panneaux, les fait coudre et se dit impressionné par la précision artisanale des ouvriers pakistanais.
Nielsen transmet à Khawaja la technologie du ballon moderne: cuir synthétique, revêtement en polyuréthane, système de valve, structure à 32 panneaux. En échange, Khawaja promet d’une poignée de main de ne vendre ses ballons qu’à lui. «C’est le moment qui a changé Sialkot pour toujours», raconte le fils de Khawaja, Khurram.
En peu de temps, le savoir se diffuse dans toute la ville: dans les stands de thé, par les fournisseurs, les clients et les ouvriers qui changent d’entreprise. En 1975, les exportations pakistanaises de ballons représentaient encore quelques millions de dollars. Elles franchissent bientôt la barre des cent millions. Aujourd’hui, environ 40 millions de ballons quittent chaque année le pays, pour un volume d’exportation proche du milliard de dollars.
Le patron lui-même fait visiter son usine. «Docteur Khurram» sait de quoi il parle. Khawaja fils étudie la médecine pendant cinq ans, puis travaille dans un hôpital. Avant d’avouer un jour à son père: «J’ai fait une erreur. Je préfère fabriquer des ballons». Son père l’accepte dans l’entreprise à une condition: «Tu dois coudre un ballon de football à la main. Seulement s’il est parfait, tu pourras travailler ici».
Quelques mois plus tard, Khurram pose un ballon sur la table de son père. Celui-ci l’examine et répond: «D’accord». Aujourd’hui, Khurram Khawaja dirige l’un des plus grands fabricants de ballons au monde. Son entreprise produit pour Select Sports et Derbystar. Donc les ballons de match des championnats scandinaves, tchèque et autrichien, des Pays-Bas, et, jusqu’à cet été encore, ceux de la Bundesliga allemande et de la Coupe d’Allemagne.
L’usine, située au milieu de Sialkot, compte plusieurs étages et ressemble à un labyrinthe. L’air sent le plastique, la colle et la peinture. Chaque département suit son propre rythme, possède son propre bruit.
Du morceau plat à la sphère parfaite
Les ballons naissent à plat. D’abord, des ouvriers assemblent des couches de matière synthétique, de latex et de mousse afin de fabriquer un cuir artificiel. Le matériau laminé sèche ensuite pendant deux jours. On y découpe alors les 32 panneaux du ballon. Une ouvrière perce ensuite les trous destinés aux valves.
La peinture et les logos sont appliqués à la main en sérigraphie. Un ballon comportant quatre couleurs passe par quatre étapes d’impression; quatre personnes interviennent successivement. Les panneaux circulent de table en table et doivent sécher après chaque passage.
Les panneaux imprimés sont ensuite regroupés par sets puis emballés dans des sachets plastiques, avec une vessie munie d’une valve et la quantité de fil nécessaire. Chaque sachet contient ainsi un ballon complet. Encore plat et démonté, mais déjà prêt à devenir une sphère entre des mains humaines.
Les ouvriers réalisent d’abord à la machine les coutures de base des deux moitiés du ballon. Une machine spéciale assemble ensuite l’ensemble, à l’exception des trois derniers panneaux. Les couturiers retournent alors le ballon, couture vers l’intérieur. À la main, ils insèrent la vessie et l’alignent au millimètre près avec l’ouverture de la valve.
Ce qu’un ballon doit supporter
Enfin, les couturiers les plus expérimentés referment les panneaux restants, l’étape la plus délicate de la production. Il faut trois à quatre mois pour l’apprendre, une année pour réellement la maîtriser. Si l’aiguille touche la vessie, le ballon est bon à jeter. Si la fermeture réussit, personne ne voit quel panneau est resté ouvert en dernier.
Des ouvriers inspectent ensuite chaque ballon sous toutes les coutures pendant une vingtaine de secondes. L’impression est-elle correcte? Les coutures sont-elles précises? Le ballon est-il bien rond? «Chaque ballon doit être parfait visuellement», dit Khurram. Là où la couleur a disparu pendant la couture, des peintres retouchent le ballon avec de fins pinceaux.
Tout repose sur la géométrie. «Si les différents panneaux diffèrent même très légèrement, le ballon ne sera jamais rond.» Un détecteur de métaux recherche ensuite tout ce qui n’a rien à faire dans un ballon: aiguilles cassées, éclats métalliques, boucles d’oreilles, batteries. Lorsqu’il trouve quelque chose, le ballon est opéré, explique l’ancien médecin. «Nous ouvrons le ballon, retirons l’objet puis le refermons.»
Une machine mesure alors la courbure du ballon en des milliers de points. Selon les normes FIFA, l’écart maximal autorisé est de 1,5%. Dans le laboratoire de recherche au sous-sol se trouve une cage d’acier équipée d’une machine à tirs. Elle propulse le ballon encore et encore contre un mur. Il doit résister à 2000 frappes pour satisfaire aux normes FIFA. Les meilleurs ballons en supportent plus de 3000.
Le laboratoire est dirigé par Mohammed Hussein. Plusieurs ingénieurs y travaillent sur les matériaux, la forme et la technologie. Pour Select, l’équipe de Hussein a développé le premier ballon doté d’une puce intégrée, une technologie capable de détecter si le ballon a entièrement franchi la ligne de but. «Frapper dans un ballon n’est pas difficile», dit Hussein. «Fabriquer un bon ballon, en revanche, l’est.»
Un artisanat qui disparaît
Chez Anwar Khawaja Industries, de nombreux ballons sont encore entièrement cousus à la main. Un couturier expérimenté en réalise quatre par jour, soit environ un ballon toutes les deux heures. Mais les spécialistes se font rares et les coûts augmentent. Les jeunes apprennent de moins en moins la couture manuelle. «Un artisanat vieux de 150 ans va probablement disparaître dans les cinq à dix prochaines années», craint le CEO Khurram.
Adidas mise depuis longtemps sur la fabrication mécanique. Select et Derbystar continuent de privilégier les ballons cousus à la main. Pourquoi Khurram n’arrête-t-il pas? «Tant qu’on peut les vendre, ces ouvriers auront du travail», répond-il.
Khurram se considère comme un patron paternaliste. Pour ses 4000 employés, il fait préparer chaque jour un repas de midi. Le salaire de départ correspond à environ 190 dollars par mois; les couturières et couturiers particulièrement habiles gagnent souvent plus qu’un policier ou qu’une enseignante. Khurram prend également en charge l’assurance maladie et accorde des jours de congé payés.
Travailler ici signifie avoir un emploi fixe dans un pays où cela reste loin d’être une évidence. Comme tout le monde ne peut pas s’offrir une moto ou le trajet quotidien en bus jusqu’à l’usine, Khurram fait livrer des kits prêts à l’emploi dans les villages: panneaux, fils, vessies, tout ce qu’il faut pour fabriquer un ballon. Là-bas, femmes et hommes les assemblent à la main.
La route menant à l’un de ces centres de couture est une piste de gravier partagée entre voitures et buffles d’eau. Dans le hall, des ventilateurs bourdonnent sous le haut plafond. Il fait clair, de l’air chaud entre par les fenêtres ouvertes.
Environ 25 femmes sont assises en petits groupes, généralement par quatre, sur de petites chaises posées sur des tapis. Elles cousent des ballons à la main. Leurs gestes sont rapides et réguliers. Avec leurs pieds, elles maintiennent le ballon; avec leurs deux mains, elles tirent le fil à travers les panneaux pré-percés. Les femmes parlent à voix basse; parfois, l’une d’elles rit.
Un travail hors de la maison
Dans le fond de la salle, de jeunes enfants jouent. À une table, deux filles font leurs devoirs. Une femme garde un œil sur tout le monde. C’est la garderie du centre.
Les femmes qui ne peuvent pas aller en ville, parce que le trajet est trop long, parce qu’elles ont des enfants ou parce que leur quotidien ne le permet pas, trouvent ici du travail. Avec le même salaire qu’à l’usine. L’une d’elles s’appelle Areeba, elle a 20 ans et c’est une couturière talentueuse. Elle coud des ballons depuis deux ans. À 18 ans, elle a obtenu sa carte d’identité pakistanaise, indispensable pour accéder à un emploi officiel.
Ce qu’elle aime dans ce travail? «J’en ai besoin», répond Areeba. Elle ne parle pas seulement de l’argent. Elle parle aussi des autres femmes, de la communauté, d’un lieu situé en dehors de la maison.
Le soir, une camionnette vient récupérer les ballons terminés et les ramène à l’usine. Ils y subissent le dernier contrôle qualité.
Si ces centres existent, c’est grâce à Nasir Dogar. Cet homme de 72 ans est arrivé d’Islamabad à Sialkot en 1998 pour résoudre un problème. Il est resté afin qu’il ne réapparaisse pas. Avec son organisation IMAC, Dogar contrôle depuis près de trente ans si des enfants participent à la fabrication des ballons de football. Ses équipes visitent sans prévenir les usines, les centres de couture et les maisons privées.
Au milieu des années 1990, Sialkot subit une forte pression internationale. La télévision américaine diffuse des images d’enfants prétendument enchaînés en train de coudre des ballons. Un membre du Congrès américain lance la «Foul Ball Campaign», Adidas et Nike menacent de se retirer.
Selon Dogar, ces images étaient exagérées, mais le problème était réel. «Il y avait des enfants qui travaillaient. Mais pas dans les proportions décrites.» Les jeunes cousaient surtout des ballons de rue bon marché, pas des ballons de match. Pour ces derniers, il faut la force d’adultes.
La leçon du travail des enfants
À l’époque, les fabricants remettaient les matériaux à des sous-traitants, qui les distribuaient ensuite à des familles travaillant à domicile. Personne ne savait qui assemblait finalement les ballons. Dans certaines familles, des enfants participaient. Non parce qu’ils coûtaient moins cher, mais parce qu’ils n’allaient pas à l’école.
En 1997, l’OIT, l’UNICEF et les fabricants d’articles de sport de Sialkot signent à Atlanta un accord de surveillance. Les entreprises mettent en place des centres de couture et retirent la production des maisons privées. Comme beaucoup de femmes ne pouvaient ou ne voulaient pas quitter leur domicile, une solution pragmatique est trouvée: dès que trois femmes se réunissaient dans une maison pour coudre, celle-ci était enregistrée comme centre officiel.
Depuis, Dogar surveille le système. Pour visiter les maisons et les centres, il emploie des femmes. «Au Pakistan, une femme a plus de chances qu’un homme de se voir ouvrir une porte», explique-t-il. Aujourd’hui, il trouve environ tous les six mois quelque part un enfant en train de coudre un ballon. Non comme travailleur, mais parce qu’il est assis à côté de sa mère et participe.
Au départ, 180 entreprises participaient au programme de Dogar. Aujourd’hui, elles sont encore environ 50, parmi lesquelles tous les grands fabricants, y compris Forward Sports, fournisseur d’Adidas, même si l’entreprise ne coud plus à la main.
Mais plus encore que le travail des enfants, un autre problème préoccupe désormais Dogar: les contrefaçons. Des fabricants produisent plus de ballons que commandé et écoulent le surplus sur le marché noir. Ou des ballons blancs sans marquage sont exportés vers Dubaï, imprimés sur place puis revendus comme des produits de marque.
Khawaja Masood Akhtar est lui aussi concerné. Dans sa bibliothèque se trouvent un ballon en peau de vache et tous les ballons Adidas de Coupe du monde depuis 2014. Masood, 77 ans, est le fondateur et président du conseil d’administration de Forward Sports. Il fait servir café et biscuits et précise d’emblée: «Je vous parle, mais vous ne verrez pas l’usine».
Le ballon secret, sans couture
La raison est simple: le secret industriel. Dans ses halls situés à la périphérie de Sialkot sont fabriqués des ballons qui n’ont pas encore été lancés sur le marché. Si une photo du futur ballon de Bundesliga était rendue publique, des fabricants chinois pourraient rapidement produire des copies bon marché. Ce serait un problème pour Forward Sports, et également pour son client Adidas. Dès la saison prochaine, le géant allemand de l’équipement sportif fournira le ballon officiel des championnats allemands.
Après l’entretien, Masood montre finalement l’usine. Caméra et carnet de notes doivent rester dehors. On découvre un site de production ultramoderne. Des lasers découpent le plastique, des robots déplacent les matériaux, les sols brillent.
Ici, les ballons ne sont plus cousus. Ils sont soudés. «Pour ce ballon, pas une seule aiguille n’est utilisée», dit Masood en tenant le ballon de la Coupe du monde dans ses deux mains. Il est sans couture, «thermobonded», selon le terme technique. Les panneaux fusionnent sous l’effet de la chaleur et de la pression. Ainsi, aucune eau ne pénètre. Le poids reste identique qu’il fasse soleil, qu’il pleuve ou qu’il neige.
Masood fonde Forward Sports en 1991. Il avait étudié le génie civil et un poste dans les chemins de fer pakistanais l’attendait déjà. Mais son oncle, qui dirigeait une fabrique de ballons à Sialkot, en décidait autrement: «Tu viens ici et tu commences à produire des ballons». Masood obéit. «Au Pakistan, la famille est forte», dit-il. La passion vient plus tard. Aujourd’hui, Masood tient fièrement le ballon du Mondial entre ses mains, comme une pièce à conviction. «C’est le meilleur ballon de la planète», affirme-t-il. «Le fabriquer est un rêve pour tous ceux qui travaillent dans ce secteur.»
Qu’est-ce qui fait un ballon parfait? Masood ne réfléchit pas longtemps: «Il doit avoir la meilleure trajectoire possible. On doit pouvoir l’envoyer exactement là où on le souhaite. Et ni la pluie ni la neige ne doivent pouvoir l’affecter.»
Forward Sports emploie environ 9000 personnes dans trois usines et produit jusqu’à 22 millions de ballons par an. L’entreprise a fabriqué son premier ballon de Coupe du monde pour le Brésil en 2014: le Brazuca. Depuis, elle participe à chaque production mondiale. Le développement d’un nouveau ballon de match prend trois à quatre ans. Pour cela, l’entreprise dispose de son propre département de recherche.
L’entreprise détient un brevet sur un ballon sans air et donc sans vessie. Il existe déjà pour les enfants. Reste à savoir quand les professionnels joueront avec. Le concept d’un nouveau ballon vient toujours d’Adidas, explique Masood. «Nous le concrétisons, nous décrivons les problèmes et nous les résolvons.» Une entreprise chinoise participe également au développement et produit en Indonésie pour Adidas. Pakistanais et Chinois sont donc à la fois concurrents et partenaires.
Le ballon officiel ne représente qu’une petite partie de la production. Les volumes proviennent des répliques, des ballons d’entraînement et d’entrée de gamme. Pour la Coupe du monde 2026, Forward Sports a produit la plus grande quantité de son histoire. Selon Masood, 95% des ballons ont déjà été expédiés.
Les conséquences de la guerre en Iran
D’autres entreprises de Sialkot ressentent en revanche les conséquences de la guerre entre les États-Unis et l’Iran. Les livraisons transitant par la mer d’Arabie n’arrivent plus de manière fiable. Ceux qui veulent encore livrer à temps des ballons publicitaires avant la Coupe du monde doivent souvent recourir au fret aérien, à près de 10 dollars par kilogramme. Un ballon de football pèse environ un demi-kilo; le transport coûte donc à lui seul environ 5 dollars par ballon. Par voie maritime, cela coûterait moins de 50 centimes.
Pendant une Coupe du monde, à Sialkot, ce ne sont généralement pas seulement les grandes marques sportives qui commandent, mais aussi des dizaines de multinationales comme Coca-Cola ou McDonald’s. Elles ne commandent pas 500 ballons, mais 500'000, imprimés avec leur logo.
À cause de la guerre, une partie de ce marché disparaît désormais.
La Chine constitue difficilement une alternative pour les acheteurs américains puisque les États-Unis imposent des droits de douane de près de 150% sur les produits chinois. Ainsi, la Coupe du monde 2026, la plus grande de l’histoire, avec trois pays hôtes, 48 équipes et un immense marché américain, pourrait devenir la Coupe du monde avec le moins de ballons promotionnels depuis des décennies. «Pendant cette Coupe du monde aux États-Unis, on ne verra pas beaucoup d’opérations promotionnelles avec des ballons», estime Syed Ahtesham Mazar, président de la chambre de commerce de Sialkot. «La guerre a tout bouleversé.»
Mazar ne perd pourtant pas son optimisme. Sialkot pense à long terme. Le volume d’exportation de la ville atteint presque trois milliards de dollars. Rien qu’au cours des deux dernières années, plus de 12'000 nouvelles entreprises ont vu le jour, souvent fondées par de jeunes diplômés universitaires qui préfèrent créer leur propre activité plutôt que chercher un emploi. Ils vendent via Alibaba, Amazon ou eBay et deviennent en quelques années de petites PME.
Le football est le produit le plus connu de Sialkot, mais il est loin d’être le seul. La ville fabrique des instruments chirurgicaux, des articles en cuir, des textiles, des vêtements de sport, des gants, des crosses de hockey, des équipements de cricket et même des instruments de musique. Aucune autre ville du Pakistan n’affiche un revenu par habitant aussi élevé.
Sialkot possède son propre aéroport international, financé par des fonds privés et lancé à l’initiative de la chambre de commerce. Depuis peu, la ville dispose même de sa propre compagnie aérienne, Sial Air. Pour un pays d’environ 260 millions d’habitants, comptant moins de 50 avions et un trafic aérien assuré à près de 80% par des compagnies du Moyen-Orient, c’est remarquable. Sial Air dessert Riyad, Djeddah, Dammam, Médine, Mascate, Dubaï et Abou Dhabi, là où vivent de nombreux travailleurs migrants pakistanais.
La ville exportatrice et vulnérable
Mais comme Sialkot vit presque exclusivement de l’exportation, la ville reste vulnérable. L’histoire de la raquette de badminton le montre bien. Dans les années 1970, les usines de Sialkot dominaient le marché avec des raquettes en bois. Puis la Chine et Taïwan sont arrivés avec des raquettes en graphite et en acier. Le Pakistan a raté cette nouvelle technologie. Le marché était perdu.
Pour les ballons, Sialkot a retenu la leçon. Les fabricants ont investi dans les machines, le thermo-bonding et les technologies hybrides. Il y a vingt ans, la ville comptait environ 2000 producteurs de ballons de football; ils ne sont plus qu’environ 200 aujourd’hui. Beaucoup de petites entreprises ont disparu, car les nouvelles technologies exigent du capital. «Ce n’est pas l’amour de nos clients qui les pousse à travailler avec nous», dit Mazar. «Ils ont besoin de bons produits. Et si nous ne restons pas au niveau sur le plan technique, nous sommes éliminés.»
À cinq heures, la sirène retentit. Le service est terminé. Des milliers de personnes quittent l’usine, hommes et femmes séparément. À la sortie, ils se mettent en rang et sont contrôlés. Pour éviter que quelqu’un emporte un ballon. Des hommes viennent chercher leur femme à moto. Les bus se remplissent. Certains sont réservés aux femmes. Devant le portail, un homme presse du jus de canne à sucre.
Sur la route vers Lahore, nous nous arrêtons dans un centre commercial lumineux. Puma, Nike et Adidas y vendent des ballons. Ceux de Puma viennent du Pakistan. Ceux de Nike du Vietnam. Adidas propose le ballon officiel, fabriqué en Indonésie. À côté, une réplique moins chère produite en Chine.
Au Pakistan, où naît l’un des meilleurs ballons du monde, les rayons sont remplis de marchandises importées.
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Mexique | 0 | 0 | 0 | |
2 | Afrique du Sud | 0 | 0 | 0 | |
3 | République de Corée | 0 | 0 | 0 | |
4 | République Tchèque | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Canada | 0 | 0 | 0 | |
2 | Bosnie-Herzégovine | 0 | 0 | 0 | |
3 | Qatar | 0 | 0 | 0 | |
4 | Suisse | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Brésil | 0 | 0 | 0 | |
2 | Maroc | 0 | 0 | 0 | |
3 | Haïti | 0 | 0 | 0 | |
4 | Écosse | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Etats-Unis | 0 | 0 | 0 | |
2 | Paraguay | 0 | 0 | 0 | |
3 | Australie | 0 | 0 | 0 | |
4 | Turquie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Allemagne | 0 | 0 | 0 | |
2 | Curaçao | 0 | 0 | 0 | |
3 | Côte d´Ivoire | 0 | 0 | 0 | |
4 | Equateur | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Pays-Bas | 0 | 0 | 0 | |
2 | Japon | 0 | 0 | 0 | |
3 | Suède | 0 | 0 | 0 | |
4 | Tunisie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Belgique | 0 | 0 | 0 | |
2 | Egypte | 0 | 0 | 0 | |
3 | Iran | 0 | 0 | 0 | |
4 | Nouvelle-Zélande | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Espagne | 0 | 0 | 0 | |
2 | Cap Vert | 0 | 0 | 0 | |
3 | Arabie Saoudite | 0 | 0 | 0 | |
4 | Uruguay | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | France | 0 | 0 | 0 | |
2 | Sénégal | 0 | 0 | 0 | |
3 | Irak | 0 | 0 | 0 | |
4 | Norvège | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Argentine | 0 | 0 | 0 | |
2 | Algérie | 0 | 0 | 0 | |
3 | Autriche | 0 | 0 | 0 | |
4 | Jordanie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Portugal | 0 | 0 | 0 | |
2 | République Démocratique du Congo | 0 | 0 | 0 | |
3 | Ouzbékistan | 0 | 0 | 0 | |
4 | Colombie | 0 | 0 | 0 |
Équipe | J. | DB. | PT. | ||
|---|---|---|---|---|---|
1 | Angleterre | 0 | 0 | 0 | |
2 | Croatie | 0 | 0 | 0 | |
3 | Ghana | 0 | 0 | 0 | |
4 | Panama | 0 | 0 | 0 |